Noël à Castelbajac .


(© Madame Marthe Delas)



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NOËL :
Le soir du 24 Décembre, le maître de maison mettait dans la cheminée, la bûche (souvent une vieille souche), qui avait séché toute l'anée et qui mettrait plusieurs jours à consommer. Sur les braises, devant cette énorme bûche, on plaçait une "oulle" - (pot de terre) dans lequel mijotait une daube. C'était là, le plat traditionnel. Comme il n'y avait ni radio, ni télévision, on animait la soirée avec des chants et des contes de Noël, religieux ou profanes. Et l'on partait pour la messe de minuit. Certaines années, la nuit était claire, étoilée et la température clémente. D'autres fois, il y avait une bonne couche de neige. Les groupes de fidèles, convergeaient de tous les quartiers vers l'église dont les cloches sonnaient à toute volée, comme elles l'avaient fait au cours des neuf soirées précédentes (eth aouets de Nadau). La plupart des gens portaient une "lampe tempête" que n'éclairait que fort peu leur chemin. La procession de tous ces lumignons était très spectaculaire. Tout le monde se retrouvait dans l'église mal éclairée par quelques cierges, le point le plus lumineux étant la "crèche". A l'Offertoire, chaque femme ayant des brebis chez elle, s'avançait vers le prêtre avec une miche de pain qui était bénie. Le sacristain le coupait en tranches pour le distribuer aux fidèles, à la fin de la messe.

Après la messe, chacun rentrait chez soi. Le "ressoupet" (réveillon) consistait généralement en : daube, saucisse grillée, dessert. L'usage du réveillon hors de la famille ne se répandit qu'après la guerre de 1914. Au repas du jour de Noël, figuraient généralement un pot au feu, la daube et une volaille rôtie : dinde, chapon, poulet. Les bouchers de lannemezan tuaient des bœufs bien gras, dans la seamaine qui précédait Noël. Ils accrochaient des demi bœufs à l'extérieur de la boutique. La température était généralement assez basse et les mouches ne volaient pas. Les rues ne connaissaient pas la pollution actuelle et les services de l'hygiène n'avaient pas encore été inventés !!! Les bouchers faisaient des promotions : 1 kg de pot-au-feu et un l kg de daube pour un prix avantageux.

Les enfants qui avaient mis leurs sabots bien cirés devant la cheminée, avant d'aller se coucher, y trouvaient parfois des jouets (peu), plus souvent une orange, un sabot en chocolat contenant un enfant Jésus en sucre rose, des bonbons ou quelques piécettes.


LA CHANDELEUR :
A Lannemezan, au cours des marchés précédant cette fête, avait lieu : "le marché de la cire". Chaque particulier apportait sa collecte de cire de l'année et la vendait à des fabriquants de bougies. Ces artisans fabriquaient des "cire de deuil" appelées "plecs". Ils les enroulaient de façon plus ou moins artistique. Pour peser la cire, on utilisait une balance romaine graduée en "petites 1 livre". C'était une mesure de poids qui avait cours avant la Révolution et qui valait environ 400 grammes. Son usage a perduré très longtemps pour la cire et le lin.

Chaque mariée se devait d'avoir un "plec" dans son trousseau. A la messe de "la Candélère" on apportait ces bougies. Le prêtre les bénisssait et elles étaient affectées ensuite à divers usages. Dès qu'un malade avait poussé le dernier soupir, on fermait les volets, en signe de deuil et on allumait à son chevet, les "candélos". Le Dimanche, chaque paroisienne déposait sa bougie devant la famille du défunt et elle brûlait pendant toute la durée de la messe. Lors des obsèques, on suivait le convoi en portant une bougie allumée. Par temps d'orage, on allumait ces bougies bénites et on récitait des prières de circonstance. Certaines personnes crédules associaient l'emploi de ces bougies à des pratiques superstitieuses - par exemple pour combattre des "brouches".


LE MARDI-GRAS :
Donnait lieu évidemment à des réjouissances. Les jeunes, déguisés, allaient de porte en porte, quémandant œufs ou farine. Le soir venu, ils faisaient des crêpes ou des beignets, ils chantaient de dansaient avant d'entrer dans le Carême.


LE CARÊME :
Cette période de pénitence, préparation à la fête de Pâques, était soumise à des contraintes strictes :

Le jeûne - Toute personne valide entre sept et soixante ans pouvait prendre, pour son petit déjeuner, une once de pain, soit environ 30 grammes avec une boisson. Le lait était proscrit. A midi, un repas "normal" était admis et, le soir, il fallait se contenter "d'une légère collation".

