La maison et le droit d'aînesse
à Castelbajac
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(© Madame Marthe Delas)



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LA MAISON - LE DROIT D'AINESSE:
Lorsque les hommes commencèrent à cultiver un lopin de terre, ils furent obligés de se sédentariser. Ils construisirent une cabane destinée à leur servir d'abri ainsi qu'à leurs animaux domestiques et à leurs récoltes. Peu à peu, ils consolidèrent cette habitation et l'agrandirent. Elle devint la "Casa" : la " MAISON ". C'est là l'origine de cette unité démographique qui persista pratiquement jusqu'à la guerre de 1914 : " LE FEU ALLUMANT " ou " LA MAISON " désignait une entité morale qui englobait, non seulement la demeure de pierres et de mortier avec tous les terrains en dépendant, mais aussi une famille nombreuse. Souvent trois générations cohabitaient sous le même toit. Les salariés hébergés par leurs employeurs faisaient aussi partie de " LA MAISON ". Dans les documents anciens, on désignait cette entité par l'expression " FEU ALLUMANT ". On disait aussi que ces gens vivaient " à même pot et feu ". Famille et Maison ont été longtemps deux termes strictement synonymes.

Aussi, lorsque dans les cahiers de doléances de Castelbajac, on parle de cent habitants, il faut lire : "cent feux allumants". Cela devait correspondre, en 1789, à une population d'au moins cinq à six cents personnes.

Pour survivre dans cette civilisation basée sur l'auto-suffisance, il y avait intérêt à ce que plusieurs peronnes unissent leurs efforts vers un même but : le maintien et éventuellement l'accroissement du patrimoine familial.

Cette société était donc de type " patriarcal ". A la tête de "LA MAISON", il y avait " eth nouste Mestre " (Notre Maître), chef de famille à l'autorité incontestée. Sous le même toit, l'aîné des enfants (généralement un garçon, mais parfois aussi une fille) était destiné à hériter de son père. Les autres enfants, s'ils restaient célibataires, continuaient à vivre sous le même toit et à travailler gratuitement pour " LA MAISON ". Certains trouvaient quelque emploi à l'extérieur pour leur "argent de poche", mais la " MAISON " continuait à être leur domicile et ils étaient souvent "des oncles et des tantes à héritage", pour l'aîné. Le pécule qu'ils laissaient contribuait à la prospérité de "LA MAISON". Théoriquement, la Révolution de 1789, abolit le "droit d'aînesse". Dans la pratique, il a subsisté dans nos villages jusqu'au milieu du XX e siècle.

L'auteur de ces lignes a connu des cas ou des filles aînées, restées célibataires, conservèrent leur statut de "chef de famille" et dont l'autorité était parfaitement acceptée par le frère ou la sœur puîné et la belle-fille ou le gendre : (ROSA FORTASSIN-BOURIAROU décédée en 1929 et BAPTISTINE ARROUY décédée en 1939).

Le nom de la Maison était inamovible et couvrait toutes les personnes qui vivaient sous le même toit. Cette coutume assurait la pérennité des familles. Il était parfois tiré de la situation géographique ou dérivé du prénom d'un lointain "Mestre" - Prénom auquel avait été adjoint un suffixe tantôt affectueux, tantôt signe d'une particularité physique - rarement péjoratif. Ce pouvait être aussi la référence à une profession, pratiquée par un membre de la famille.

Le gendre, la belle-fille, le domestique qui s'intégraient à une famille étaient désignés par le nom de la "MAISON". L'Ordonnance de Villers-Cotterets de 1539 ordonna à chaque paroisse de tenir un registre d'État-Civil dit "Registre de Catholicité" où étaient mentionnés les mariages, naissances et décés. Les individus y étaient désignés par leurs prénoms, noms et nom de Maison. Cela est une aide précieuse pour les chercheurs. Depuis quelques décennies, les noms de Maison ne figurent pas dans les registres et c'est regrettable.

Les plus anciens registres ont été perdus. Aux Archives départementales de Tarbes, on peut remonter jusqu'à 1739.

Au décés du " Mestre ", c'est à sa veuve qu'incombait la charge d'exercer l'autorité. Les " jeunes " reconnaissaient son expérience et, éduqués dans le respect des " Anciens ", considéraient comme tout-à-fait normal. Évidemment, il y avait parfois des conflits de générations. La bonne entente était fonction du caractère et de l'intelligence des partenaires.

Dans bien des cas, lors du mariage de " l'aîné ", le jeune couple restait dans la " Maison Mère " et les frères et sœurs s'installaient soit dans la " maison des cadets ", soit dans une partie des bâtiments existants. C'est ainsi qu'il y eut trois maisons " Bernatas ", trois maisons "Mounet", deux maisons "Sabathè" etc... Alors que Cazat, Moudenat, Matrassou det dehoro etc... virent la maison principale partagée en deux logements.

Théoriquement le droit d'aînesse fut aboli par la Révolution. Dans la pratique, il a persisté dans bien des familles jusqu'à un passé très récent. Les cadets ne voulaient pas léser par trop le frère aîné. Ils conservaient ainsi de bonnes relations et se retrouvaient souvent dans de joyeuses réunions familiales. On disait : " qué s'a déchat ero escabella " (il s'y est laissé la chaise).

Sous l'Ancien Régime, l'examen approfondi des testaments montre que le père de famille, qui aimait chacun de ses enfants, s'il favorisait la pérennité de "la maison", en avantageant l'aîné, avait également soin des cadets, et cela sans attendre d'y être contraint par la Loi.

Aujourd'hui, selon l'esprit plus ou moins "intéressé" des individus, les sucessions se règlent très différemment d'une famille à l'autre. On a pu voir dans certains cas, partager champs, cheptel, linge, et par contre, des frères ont renoncé à la majeure partie de leurs droits successoraux, pour ne pas déstabiliser la " MAISON " conservée par l'un des enfants. Ceci est de plus en plus rare.

