Les conditions de mariage
à Castelbajac
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(© Madame Marthe Delas)



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LE MARIAGE :
Pour la survie de cette société patriarcale, le mariage était soumis à des impératifs, rarement transgressés. Le mariage "d'amour" tel que nous le connaissons aujourd'hui était l'exception. En général, deux pères de famille envisageaient l'union de leurs enfants dans l'intérêt de la "Maison".

Chez les "Bourgeois" et les "Laboureurs", il fallait s'unir à une famille "honorable". On recherchait jusqu'à la quatrième génération, les éventuelles tares physiques ou morales - Étaient considérées comme "tares physiques" : la syphilis, les maladies mentales - Les tares morales consistaient en d'éventuels démêlés avec la police et la justice.

Ces recherches jusqu'à la quatrième génération peuvent nous paraître fort étranges aujourd'hui. Elles étaient pourtant courantes pour les candidats à la prêtrise ou à la gendarmerie.

Chez les "brassiers", les critères n'étaient généralement pas les mêmes. On cherchait la future belle-fille ou le futur gendre qui pouvait apporter un lopin de terre dans son escarcelle. Les jeunes étaient rarement consultés - C'est ainsi qu'eut lieu un maraige à Houeydets en 1901 : la mariée voyait son mari pour la seconde fois... Cela laisse pantois.

Prémices à toute union "le contrat de mariage". Il est très intéresant de consulter les archives des notaires - Nous y trouverons souvent, rassemblés autour des futurs époux les parents, grands-parents, parrains et marraines - chacun voulant donner au futur ou à la future, un avantage, tout en s'assurant qu'il y aura une garantie sérieuse pour le bénéficiaire. On voit ainsi le père aligner des louis d'or sur le bureau du notaire puis le parrain ou la marraine ; enfin les futurs conjoints font eux aussi état de leur pécule. On estime la valeur des biens immobiliers et du trousseau. Tout cela est soigneusement spécifié. En général, une partie de la dot était versée comptant et encaissée par le maître de maison qui était parfois le père de l'époux - l'autre partie était versée par annuités "pacs".

La composition du trousseau peut paraître fort pittoresque à nos contemporains. Il se composait en principe de draps, torchons, linge de table et chemises par douzaines. Tout cela avait été filé et tissé à la main.

La mariée se devait de posséder trois vêtements neufs : la robe du contrat, celle de la noce et celle du lendemain. En outre, elle avait les "hardes portatives", c'est à dire les vêtements plus ou moins usagés - Pour ranger tout cela, un "cabinet" (armoire) fermé à chef et enfin un lit et sa literie (paillasse, boulassère, couette, couvertures, rideaux et surciel). Un balai, une quenouille, une chaise prie-Dieu, une chaise "chaufeuse" et une "cire de deuil", dont le poids pouvait varier d'une livre à cinq livres (livre = environ 500 gr) complétaient la panoplie.

Lorsque la mariée venait d'un village voisin, elle arrivait, assise à l'avant d'un char à bœufs, chargé du trousseau et des meubles, décoré d'arceaux et de guirlandes de fleurs, et suivi des invités en voiture à cheval.

Les biens apportés par la belle-fille étaient intégrés à la "maison", mais elle en restait propriétaire. Si elle avait des enfants, il n'y avait pas de problèmes sucessoraux, mais si elle n'avait pas d'enfants, elle avait la liberté de tester à sa convenance et de disposer de ses biens selon son bon plaisir.

Dès qu'une fillette en était capable, elle travaillait à son trousseau. Elle filait le lin ou la laine à la quenouille. Fin XIX e et début XX e siècles, la mode était aux couvre-lits en coton blanc, façonnés au crochet sous la direction de l'institutrice. Selon l'habileté de l'ouvrière, ces ouvrages étaient travaillés plus ou moins artistiquement. Le linge de maison était marqué au chiffre de la mariée, soit au point de croix, soit en broderie blanche (plumetis).

