L'église de Castelbajac .

(© Madame Marthe Delas)



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L'ÉGLISE DE CASTELBAJAC :
L'origine de cette église doit être à peu près contemporaine de l'arrivée des Barons de CASTELBAJAC en ces lieux. Une cuve baptismale datée par d'éminents archéologues du VII e ou VII e siècle, ainsi que deux chapiteaux médiévaux, qui sont visibles dans le chœur remontent certainement à la construction de l'église. Il y avait donc là, au tout début, une chapelle romane qui a subi de profondes modifications au cours des siècles. De récents travaux ont révélé des éléments de construction qui témoignent de l'histoire de ce bâtiment. Ils ont été malheureusement recouverts d'un crépi et, seules, quelques photos témoignent de l'évolution de l'édifice.

Comme toutes les constructions de ce type, elle est orientée Est-Ouest : les fidèles entrant par l'Ouest sont censés "avancer vers la lumière". L'abside en "cul-de-four" était éclairée par trois vastes baies aux encadrements en calcaire schisteux, provenant sans nul doute de la carrière locale (marnières de Houeydets). La lumière du soleil levant devait entrer à flots dans l'édifice. Ces baies ont probablement été murées lors de la mise en place des rétables (XVIII e siècle).

Une porte dont l'encadrement est fait de cette même pierre blonde se trouvait à gauche de la porte actuelle. De larges voûtes de pierre ouvrent vers les chapelles latérales qui sont peut-être du XIII e siècle. Cela devait correspondre à un accroisement de la population. Ces chapelles furent ensuite rallongées comme en témoignent les photos prises lors des derniers travaux. On y voit ce qui fut un angle, avec son entassement de "pierres d'angle", incorporé aujourd'hui au milieu d'un mur. Ces murs étaient construits avec des galets disposés en "arête de poisson" et jointoyés avec du mortier de chaux. La date de 1792 qui figure au-dessus de la porte actuelle pourrait correspondre à cette tranche de travaux, ainsi que l'auvent qui la surmonte et qui prolonge la chapelle Sud, encore que l'emplacement de la chaire laisse supposer que les chapelles aient pu être rallongées avant l'implantation des rétables.

Lors d'une délibération du Conseil Municipal datée de 1852, il est indiqué que le "lambris de la nef menace ruine et qu'il y a danger réel à le laisser plus longtemps dans la position où il est". - Toutefois, les travaux ne furent entrepris que douze ans plus tard. La charpente, la voûte et la toiture furent entièrement refaites. Les tuiles furent remplacées par des ardoises. Il fallut donc donner plus de pente au toit.

On peut lire dans le registre des délibérations, en date du 12 Juin 1864 :

"Considérant que le clocher actuel ne peut plus exister une fois que les réparations déjà autorisées seront faites, attendu que la toiture de ladite église, couvrira, pour ainsi dire en entier le susdit clocher. Considérant qu'il y a urgence absolue de rebâtir le clocher et de l'exhausser comme il est indiqué dans le plan dressé par l'architecte Fourcade... Le montant du devis du clocher et de la conversion du clocher actuel en église s'élève à une somme de 6.700 francs". Les travaux du clocher n'ont été effectués que beaucoup plus tard. Dans un document de 1892, il est dit que :

"Le clocher appelait une restauration radicale".

En 1898, fut construit le clocher actuel, conçu par Monsieur LABAT architecte. Sur une base octogonale, sa coupole est d'inspiration byzantine, style revenu à la mode au XIX e siècle. Le dépense s'éleva à 9.000 francs : 5.000 francs de la commune, une subvention de l'État de 3.000 francs et 1.000 francs de la "fabrique".

En 1913 fut placée une horloge "Terraillon", dont la machinerie toujours en place est en parfait état. La sonnerie étant dans le clocher n'était entendue que par les plus porches voisins de l'église. On surmonta donc le clocher d'un clocheton destiné à abriter la sonnerie. La dépense totale s'éleva à 1.100 francs. Aujourd'hui, une installation électrique anime le fonctionnement de l'horloge et est prête à assurer la sonnerie des cloches, lorsque l'actuel sonneur prendra sa retraite.

Lors de la réfection du toit et de la voûte, les offices avaient lieu sous une grange voisine et les mariages, sous le porche de l'église.

Le sol du sanctuaire a toujours été planchéié. Celui de la nef et des chapelles latérales est recouvert de pavés de pierre bleue provenant des Pyrénées voisines. Ce dallage doit être fort ancien, certainement antérieur aux travaux effectués à la fin du XVIII e siècle car la partie correspondant à ces travaux est dallée en pierre blonde.