L'Abstinence - Aucun aliment d'origine animale n'était autorisé. Viande, lait, graisse, œufs ou beurre étaient donc prohibés. Le Mercredi des Cendres, premier jour du Carême, chaque maîtresse de maison récurait soigneusement sa batterie de cuisine afin qu'il n'y reste aucune trace de graisse et, jusqu'à Pâques, la cuisine se faisait exclusivement à l'huile. On pouvait manger du poisson. Morue, harengs saurs, sardines étaient abondamment consommés. Cette période de restrictions alimentaires, succédant aux excès du "pèle-porc", était particulièrement bénéfique à la santé de chacun. Entre les deux grandes guerres, l'abstinence fut réduite à deux jours par semaine : le Mercredi et le Vendredi. Il fut également toléré d'assaisonner les aliments maigres au lard gras ou à la graisse. Depuis la dernière guerre, les habitudes alimentaires ont beaucoup changé ; en général, les excès de table sont moindres. Du coup jeûne et abstinence sont devenus moins stricts. Pendant la durée du Carême, une cérémonie avait lieu à l'église tous les Vendredi soir, avec prières, sermon, chants de pénitence et bénédition du Saint-Sacrement. Toute réjouissance publique était prohibée : bals, mariages.


LA SEMAINE SAINTE :
Elle commençait le Dimanche des Rameaux. Chacun se rendait à l'église avec sa branche verte - généralement du laurier. Pour les enfants, le "Rameau" était garni de guirlandes et de friandises. Après la cérémonie, on déposait une branche bénite sur les tombes de la famille, dans les étables, dans les champs et bien sûr, dans chaque pièce de la maison, au pied du Crucifix. A partir du Jeudi Saint à midi, ni bêtes, ni gens ne travaillaient. On se rendait aux divers offices qui étaient très longs. Pendant le "Gloria" de la messe du Jeudi, les cloches sonnaient à toute volée dans tous les villages. On disait aux enfants qu'elles partaient à Rome. Elles restaient silencieuses jusqu'au "Gloria" du Samedi-Saint. Pour appeler les gens aux offices en l'absence de cloches, les garçons parcouraient le village avec des crécelles fabriquées souvent par leur père, donc solides et bruyantes. Dans la liturgie qui a précédé le concile Vatican II, la Résurrection du Christ était célébrée dès le Samedi matin. Les gens se saluaient par la formule :

"Alléluia ! Jésus est ressuscité !".


PÂQUES :
Ce jour-là, toute la population se retrouvait à l'église pour, selon l'expression locale "gagner Pâques". La plupart des hommes avaient troqué la blouse noire des Dimanches ordinaires contre le costume trois pièces. Les jeunes filles arboraient "quelque chose de neuf". Ce pouvait être un chapeau, une robe ou des chaussures... C'est ainsi que, vers 1890, un jour de Pâques vit trois jeunes filles de Houeydets arborer des chapeaux neufs. C'étaient des "capotes" noires maintenues par deux rubans noués sous le menton et ornées : pour Jeanne CLARENS-MOUNET d'hortensias du plus beau bleu, pour Marie RICAUS-PONTET de capucines et pour sa sœur Jeanne-Marie de coquelicots. Elles avaient, paraît-il, fait sensation. Soixante-dix ans plus tard, une personne qui devait avoir six ans à l'époque des faits, ne l'avait pas oublié !... Après le long jeûne du Carême, le repas de midi était un peu plus soigné qu'à l'ordinaire et particulièrement apprécié.


LES ŒUFS DE PÂQUES :
Le lundi de Pâques, le curé de la paroisse, accompagné par les enfants de chœur, portant chacun un panier, se rendait dans les maisons du village. Ils entraient en lançant de joyeux "Alleluia !". Sur une petite table, la maîtresse de maison avait préparé crucifix, une coupelle d'eau bénite dans laquelle trempait une petite branche de rameau bénit la semaine précédente et une corbeille contenant des œufs. Le prêtre bénissait la maison. Les enfants rangeaient les œufs dans leurs paniers respectifs. Ils les vendaient ensuite et cela leur procurait quelque argent de poche. L'instituteur (ou l'institutrice), le facteur, le sonneur de cloches recevaient aussi leurs œufs de Pâques.


L'INVENTION DE LA SAINTE-CROIX :
Cette fête se célébrait le 3 Mai. On confectionnait un bouquet avec des fleurs de saison. On y ajoutait de petites croix mesurant environ 30 cm X 15 et faites de minces tiges de noisetier écorcé. Le prêtre bénissait ces bouquets au cours de la messe. Au retour de la maison, ces croix étaient fixées sur les portes des étables ou sur la porte du jardin pour attirer la bénédiction de Dieu sur les fruits de la terre. Les fleurs bénites formaient un bouquet sur la cheminée de la cuisine.


