La monographie locale

de Vidouze.
De R.ANCELY

(© ADHP - A 303)


(Monographie offerte par M. Alain Eymard)




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La chapelle Notre-Dame des Landes : (2ème partie)

Passons rapidement maintenant sur certaines escarmouches qui suivent de près cette procédure. Le 15 Août 1641, le curé d'Arroses célèbre la messe à la chapelle de Notre-Dame des Landes au nom de Pierre de Gassion ; il en avertit la population et dit dans son procès-verbal qu'il n'y a eu aucun incident. A son tour, le 20 Septembre de la même année, Livron envoie Guillaume Risail, curé de Luc, pour célébrer l'office ; mais ce dernier en est empêché par Guillaume Dabadie, curé de Samonzet, représentant de Gassion, "déjà habillé hormis le chasuble". Procès-verbal est dressé par notaire.


Il ne faut pas s'étonner que les possesseurs des bénéfices nommés par le Roi et investis ensuite canoniquement par le Pape exercent leur prérogatives par l'intermédiaire de mandataires.

A cette époque il était de règle de réserver ces bénéfices à des religieux, à des cadets de familles nobles qui se destinaient à l'état ecclésiastique. L'âge ne comptait pas ; et ils avaient l'avantage de percevoir immédiatement les revenus de ces offices, ce qui permettait à leurs familles de payer leurs études.

Gassion, nommé en 1634, n'avait que 18 ans ; il n'avait pas reçu les ordres et il était étudiant en théologie à Paris. Il était donc représenté constamment à la tête de sa commanderie par des prêtres des environs qui y célébraient tous les offices.

On peut consulter à ce sujet mon étude sur la correspondance du Baron Dombidau de Crouseilhes (Bulletin Société Sciences, Lettres et Arts de Pau, III e série, tomes 7, 8, et 9) où l'on voit ce haut majistrat, doyen du Parlement de Navarre, solliciter à chaque instant un bénéfice pour son fils, futur Évêque de Quimper, qui faisait ses études au Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris.

En Juin 1642, Gassion a de nouveau recours au Parlement de Toulouse. Il leur présente requête, invoque encore ses titres bien antérieurs à ceux de Saint-Orens neveu (nous apprenons pour la première fois que le titre de ce dernier date de 1639) et de Livron (1641) et des religieux de Lescar, dont prétend-il Livron serait le syndic, et il demande à la Cour de les faire assigner tous les trois et en attendant de leur faire "toutes inhibitions et défenses" de le troubler dans sa possession. Le 18 Juin, la Cour rend un arrêt conforme qui est signifié le 12 Août à Livron. Ce dernier consigne à l'huissier une longue réponse que nous ne reproduisons pas, les arguments des parties étant les mêmes que l'année précédente. Il est curieux de constater que Gassion et Livron usent tour à tour des religieux de Lescar en prétextant que leur adversaire les a employés à leur profit. Abbadie de Livron affirme, en outre, que le Conseil du Roi a été saisi. Mais toutes ces explications, tous ces nouveaux incidents, ne constituent que des actes de procédure tendant à embrouiller la situation. Le dénouement approche et se produit sous deux formes.

1° - Par une transaction signée le 20 Septembre 1642 entre Pierre de Gassion et Saint-Orens neveu. Celui-ci après le décès de son oncle reconnaît la possession légitime de son adversaire depuis 1634 ; il accepte qu'il y soit maintenu à charge par Gassion de lui payer 100 livres tournois comptant. Cet acte est retenu par Trescazes, greffier au Parlement, signé par les parties et les témoins, Jean de Gassion, Président au Parlement de Navarre y représentant son frère et il est ensuite déposé le même jour aux minutes de Me Pierre de Pierre, notaire de Pau.

2° -Par un nouveau brevet du Roi du 28 Décembre 1642 qui investit à nouveau Pierre de Gassion de la commanderie en l'obligeant toutefois à servir à Saint-Orens neveu une pension annuelle de 150 livres. Cette décision royale nous paraît avoir rendues inutiles les réclamations de Pierre d'Abbadie Livron et des Pères de Lescar qui durent s'incliner devant cet acte d'autorité.

Reprenant maintenant l'histoire de la commanderie de Vidouze, nous ne pouvons qu'ajouter qu'elle fut ultérieurement attribuée à l'ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit, et donnée enfin aux Barnabites de Lescar qui la conservèrent, jusqu'à la Révolution. La perception des revenus de cette commanderie donne lieu à un procès qui se jugea en premier ressort au siège de Parabère et alla en appel au Sénéchal de Morlàas. Une pièce conservée aux Archives de l'Évêché de Tarbes relève que le 14 Mars 1697, ce dernier magistrat rendit un arrêt à la requête de Lazare Espiaube supérieur des Barnabites contre Pierre Larrouzé, curé de Caussade, Jean Larrouzé, chirurgien, son frère, et le nommé Duclos, prêtre de Tarbes, pour violences exercés contre le frère Alexis préposé par les Barnabites pour recueillir les fruits de la commanderie.