A titre d'exemple, nous avons choisi, parmi bien d'autres, deux testaments typiques : Bernard Valentie, dit Moudenat, teste le 13 Octobre 1760. Il avait un fils, apparemment handicapé et trois filles. C'est donc l'aîné des filles qui prendra la suite de la " MAISON ", à charge à elle d'assurer à son frère et à ses sœurs le vivre et le couvert tant qu'ils seront dans la maison et une dot de leurs mariages. Tous les détails sont précisés.

Catherine Dupouts dite de l'Oste, célibataire, teste le 18 Juin 1763. Elle lègue quelque argent et quelques "hardes" à ses sœurs mariées, mais l'essentiel de la succesion reste pour la "MAIQON".

Les grands bouleversements économiques qui ont suivi la seconde guerre mondiale, ont éliminé ce concept de "MAISON". Les familles furent moins nombreuses. La cohabitation entre générations et entre frères et sœurs ne fut plus acceptée. L'exode vers les villes se généralisa et les cadets devinrent fonctionnaires ou ouvriers sans envisager un retour "à la maison". L'aîné ne trouva pas toujours une femme qui accepte la vie à la campagne et peu à peu, la " MAISON " se réduisit à un vieux célibataire.

Quelques aînés ont épousé des femmes qui travaillent à l'extérieur du village. Pour ceux qui restent, " propriété bâties et non bâties " sont considérées comme " outil de travail " et ont perdu leur âme. Le lien affectif avec un lointain passé, la notion de respect des Ancêtres, de leur héritage matériel, signe concret d'un héritage de valeurs morales, ont peu à peu disparu. Il y a encore quelques jeunes, sensibles à leurs racines et intéréssés par l'histoire de leurs familles et celle du village. Il ne sont que légion.


TESTAMENT :
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L'an 1760, le 13 Octobre, au lieu de Castelbajac quartier de l'Arriou de Thou par devant nous notaire et témoins fut présent Bertrand Valentie di Moudenat, brassier habitant du dit lieu de Castelbajac au même quartier de L'arriou de thou lequel était dans son lit atteint de maladie jouissant néanmoins parfaitement de l'usage de ses sens, parole mémoire etendement a déclaré vouloir faire son testament, nous a requis de le retenir et l'a dicté en la manière suivante. Il a fait le signe de la Sainte-Croix, recommandé son âme à Dieu et à tous les Saints, veut qu'après son décès son corps soit enseveli dans le cimetière de l'église dudit Castelbajac au tombeau de ses ancêtres et que ses honneurs funèbres lui soient faites selon la coutume et les droits curiaux payés de même, au delà desquels droits le dit testateur se laisse la somme de douze livres pour en être dit des messes pour le repos de son âme pendant l'an de son décès, a dit le dit testateur être marié avec jeane Vergès et avoir quatre enfants vivants de leur légitime mariage qui sont un garçon et trois filles nommés Jean, Jeane, Simone et Bertrande Valentie, lègue et laisse ledit testateur aux dites Jeane et Bertrande Valentie ses filles chacune la somme de trois cents livres pour le premier pac et dix livres chaque année après à chacune, avec des hardes et dotalices à connaissance de parents et amis, jusques au dit temps, les dites filles seront logées, nourries, vêtues et entretenues dans la maison en santé et en maladie à même pot et feu avec l'héritière bas nommée travaillant à l'avantage de ladite maison lègue et laisse ledit testateur audit Jean Valentie son fils la légitime telle que de droit avec la résidence dans une chambre de la maison qui sera rendue logeable par l'héritière bas nommée tant pour ledit Jean que pour les dites Jeane et Bertrande Valentie ses sœurs pendant leur vivant et pendant le vivant du dernier mourant d'entre eux en cas de non mariage le tout en cas d'incompatibilité à ne pouvoir vivre à même pot et feu avec ladite héritière pour ce qui concerne la résidence et au même cas d'incompatibilité entre ledit Jean qui est incommodé de façon à ne pouvoir gagner sa vie, et ladite héritière bas nommée ledit testateur audit même cas lègue et laisse audit Jean son fils une pension annuelle de cinq sacs grain savoir trois sacs seigle et deux de millet payable lors de la récolte de chaque espèce pendant son vivant avec le droit et usage du jardin conjointement avec ladite héritière tant pour lui-même que pour ses dites deux sœurs légataires en part ces deux dernières y apporter leurs travaux par proportion au nombre des peronnes de la maison, de plus lègue au dit Jean au même cas d'incompatibilité deux oies par an à la Toussaint de chaque année et demi quartier de cochon de deux en deux ans, bien entendu qu'au cas ledit voulut exiger la légitime et s'en fera payer de ladite héritière suivant son état quand il en aura besoin au moyen de quoi ledit testateur institue tant ledit Jean que les dites Jeanne et Bertrande Valentie ses fils et filles pour ses héritiers particuliers à, ne pouvoir autre chose prétendre en ses biens et pour valider le présent testament par institution héréditaire ledit testateur a fait et institué, fait et institue pour son héritière générale et universelle ladite Simone Valentie sa fille pour elle faire et disposer de son hérédité à ses plaisirs et révoque tous précédents testaments codicille donation à cause de mort ou autre meilleure forme que de droit pourra valoir, fait lu et récité en présence du Sieur Jean Dupouts Cazat, Jean Valentie signés, Bernard Martin, Pierre Dupouy, Jean Moudens et Bertrand Sole qui a ledit testateur requis de signer ont dit ne savoir et de nous notaire
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VALENTIE DESPOUTS CLARENS notaire.



           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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