La situation de la femme pouvait être très différente d'une famille à l'autre selon le niveau social. Chez les "laboureurs" la maîtresse de maison était aidée de servantes. Elle s'occupait de la bonne tenue de la maison, des enfants, de la cuisine, de la basse-cour mais les travaux les plus durs lui étaient épargnés. Le mot "vacances" ne faisaient pas partie du vocabulaire courant. Beaucoup de ces femmes allaient en "cure" à Bagnères-de-Bigorre, Barbotan ou Cauterets.


CONTRAT DE MARIAGE : Jean Manautou et Anne Astugne.
(orthographe tel que dans le texte)

L'an 1764, le 15 janvier au lieu de Castelbajac au quartier du Courtala par devant nous notaire et témoins furent présents Jean Gaye fils légitime de feu Pierre Gaye et de Marie Bertrais dit Manautou assisté de Jeane Vire sa grande mère, de Dominique Gaye son cousin et son curateur qu'il a pris pour la validité du présent contrat, de Gabriel Gaye autre cousin, de Bernard Dasque son allié, de Simon Lamon son oncle et d'autres ses parents et amis brassiers, habitants dudit Castelbajac, Lanecorbin et Galais d'une part,

Et Anne Astugue fille légitime de feu Jean Astugue et de Marie Marque majeure de vingt cinq ans, assistée de Jean Astugue son frère, de Louis Ricaud son oncle, de Pierre Gaye son parent et d'autres leurs parents et amis desdits Castelbajac et Lagrange d'autre part, lesquelles parties de leur bon gré se sont promis mariage et s'épouser à la première réquisition de l'un à l'autre des parties les formalités de l'Église préalablement observées, en considération dudit mariage ladite Anne Astugue fiancée se constitue la somme de 320 livres, savoir du chef paternel la somme de 270 livres, et les 50 livres restantes pour le droit maternel, payable tout ensemble par ledit Jean Astugue héritier de la maison savoir pour le premier pac la somme de trente livres d'ici à la Pentecôte prochaine et de suite année par année à chaque fête de Noël an complet et révolu la somme de dix livres jusques à fin des payements de ladite somme de 320 livres sans intérêt que des pacs échus, de plus il est promis et constitué à ladite fiancée les hardes et dotalices suivantes : un lit garni d'une paillasse, un chevet ordi de lin et tramé de laine, de rideaux rodis de lin et tramés d'arcole faits à trois faces, une flessade du prix de neuf livres, deux linseuls d'étoupe de quatorze pans chacun, et un de lin de vingt quatre pans, deux coutilhons d'étoffe de maison teint bleu, deux petits capulets de même étoffe, deux devantals ordis de lin et tramés de laine rayés de bleu, une nappe de lin de douze pans, une autre d'étoupe de sept pans, trois serviettes de lin, trois chemises neuves, trois pans de toile de lin pour trois coiffures, une capete de laine noire, un cabinet du prix de dix livres ferré et fermé à pan et chefs cinquante sols pour une paire de souliers et une paire de bas, une livre de chandelle de bougie et c'est au delà des hardes portatives que ladite fiancée a déjà payable par ledit Jean Astugue avec ledit argent recevant les payements ledit Gaye fiancé en faira quittance et reconnaissance sur ses biens pour y avoir recours en cas de besoin, évalué les hardes quarante livres quoique payables en espèces ; pour observer ce dessus parties comme les concerne obligent leurs biens soumis à justice.

Fait acte lu et récité en présence desdits Bernard Dasque, Gabriel Gaye Simon Lamon et Louis Ricaud habitants dudit Castelbajac,Montestruc Lagrange et Galais qui autres assistants et ladite fiancée requis de signer ont dit ne savoir, ledit fiancé a signé avec nous notaire au moyen de la constitution ci-dessus ladite fiancée acquitte et renonce à tous droits paternels et maternels.


SOUS L'ANCIEN RÉGIME : lorsqu'elles étaient veuves, tutrices d'enfants mineurs ou filles aînées célibataires, elles avaient le statut de "chef de famille". A ce titre, elles participaient avec les hommes, à l'administration de la communauté et leur voix avait la même valeur que celle d'un homme.