A côté du Commandeur, il y avait la chapelle et les chapelains. L'Abbé Francez cite trois d'entre'eux : Jean Lalaure décédé en 1529, son successeur Bertrand de Podio-Pouey ; Jean-Pierre Lalanne clerc tonsuré de Diusse en fut titulaire en 1696. Il semble qu'avant lui, Pierre de Bordes conseiller du Roy au Parlement de Navarre en était le prébendier. En effet, par acte de Cazenave, notaire à Pau, du 18 Juin 1695, il afferma cette prébende pour une année à Bernard Larrouzé et Jean-Pierre Pélanne de Vidouze pour 200 livres et 8 barriques de vin (Archives Basses-Pyrénées - Série E nº 2075).

La chapelle dédiée à Notre-Dame était un lieu de dévotion réputé. Dans l'état des paroisses de 1783, le curé Bétouzet dit que les pères sont obligés d'y dire la messe trois fois l'an ; Annonciation, Assomption et Nativité. Les pères y sont exacts et il y a un grand concours de fidèles spécialement à l'Assomption et à la Nativité. Ces renseignements sont confirmés par la tradition populaire, dont certains vestiges conservés à l'Évêché, révèlent qu'il y avait une fondation miraculeuse et qu'il y aurait eu deux miracles. Son domaine comprenait environ 40 hectares. Il résulte, en outre, de l'examen des registres paroissiaux qu'elle a servi à plusieurs reprises pour des baptêmes et des mariages.

Pendant la Révolution, la chapelle fut vendue comme bien national et achetée par Bertrand Pélanne de Vidouze pour 600 livres (Archives Hautes-Pyrénées - Série Q 21 et 7709). Elle existait encore en 1805 et 1807 ainsi que cela résulte des deux procès-verbaux de visite classés à l'Évêché. Le premier indique que la chapelle est vaste et en bon état et que ce serait une calamité que de ne pas la réparer et l'entretenir ; elle comportait encore un certain nombre d'objets propres à l'exercice du culte.

On ne sait à quelle date cette chapelle fut démolie. Dans une notice publiée dans l'Annuaire du Petit Séminaire de Saint-Pé, année 1895, sur l'Abbé Canton, ancien curé de Vidouze, il est indiqué que ce prêtre avait recueilli avec amour les indications et souvenirs relatifs à cette chapelle ; une nouvelle construction avait été aménagée près de l'ancienne, mais elle fut démolie vers 1850 à la suite du désaccord avec l'Évêché. Dans un rapport adressé à ses supérieurs, M. l'Abbé Lhoste, curé de Lahitte et Vidouze, de 1916 à 1919, a donné quelques détails qu'il avait recueillis sur la vieille chapelle ; elle était en style roman, avait 25 mètres de longueur sur 10 de largeur et comptait en plus le chœur qui était assez vaste. Il avait deux portes et pas de clocher. Ces renseignements concordent avec les procès-verbaux de visite de 1805 et 1807.

Le seul vestige qui reste de cette chapelle est une statue en bois sculpté et doré qui se trouve aujourd'hui à l'église paroissiale de Vidouze. Les vicissitudes de cette statue ont donné lieu à de nombreux commentaires qui se sont perpétués par la tradition populaire. On prétend qu'au moment de la Révolution, elle aurait été enfermée dans une caisse et enfoncée en terre. Plus tard, les meugiements d'un jeune brau l'auraient fait découvrir. Il ne faut voir dans cet épisode que des souvenirs toujours renouvelés de certains faits tenant du merveilleux qui précèdent souvent l'établissement d'un culte dans un lieu déterminé. En tous cas, on ne peut que les accueillir avec hésitation tant qu'ils n'ont pas reçu leur confirmation, comme à Lourdes. Une autre tradition plus vraisemblable affirme que la statue fut vendue par le sieur Guerrier d'Arriagosse, acquéreur de la chapelle après Bernard Pélanne. Elle passa ensuite en main d'une personne de la commune et fut remise à l'église paroissiale où elle fut solennellement installée vers 1830 ; le curé Sylvestre Capdevielle fit célébrer une grande fête en son honneur ; quand la vieille église fut détruite et la nouvelle reconstruite à la Hourcade, on ne comprend pas pourquoi la statue n'y fut pas intégrée. Mais certains documents conservés à l'Évêché et à l'église de Vidouze indiquent qu'elle se trouvait en mains de la famille Coulomme d'Artagnan alliée à la famille Pages de Vidouze. La statue aurait été enlevée de l'église pour la soustraire aux opérations d'inventaire et remise à la famille Péborde Peyroy ; au décès du dernier représentant de cette famille, la statue aurait été réintégrée dans l'église. Elle est maintenant installée sur l'autel en bois qui est près de la porte latérale. Derrière cette statue se trouve une fresque moderne commandée par l'Abbé Azens à un peintre étranger et qui représente Sainte-Bernadette. Cette vierge en bois doré remonte certainement à la fin du XVI e siècle et mériterait par son histoire et son ancienneté d'être classée parmi les monuments historiques.




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Entraide apportée par :
- M. Alain Eymard
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© Marie-Pierre MANET







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