Le sol des chapelles latérales étant très abîmé par les bouleversements subis lors des sépultures, du béton fut utilisé vers 1935 pour aplanir ce sol et remplacer les pavés casés. Il n'y a plus qu'un emplacement dans la nef, où un léger affaissement marque l'emplacement d'une sépulture.

Jusqu'en 1756, les Barons de CASTELBAJAC furent inhumés dans l'église "au tombeau de leurs pères" sans qu'aucune inscription ou pierre tombale permette d'en situer l'emplacement exact. Trois familles de "notables" furent aussi inhumés dans l'église :

- Les TARISSAN, dans la nef - jusqu'en 1774.
- Les CAZAT, dans la chapelle Nord - jusqu'en 1770.
- Les BERTRAIS - jusqu'en 1775 - dans la chapelle Sud, dédiée à Notre-Dame de PITIÉ et connue sous le nom de "chapelle des BERTRAIS".

En pénétrant dans cette église, le regard est tout de suite attiré par un remarquable ensemble de rétables du VIII e siècle, assez bien conservés et en cours de restauration. Aucun document, devis ou facture n'a été trouvé à ce jour. On en est donc réduit à des conjestures mais il est plausible d'attribuer une partie de ce travail à l'atelier des FERRERE d'Asté. Divers détails sont en effet typiques du style de ces artistes. Le fondateur de la dynastie des Ferrère, ayant fait un séjour en Italie, son œuvre est marquée par la Renaissance italienne.

L'église de Castelbajac est sous le vacable de Saint-Jean Baptiste. Ce sont donc les principales étapes de sa vie qui sont évoquées autour du Maître-Autel.

Sur le devant d'autel :
La visitation, au-dessus de l'autel, la naissance de Jean-Baptiste. L'élégance des drapés, la grâce des attitudes sont remarquables. A gauche, le baptême de Jésus et à droite la décollation de Jean sont remarquables par la composition des tableaux, le réalisme des détails et la finesse d'exécution.

L'autel est somptueux :
cariatides, colonnettes torse, dorées à la feuille, actuellement empâtées par des restaurations sucessives et maladroites, mais qui, dans un avenir proche devraient retrouver leur splendeur.

De part de d'autre du tabernacle :
deux petits panneaux méritent une attention particulière : à gauche le portement de croix et à droite "Jésus au jardin des oliviers" ; un ange présente le calice à Jésus, une maquette représente Jérusalem et une branche d'olivier symbolise le jardin. Tout cela est entouré de colonnes torses ornées de fleurs et de feuillages ainsi que de volutes ou le bois doré "la feuille" et la polychromie se mêlent harmonieusement.

La facture du Maître-Autel semble ne pas être de la même époque que le rétable, ou bien l'œuvre d'un sculpteur différent. Lors de récents travaux, on a découvert derrière le panneau central, des peintures murales. Le rétable n'étant pas entièrement déposé, il n'a pas été possible de les examiner dans leur totalité. On a pu observer au-dessus de la table d'autel, des motifs décoratifs de fleurs. Sous la voûte, le Christ en gloire. Un phylactère se développe devant la figure du Christ, au niveau de ses genoux. Au dessus du Christ, une série de personnages nimbés. Ils portent des phylactères et sont probablement les apôtres. Des problèmes de budget ne permettent pas d'exploiter cette découverte. Ces peintures semblent remonter à la fin du XVI e.

L'autel de la chappelle Nord est dédiée à Saint-Pierre. Il a été restauré en 1994 - 1995. Après l'élimination de multiples couches de peinture, il a retrouvé son aspect initial ; beaux marbre, bois doré ou argenté "à la feuille". Cet important travail a pu être mené à bien grâce aux importantes subventions du Ministère de la Culture, du Conseil Régional et du Conseil Général. La commune, participant pour un pourcentage relativement faible (18%) n'aurait pu envisager cette entreprise avec ses seules ressources. Il est bon de rendre hommage au Ministère de la Culture qui a participé à hauteur de 50 % du devis, à Madame Françoise Marcos, Conservateur des Antiquités et Objets d'Art qui ont œuvré, chacun dans son domaine, pour sauver ce splendide mobilier.

Saint-Pierre, condamné à être crucifié, ne se jugea pas digne de mourir de la même manière que son Maître ; il demanda à être crucifié la tête en bas. Cet épisode est représenté sur le panneau central. A droite, on aperçoit Saint-Paul, décapité près d'une des portes de Rome. Sur le devant d'autel, le reniement de Saint-Pierre mérite une particulière attention. Les attitudes des personnages sont des plus suggestives. Dans l'angle supérieur gauche est représenté le coq. Au-dessus du panneau central, des anges présentent les attributs du premier Pape ; les clefs et la tiare. Au milieu, le gril est une allusion à Saint-Laurent, particulièrement vénéré dans la région. Enfin de chaque côté, sont les statues de Saint-Roch et Saint-Antoine Ermite. Feuillages (à la feuille d'argent), anges, rocailles complètent et équilibrent l'ensemble. Il semble que ce ne soit pas, là, un travail de l'atelier Ferrère. On peut peut-être l'attribuer à Soustre.