On parle beaucoup de l'occupation de l'Espagne par les Arabes pendant de longs siècles. Il ne faut pas oublier que chez nous aussi, les Arabes ont vécu fort longtemps. C'est peut-être là qu'il faut chercher la cause de la situation précaire de beaucoup de femmes de brassiers. Elles assumaient d'innombrables grossesses tout en travaillant aux champs aussi durement que les hommes. Si la belle-mère était une mégère, leur sort pouvait se situer très près de la bête de somme.

En général, la vie des femmes de Castelbajac n'était ni meilleure ni pire hier qu'aujourd'hui. Elle était seulement différente. Certes, il n'y avait pas de lave-linge ou de congélateur, de télévision ni de téléphone mais celle qui allait au lavoir pouvait prendre son temps et bavarder, voire chanter avec ses voisines car il y avait à la maison une autre femme qui pouvait garder les enfants ou faire la cuisine. Ces femmes ne connaissaient pas la course contre la montre et le stress de nos comtemporaines qui doivent tout en travaillant à l'extérieur, assumer la bonne marche de la maison. Les relations entre voisins étaient constantes. On vivait vraiment "ensemble" le moindre évênement, alors qu'aujourd'hui, on rencontre la voisine, épisodiquement, au super-mrch´ de la ville voisine.

La surveillance des troupeaux dans les pâturages était souvent confiée à des femmes. Il suffisait de veiller à ce qu'aucune bête ne s'écarte du troupeau et ne passe dans le champ du voisin. Aidées d'un bon chien, la tâche était aisée et elles pouvaient passer quelques heures à deviser entr'elles tout en s'occupant à un ouvrage de tricot ou de couture.

Comme pour les femmes, le statut des enfants était très différent d'une maison à l'autre. Dans la majorité des cas, les enfants étaient soignés et éduqués correctement. Il y avait souvent une grand-mère qui en assumait la garde pendant que la mère vaquait aux activités domestiques.

Tout naturellement, en grandissant, ils jouaient à imiter les adultes et certains petits travaux qui ne requétaient pas une extraordinaire force physique leur étaient dévolus. C'est ainsi que, souvent, les aînés prenaient soin de leurs petits frères et sœurs. Les animaux de la ferme, lapins et volailles pour les plus jeunes, moutons et vaches pour les plus grands, pouvaient (en partie) leur être confiés. Les enfants étaient très fiers de se rendre utiles. Pour leur récompense, ils avaient parfois leur animal personnel et un peu d'argent pour leur tirelire.

Dans quelques familles, très peu nombreuses, les enfants étaient totalement négligées et dès qu'ils pouvaient se rendre utiles, ils étaient astreints à des travaux à la limite du raisonnable. Leurs parents n'étaient pas conscients que des efforts incompatibles avec leur morphologie et le manque de sommeil pouvaient perturber la croissance et la santé de l'enfant.

Les enfants étaient initiés à la politesse tant dans leurs familles qu'à l'école - jusque dans les années 1930, beaucoup d'entre eux disaient "vous" à leurs parents. On leur inculquait le respect des personnes âgées, des supéreierus - Les "usages" n'étaient pas les mêmes que chez les citadins, mais il y avait des choses qu'un enfant "bien élevé" ne disait pas ou ne faisait pas. Les plus pauvres, qui avaient trop d'enfants pour les nourrir correctement en confiaient parfois un ou plusieurs à des familles qui en prenaient soin moyennant quelques menus services. Selon la mentalité de la "famille d'accueil", ces enfants pouvaient être particulièrement choyés ou, au contraire, honteusement exploités.

La tradition locale n'a pas gardé mémoire de cas de pédophilie. Seuls de rares cas d'inceste étaient de notoriété publique. Sans aller jusqu'à la maltraitance, un enfant recevait parfois une gifle ou une fessée. L'usage du martinet était inconnu. Si la "faute" était "grave", une branche souple de noisetier ou d'osier cinglait parfois les jambes des garçonnets par trop indisciplinés qui ne se prenaient pas pour autant pour des "enfants martyrs".




           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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