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Les relations
entre les habitants et les seigneurs
de Castelbajac
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(© Madame Marthe Delas)


Sceau
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LES RAPPORTS ENTRE LES HABITANTS DE CASTELBAJAC ET LEURS SEIGNEURS :

Selon un adage bien connu "les gens heureux n'ont pas d'histoire". Il semble que les rapports entre les Barons de Castelbajac et leurs vassaux aient été assez calmes pendant quelques siècles.

Les fiefs n'étaient pas très élevés (une poule, douze sous et un coupet d'avoine), la taille réelle (impôt foncier) fut extraordinaire sous Philippe le Bel et ne devint permanente qu'avec la guerre de cent ans. La taille personnelle (sorte d'impôt sur le revenu) ne touchait que les "Pays d'Élection". La Bigorre étant un "pays d'État" n'était donc pas touchée par cet impôt.

Mais le Baron Bernard, mort sans postérité en 1545 légua ses biens et ses titres à sa sœur Louise (demoiselle d'honneur de la Reine de Navarre).

Louise avait épousé en 1524 Jean de Durfort-Duras. A l'occasion de son mariage, son frère lui constitua 4.000 livres. Il promit aussi de la vêtir, orner et habiller : d'une robe de satin broché, d'une de velours cramoisin, d'une de velours tanné, d'une de velour noir et d'une de camelot (tissu de laine) - fourrées et doublées, ainsi que en tel cas appartient, ensemble cottes et manchons, chaperons de tête : trois de velours.

Il promit de doubler la robe de satin broché, savoir la parure d'icelle de satin blanc, et la cotte de damas blanc ; celle de velours noir de pannes noires (tissu de soie genre velours mais à poils plus longs et moins serrés), la cotte de satin cramoisin ; celle de camelot de pannes blanches et la cotte de satin noir.

Il lui donna lors du contrat une de velours tanné doublée de velours même et une autre de velours violet cramoisin doublée.

Les habitants de Castelbajac eurent alors une histoire. Les archives regorgent de documents relatifs aux litiges ayant exposé le nouveau seigneur à ses vassaux. Lui et ses descendants se révélèrent cupides, violents, dénués de tout sens moral. Ils voulurent doubler les fiefs, contestèrent les droits de taverne et de boucherie ainsi que la possession de tous les communaux.

Les Consuls assistés de Vingt "hommes d'honnête qualité" avaient compétence pour rendre la justice en matières civiles et criminelles, et cela de temps immémorial. Le nouveau seigneur le leur contesta. Les Consuls en appelèrent au Parlement de Toulouse (1565). Ils avaient à leur tête un certain Lagaye de Houeydets, ancêtre des familles Barnatas. - Mananton - l'Hoste etc...

Le plus odieux fut certainement Charles, petit-fils de Louise. Non content de s'en prendre à ses vassaux, il eut aussi des démêlés avec les cousins de Louise pour de sombres affaires d'héritage. Le comble de l'horreur fut atteint lorsqu'il fit empoisonner sept personnes résidant au château de Castelbajac (par l'intermédiaire d'une nourrice). Ayant aussi "criminalisé" un habitant de Houeydets, il fut condamné à mort par le Parlement de Toulouse et ses biens confisqués au profit du Roi (1617 - 1628 - 1629).

Sa veuve implora la clémence du Roi pour que soient restitués à ses enfants, leurs biens et leurs titres.

Mais Godefroy, en digne fils de son père continua ses exactions. Pour intimider les habitants du lieu, il fit venir une compagnie de deux cents chevaux qui y resta cinq ou six jours

"en telle sorte qu'après le saccage et pillage entiers de leurs maisons, ils furent contraints de passer une reconnaissance conforme à son désir".

" N'étant pas encore pleinement satisfait, il leur fit enlever deux cents têtes de bœufs et autres bestiaux, lesquels bestiaux il fit éloigner dix ou douze lieues dudit lieu de Castetbaiat. Les pauvres suppliants furent jeter aux pieds de leur Seigneur qui, bien loin d'être touché de quelque sentiment de compassion, leur répondit qu'il fallait bailler six mille livres ou perdre leurs bestiaux".

