Les supertitions à Castelbajac .


(© Madame Marthe Delas)



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COUTUMES TEINTÉES DE SUPERTITION :
D'un lointain passé, quelques croyances et quelques pratiques venues du fond des âges se sont greffées sur des pratiques religieuses détournées de leur signification première. Maints objets bénits : eau, rameaux, bougies, ont souvent joué un rôle d'amulettes.

Le laurier bénit le jour des rameaux était brûlé par temps d'orage, une feuille était placée parmi les œufs mis à couver ; avant d'entamer le pain, on y traçait une croix avec la pointe du couteau. Peu à peu, les gestes sont restés mais n'ont plus été accompagnés des prières y attachées :


"A fulgure et tempestate, liberanos Domine -
Donnez-vous, aujourd'hui, notre pain quotidien etc...".

Tout phénomène, souvent parfaitement natuel, mais qui, en raison de l'ignorance, semblait extra-ordinaire, était imputé aux "Brouches". Ce pouvait être une crise d'épilepsies, du rachitisme ou toute autre maladie non identifiée, frappant bêtes ou gens. L'eau bénite était alors le principal recours.

Certaines femmes (rarement des hommes), étaient réputées "brouches". Censées jouir de "pouvoirs" presque toujours maléfiques, elles étaient assimilées à des sorcieres. On les soupçonnait de prendre l'aspect d'un animal, souvent d'un chat noir, une chouette ou une pie. On disait aussi qu'elles passaient par le trou de la serrure ou par la cheminée pour, sur le coup de minuit, danser à la "hount de Prédagné". Accusées de jeter des sorts aux hommes et aux animaux, certaines d'entr'elles avaient reçu de l'eau bénite en pleine figure, ce qui, cela va de soi, n'améliorait pas les relations de voisinage. La plupart étaient les premières à rire de leur réputation.

Parfois, des jeunes gens facétieux, prenaient plaisir à impressionner les personnes crédules en allumant, par une nuit très sombre, de petits quinquets à quelques distance de leurs maisons. Elles sortaient alors, lançant de l'eau bénite en direction des flammes qu'un soufle de vent éteignait. Elles étaient alors persuadées d'avoir vaincu quelques esprit maléfique. Le lendemain tout le quartier leur faisait raconter leur aventure. Il était fait un amalgame entre le diable et les brouches. Tout cela était assez flou.

Cette crédulité pouvait avoir des conséquences graves. Une femme de Houeydets, ayant ressenti quelques malaises, fut persuadée que l'ex-maîtresse de son mari lui avait jeté un sort. Elle s'alita dans une pièce aux volets clos. Elle était assise sur son lit, avec ses vêtements noirs, encadrée par les grands rideaux qui tombaient du plafond, le visage blafard, elle impressionnait particulièrement l'auteur de ces lignes. Tant qu'il vécut, son mari s'occupa d'elle, puis sa belle-fille prit le relais. Elle vit mourir un beau-frère, sa fille, son fils et son mari, sans jamais sortir de son lit. Elle devait être en parfaite santé car elle jouissait d'un solide appétit et n'eut jamais de problèmes digestifs. Pour son petit déjeuner, elle prenait d'une main un bol de café et de l'autre une bonne tranche de pâté maison dans laquelle elle mordait à pleines dents. Pour ses autres repas, une bonne portion de garbure accompagnée de confit d'oie ou de porc ou d'un morceau de "goula" faisait son affaire. Elle vécut ainsi, environ 35 ans. A sa mort, ses jambes complètement atrophiées étaient réduites à l'état de moignons. A l'heure actuelle (2000), il y a encore quelques personnes qui ont hérité de ces croyances. Elles sont très peu nombreuses. Par contre, on voit de plus en plus de gens toucher du bois, refuser d'être 13 à table ou redouter la rencontre d'un chat noir.

Certaines personnes faisaient usage de champignons ou de plantes hallucinogènes : actuellement, plus personne ne connaît ces plantes. D'ailleurs les desherbants chimiques les ont éliminées.

Nous n'avons pas eu connaissance de cas de "possession".

A Castelbajac et à Houeydets, il n'y a pas de tradition de "feu de la Saint-Jean". Par contre, la rosée de Saint-Jean était réputée pour ses bienfaits. Il fallait se lever tôt pour marcher nu-pieds dans la rosée. C'était l'assurance d'une bonne santé pour l'année. De même les moutons devaient brouter cette rosée pour être à l'abri de toute épizootie.

D'un grand malade, dont on prévoyait la fin prochaine, on disait :

"Nou beyra pas eths arros de cen Yoan".
(Il ne verra pas la rosée de la Saint-Jean)
Sous entendu : qui pourrait le guérir.

Si l'on trouvait dans la maison un objet insolite par sa nature ou par le lieu où il était découvert, il fallait le brûler dans la nuit à certains carrefours, "La Croix de la Passado" et la "Croix de Ménico", ont vu, jusqu'en 1935, au moins, de ces petits foyers, autour desquels dansaient les intéressés.

Nombre d'interdits avaient cours dans certaines familles :

Lorsque le pain était enfourné, les galettes cuisaient plus vite et étaient retirées du four bien avant les gros pains. En manger avant la cuisson complète de le fournée risquait d'attirer les pires malheurs.

Il ne fallait pas consommer la totalité d'un porc avant d'avoir tué le suivant. C'est pourquoi on voyait couramment un saucisson archi-sec, pendre tout seul à une poutre. "Il attendait l'autre". Les enfants ne devaient pas consommer de cervelle, ça leur coupait la croissance.

Si un enfant naissait avec le cordon ombilical autour du cou, c'était un très mauvais présage : il allait mourir pendu...

Devant certains phénomènes physiques, plus ou moins spectaculaires, se rattachant par exemple aux feux follets, à l'électricité statisque, à la radiesthésie, à la télépathie - bien des gens - à cause de leur ignorance, croyaient voir là l'intervention des brouches ou du diable.

Les sorciers, les rebouteux et autres praticants de "médecines souces" étaient souvent assimilés à des "sorciers".

Nous avons connu quelqu'un qui, parce qu'il avait rencontré un inconnu dans une circonstance qu'il ne s'était pas expliquée soutenait mordicus qu'il avait vu le diable.

Ce type de croyances a à peu près disparu aujourd'hui mais, n'ont-elles pas été remplacés par d'autres aussi peu sensées ?




           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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