La monographie locale

de Vidouze.
De R.ANCELY

(© ADHP - A 303)


(Monographie offerte par M. Alain Eymard)




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Vie agricole et artisanale

Nous connaissons trois cadastres de la commune de Vidouze : l'un a été dressé sous l'Ancien Régime et date de 1667. Il a été établi à la demande des consuls et habitants, représentés par Jean Navères Cabane, par Jean Oustau, maître arpenteur du lieu d'Ibos en Bigorre. Le second (premier cadastre du nouveau régime) a été créé en 1825 et le troisième, après réfection complète, en 1936.

Le livre terrier de 1667 énumère toutes les personnes qui possèdent des biens sur le territoire de la commune. Il est dressé par famille avec indication des contenances appartenant à chacune d'elles et comprend l'énumération des maisons, parcs, jardins, vergers et terres avec leurs principales confrontations. Il est complété par un second registre qui paraît daté du XVIII e siècle et qui ne donne que les additions ou retranchements opérés dans chaque propriété. Ce registre n'indique donc que des mutations.

Le terrier de 1667 ne donne pas une récapitulation générale des terres ni une division de ces dernières par leur destination. Il comprend 213 familles habitant Vidouze et 217 maisons. A côté de ces familles se trouvent un certain nombre d'étrangers à la commune qui y possèdent des biens. Si on rapproche ce terrier de la carte nº 74 de Cassini, Auch, Tarbes, on y voit que les principaux quartiers de la commune s'appelaient : Moulonguet, Rombertes, La Come, Notre-Dame et Arriagosse. La plupart de ces dénominations existent encore à l'heure actuelle. Le cadastre de 1667 n'indique pas de moulins établis sur le Louët. Cependant au moment de la Révolution de 1789, il en existait au moins deux qui furent visités par l'Ingénieur en chef le 12 germinal An II à l'effet de savoir s'ils étaient utiles à la population et susceptibles d'être vendus comme biens nationaux. L'un était situé à Arriagosse et appartenait à l'émigré Daubous de Lembeye ; l'autre était dit de Dabat et sa position exacte n'est pas indiquée. Il y avait un moulin inférieur qui fut détruit et un moulin supérieur en bon état reconnu utile pour la population (Archives départementales Hautes-Pyrénées - Série Q).

Le cadastre de 1825 est le premier qui a été établi après la Révolution. La commune comprend 1.603 H 24 a 37 c dont 1.551 ha 31 a 06 c font partie du domaine privé (particuliers et commune) et 51 ha 93 a 31 c du domaine public (chemins communaux et ruraux, ruisseaux, etc...) Le nombre des maisons est de 183 et celui des moulins de 3.

Ce cadastre a été révisé en 1936. La surface totale de la commune ne comprend plus que 1.601 ha 44 a 07 c divisé en 1.548 ha 38 a 37 c du domaine privé et 53 ha 05 a 70 c du domaine public. Le nombre des maisons est de 139. Celui des moulins de 4. Dans l'espace de trois ans, le nombre des maisons a donc diminué de 44 ce qui explique la décroissance constante du nombre des habitants. Les plus grandes propriétés sont de 72 ha - 66 ha et 38 ha , quelques rares domaines vont de 12 à 17 ha. Tous les autres varient de 1 à 3,5 et 7 ha.

Les terres se subdivisent ainsi ( nous ne donnons que la contenance générale en hectares) :

- Labourables...........................................616 ha.
- Près......................................................261 ha.
- Vergers.................................................... 1 ha.
- Vignes...................................................105 ha.
- Bois......................................................183 ha.
- Landes..................................................351 ha.
- Jardins................................................... 11 ha.
- Terrains d'agrément.................................. 2 ha
- Sols et emplacements analogues............... 12 ha.

Sous l'Ancien Régime les mesures agraires propres à la commune de Vidouze étaient le pugnère qui valait 2 ares 930.656 ; la mesure qui valait 83 ares 445.248 et le journal ou sac qui valait 93 ares 781. Les mesures de longueur s'appelaient le pan (0 mètre 22.558) et la canne (1 mètre 80.464). Pour les liquides on comptait la tasse (0 litre 5) ; la pinte (1 litre 2) ; et le pot (2 litres 4) ; la comporte valait 50 litres 4 et la barrique 403 litres 6.

Tables de comparaison pour toutes les communes des Hautes-Pyrénées entre mesures anciennes et système mètrique. Table Lagarrigue 1813.

Depuis la mise en vigueur du système métrique certaines dénomination anciennes sont restées en usage : pour les mesures agraires le journal qui vaut 33 ares; pour les liquides la barrique qui a dans notre région une contenance de 300 litres.