D'interminables procès gagnés par les Consuls de Castelbajac marquèrent toute cette période.

Ces individus particulièrement belliqueux, combattirent leurs cousins Castelbajac dans les châteaux voisins. Pour cela ils enrôlaient les paysans qui n'appréciaient pas du tout ce passe-temps.

Il semble qu'avec Roger de Durfort (1640-1693) revint une ère de paix pour la seigneurie de Castelbajac.

Le dernier représentant de cette lignée s'éteignit en 1730 sans postérité et ce fut Bernard de Castelbajac Bernet qui prit la suite. Il était le 24 e Baron et le 6 e Marquis.

La guerre de succession d'Autriche vit la mort à quelques mois d'intervalle du chef de la Maison de Castelbajac et de son frère cadet (1746). Un troisième fils : Jean, entré dans les ordres, revint sur ses engagements pour reprendre le flambeau. Il mourut à Montastruc en 1753.

Sa veuve et son fils posthume s'installèrent chez le tuteur de ce dernier, à Ricau et

"tous les biens, fiefs, quêtes, agriers, dîmes inféodées, lods, prélations, nomination aux Bénéfices & offices & autres droits utiles & honorifiques des terres du Marquisat de CASTELBAJAC, BURG, MONTASTRUC, LANE-CORBIN, & CAMPISTON, Baronnie de FONTARAILLES, LAPEYRE, VIDOU, de la terre de SENTOUS, les quêtes ou fiefs de LIBAROS & BUGOLLE & généralement tous les autres droits en quoi qu'ils puissent consister....".

furent vendus à Jean-Anne-Bernard- FAUBEAU de MALLET.

Les FAUBEAU étaient une vieille famille bourgeoise de Galan ayant fait fortune à Saint-Domingue. Celui qui nous intéresse avait une fortune évaluées à cent mille livres de revenus annuels. Il retirait 60.000 livres des propriétés qu'il possédait à la Plaine de Nord, à Saint-Domingue, le marquisat lui en rapportait 20.000 et il jouissait par ailleurs d'autres 20.000 livres de revenus.

Ces sommes étaient considérables pour l'époque. Il prit le titre de Marquis de Castelbajac, les titres nobiliaires suivant la possession de la terre noble qui les conférait. Les habitants de Castelbajac contestèrent la légitimité de leur nouveau seigneur et refusèrent de lui payer leurs fiefs. La Révolution vint mettre bon ordre à tout cela. La Marquis se vit assigné à résidence à Toulouse, ses biens furent vendus comme "biens nationaux". Une page de l'Histoire de Castelbajac était tourné.

Pendant près de deux siècles les descendants des Barons de Castelbajac disséminés dans tous les coins du monde sont venus de temps à autre et individuellement, se recueillir dans cette église qui fut le tombeau de leurs ancêtres jusqu'en 1756. Mais le 18 Août 1991, une mémorable réunion familiale ramena solennellement les centenaires de descendants de cette illustre famille sur les sites de Castelbajac et Montastruc pour y commémorer mille ans de leur Histoire. Depuis cette date, ils reviennent très régulièrement tous les ans, très cordialement accueillis par la population.

Pour conclure, on peut dire que "les institutions valent ce que valent les hommes qui les appliquent" - La féodalité a apporté le meilleur ou le pire : si le Seigneur était un "brave homme" ses vassaux vivaient dans la paix et le bonheur. Si c'était un tyran, il pouvait entraîner ses mamants dans la misère et les souffrances les plus profondes. Toutefois, s'ils en appelaient au Roi ou à ses représentants, ils avaient souvent gain de cause, le Roi n'ayant pas intérêt à ce que les hobereaux de province deviennent trop puissants.

A Castelbajac, la mémoire collective n'a pas gardé d'animosité à l'égard de ses seigneurs. Ce n'est pas le cas à Montastruc où, bien que des faits précis n'aient pas été retenus, il est resté un ressentiment latent contre le "château". Peut être parce que les fiefs exigés à Montastruc étaient le quadruple de ceux exigés à Castelbajac.




          



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET







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