LE MOIS DE MARIE :
En Mai, le soir venu, les cloches appelaient les fidèles à l'église où se déroulait une cérémonie avec prières, chants, bénédiction du Saint-Sacrement en l'honneur de la Sainte-Vierge. Ensuite, retour à la maison dans la tiédeur du printemps, le parfum des talus en fleurs, en particulier des aubépines, et au milieu des vols de hannetons, très nombreux car ils n'avaient pas encore rencontré d'insecticides...


LES ROGATIONS :
Les Lundi, Mardi et Mercredi précédant l'Ascension, ainsi que le jour de Saint-Marc (25 Avril), avaient lieu des processions et des prières publiques ayant pour objet d'attirer la bénédiction de Dieu sur les récoltes et de détourner les fléaux tels que la foudre, la grêle ou les tempêtes... Après la messe matinale, la procession quittait l'église, croix en tête. Je me souviens d'un prêtre jeune, robuste, arpentant à enjambées, les petits chemins de terre, suivi plus ou moins péniblement par la quasi-totalité de la population. Les enfants couraient, les adultes s'essouflaient et entre deux respirations, chantaient les litanies des saints ou diverses invocations.


" A fulgure et tempestate, liberanos Domine...
Ut fructus terrae, dare et conservare digneris,
Te rogamus, audi nos"...


Après une courte halte devant une croix abondamment ornée de fleurs, on fonçait vers la suivante. A Houeydets, le premier jour de Rogations, le circuit devait faire près de sept kilomètres. Partant de l'église vers la croix du "Cami deth Hay", puis la croix de "Ménico", on prenait le chemin du Castagnou jusqu'à une croix qui s'élevait au sommet de la côte. On se dirigeait alors vers "Chourrine". Après avoir traversé la route, on se dirigeait alors vers la croix de la "Passado" et on revienait vers l'église. Cela se passait dans la rosée du petit matin, car les enfants devaient être à l'école à huit heures. (C'était le temps béni de l'heure solaire). Les deux autres circuits étaient plus courts.


LA FÊTE-DIEU :
Célébrée les 2 ème et 3 ème dimanches de la Pentecôte, la fête du très Saint-Sacrement, appelée aussi Fête-Dieu, était l'occasion de processions très solennelles. Des "reposoirs" étaient échafaudés pour Houeydets à la croix du "Cami deth Hay" le premier dimanche et à la croix de "Bouriarou" ; la semaine suivante, à Cas. Lorsque cette dernière croix fut tombée en ruines, on fit le reposoir au pied de la croix de "Bureu".

A Castelbajac, c'étaient la "Monjoie" et la croix de la Place qui accueillaient les reposoirs du premier dimanche et la croix "devant Bégoula" et la croix du "Bout de la Côte", ceux du passé. Sur le trajet de la procession, les hommes déposaient une "jonchée" aussi artistique que possible, à base de fougères, fleurs, feuillages. Chaque famille sortait ce qu'elle avait de plus beau comme tapis, draps brodés, couvre-lits, vases et les disposaient sur le sol ou sur des cordes à linge, sur la passage de la procession. Le reposoir était construit avec un échafaudage de tables et guéridons de différentes tables. Certaines années, on avait même vu des arcs de feuillages auxquels étaient attachés par la patte de petits oiseaux qui voletaient au passage de la procession. Le prêtre portant l'ostensoir, était sous un dais garni de "drap d'or", porté par quatre hommes. Traditionnellement, le premier dimanche, cet honneur était réservé au maire, à son adjoint et à deux conseillers municipaux. Le second dimanche, quatre membres du conseil de "fabrique" portaient le dais et lorsque celui-ci fut dissous, il y avait toujours quatre volontaires pour remplir ce rôle. Les fillettes, habillées de blanc, couronnées de fleurs, portaient de petites corbeilles remplies de pétales qu'elles lançaient vers le Saint-Sacrement. Bannières, flambeaux, chants contribuaient à la solennité de la cérémonie. Castelbajac possède une magnifique croix de procession du XVIII e siècle, en argent. Arrivés au reposoir, le prêtre procédait à la bénédiction du Saint-Sacrement, pendant que les jeunes gens tiraient des coups de fusil. Ces processions se sont pratiquées jusqu'aux environs de 1960.


SAINT-ROCH :
Saint-Roch fêté le 16 Août, donnait lieu à une cérémonie très spectaculaire : la bénédiction des animaux. Chaque propriétaire amenait ses bœufs ou ses vaches, joints, soigneusement brossés et étrillés, ainsi que les chevaux et autres bestiaux. Tous étaient alignés au bord de la route, de part et d'autre de l'église. Le prêtre, revêtu de l'étole et accompagné des enfants de chœur, bénissait chaque paire de bêtes et recevait une offrande destinée à dire des messes pour la "conservation des fruits de la terre".





           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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