L'autel de la chapelle Sud est dédiée à Notre-Dame de Pitié. C'est une œuvre beaucoup plus récente que l'on pourrait peut-être attribuer à Dominique Ferrère, le dernier de la dynastie. Les colonnes droites, l'ensemble plus dépouillé laise place à l'essentiel : une magnifique Piéta Renaissance, particulièrement expressive, entourée de trophées rappelant la Passion du Christ : la lance, les clous, la lanterne, la tige de roseau portant l'éponge, la main qui a souffleté le Christ, le glaive sur lequel est restée collée l'oreille, le voile de Véronique. Sur le devant d'autel est représenté le thème du pélican, alors que d'habitude il est sur la porte du Tabernacle. Cet ensemble présente un échantillon de ce que fut l'art du rétable pendant un siècle en Bigorre.

Dans la chapelle Nord, fut édifié en 1901, un autel et une statue du Sacré-Cœur de Jésus, sous l'égide de l'abbé DUFFOUR, curé de la paroisse. La statue fut achetée pour 272 francs, à la maison "Pleaucelle-Coquey" de Paris ; l'autel est un don du Père Joseph IBOS de Bourrepaux, Prémontré. Il a été acheté d'occasion. Le rétable provient de l'ancien Maître-Autel à Gaussan (40 francs). Le gradin, la partie placée sous le gradin, derrière le tombeau, le plancher sur lequel est placé l'autel, l'inscription sur le devant du gradin : "VOICI CE CŒUR QUI A TANT AIMÉ LES HOMMES", tout cela est neuf est sculpté sur place - peut-être par un menuisier de Galez : Jules Beaupuy. Tout cela a pu être réalisé grâce à la générosité de :

Mademoiselle d'ESPOUY de Mauléon-Magnoac .......100 francs.
Bernard TILHAC (Bernichou).............................200 francs.
Marie MARQUE ..........................................100 francs.

A l'intérieur de cette église, on voit aussi le monument aux morts de la guerre 14-18 dont nous parlerons plus loin et une plaque commémorant les cérémonies du millinaire des Barons de CASTELBAJAC.

En 1995-1996, l'intérieur de l'église a été entièrement décapé et recrépi dans sa teinte d'origine. Le crépi extérieur assure certes, une bonne consolidation de l'ensemble, mais l'auteur de ces lignes ne peut s'empêcher de déplorer que toutes traces médiévales : galets en fougère et encadrements en pierre d'anciennes ouvertures, aient été totalement occultés. Cet édifice est aussi remarquable par le fait qu'il n'y a aucun angle mort et que du sanctuaire, le prédicateur voit toute l'assemblée. L'acoustique y est également parfaite.

La chapelle Notre-Dame de Pitié était le siège d'une "chapellenie" c'est-à-dire qu'elle était considérée comme une personne civile, et qu'elle était habilitée à recevoir des legs. Elle fut fondée par Jean et Pierre BERTRAIS, prêtres, natifs de Castelbajac, à une date indéderminée. Le dernier titulaire connu est Jean LOUMÈS, prêtre, qui en prit possession le 12 Juin 1767. Le revenu s'élevait alors à 50 livres par an, à charge d'y célébrer 24 messes par an. Celui qui désirait s'asurer que des messes seraient dites pour le repos de son âme, versait une certaine somme, laquelle était utilisée pour acheter des terrains. Ils étaient affermés et le montany de ces fermages était transformé en honoraires de messes. A la Révolution, ces terrains furent considérés comme "biens nationaux" et vendus à des particuliers. Les derniers bienfaiteurs de la chapelle de la Sainte-Vierge pour qui furent dites des messes, probablement jusqu'en 1905, furent les époux RICAUD Bernard (Chanchou) né en 1805 et Jeanne DUPUY du quartier des Herrets.

Au XVIII e siècle, dans une église parisienne, l'effondrement d'une pierre tombale fit 150 morts. A la suite de cet accident, les sépultures furent interdites dans les églises. La dernière inhumation "au tombeau des ancêtres" fut celle de Marie BERTRAIS, en 1775.

Très nombreux doivent être ceux qui ont été inhumés dans cette église en 750 ans (environ). Les plus anciens doivent reposer dans des sarcophages.

Nous avons trouvé la mention suivante :

"Herrets : chapellenie, écart de Castelbajac, N-O ; N-D. de Herré 1749 - (POUILLE) - A ce jour, nous n'avons trouvé aucune trace de cette chapellenie.




           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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