Outre les immeubles publics qu'elle possédait (maison commune, église, cimetière, presbytère) la plus grande richesse de la commune consistait et consiste encore dans sa lande communale.

La superficie de cette lande était considérable et elle a excité de tous temps la convoitise de certains habitants qui, se trouvant à proximité, avaient la tentation de faire servir à leur usage particulier. Par ailleurs et toutes les fois que la communauté avait une grosse dépense à effectuer, elle ne pouvait trouver de ressources que dans un emprunt ou dans la vente de quelques parcelles de ce domaine.

En 1700, et le 11 Août, la Cour des Aydes et Finances de Montauban, dont dépendait la communauté au point de vue du domaine public, eut à rendre un arrêt important au sujet de cette lande à la suite de nombreuses contestations soulevées tant par certains habitants que par le Procureur général du Roy en la dite cour.

Nous avons eu la bonne fortune de retrouver cette importante décision aux Archives départementales du Tarn-et-Garonne (Sée B nº 76). Elle comprend 12 folios car elle mentionne intégralement toute la procédure de cette affaire. Nous allons essayer d'en donner une analmyse succincte et aussi claire que possible malgré les obscurités du jargon et de la procésure judiciaire de cette époque.

L'affaire est entamée à la fois par le Procureur général du Roy à Montauban et le sieur Jean Carde de Vidouze partie intervenante. Un premier arrêt du Conseil d'État du Roy du 13 Mars 1699 avait dessaisi la Cour de Montauban sur la demande de Jacques Molonguet Monjean représentant la sieur Crudères, un des défendeurs assignés par le magistrat royal ; mais un second arrêt du 26 Février 1700 du même Conseil d'État provoqué probablement par le sieur Carde donne à nouveau connaissance de la cause à la juridiction de Montauban.

La procédure nous apprend que la lande et les bois communaux appartiennent à la communauté de Vidouze en vertu d'un acte d'inféodation rendu par Bernard, comte d'Armagnac, le 9 Octobre 1401, moyennant une rente de 15 sous morlans.

Une partie de ce domaine avait dû être vendue par les Conseils aux ascendants d'un sieur Arnautou Navères dit Hil du lieu de Vidouze. La communauté ayant décidé de récupérer ultérieurement ces biens, Arnautou Navères les lui revendit par acte du 29 Janvier 1641 moyennant la somme de 3.800 livres et pour payer le vendeur, les consuls empruntèrent la dite somme à un sieur Jean Lagarde de Lembeye. Les intérêts de cet emprunt n'ayant pas été payés, la dame Bertrande Lagarde veuve du créancier fit un commandement de payer le 23 Avril 1660 et pour éviter des poursuites judiciaires onéreuses les consuls vont se résoudre entre 1660 et 1690 à vendre des parcelles de la lande communale ce qui leur permettra de se libérer. Pendant cette période l'arrêt de la Cour de Montauban énumère 18 actes de vente établis au profit des sieurs Crudères, Pélanne, Peyrouil, Gure, Gurchan, Navères et autres. Or ce sont précisément ces personnes qui sont assignées devant la Cour des Aydes de Montauban par le Procureur Général du Roy et Jean Carde. Les demandeurs prétendent que tous ces actes sont fictifs, que les terres vendues doivent être restituées à la communauté et que les consuls sont responsables de ces actes d'administration qui sont, en outre, argués de faux par le sieur Carde. La procédure nous apprend cependant que Carde n'a pas fait preuve de faux, mais que la plupart des défendeurs ont offert de restituer les terres achetées. En conséquence, la Cour annule toutes les ventes, remet la communauté en possession, évite de se prononcer sur la responsabilité personnelle des consuls, mais elle met à la charge de la communauté le coût de l'arrêt et les dépens avancés par le sieur Carde.

Il est probable que les restitutions furent opérées ; mais en ce qui concerne les frais et dépens l'affaire se prolongea encore pendant cinq ans ; et ce ne fut que le 23 Novembre 1750 que devant Miuessens, notaire royal à Lascazères (La minute de cet acte est conservée à l'étude de Castelnau-Rivière-Basse) une transaction intervint entre les habitants et Pierre Carde héritier de son père. Ce dernier accepte de réduire sa créance à la somme de 300 livres payables dans un délai de quatre ans.

Ce procès ne sera pas le dernier, mais avant de narrer les événements du XIX e siècle, précisons que d'après le cadastre de 1825 la lande communale y figure pour :

- à la section D nº 281 - Bosc pour une superficie de 27 ha 50 a 90 c.

- à la section E nº 2 - Bosc pour une superficie de 29 ha 53 a 50 c.

- à la section G nº 211 - Tharet pour une superficie de 6 ha 66 a 40 c.




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Entraide apportée par :
- M. Alain Eymard
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© Marie-Pierre MANET







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