La monographie locale

de Vidouze.
De R.ANCELY

(© ADHP - A 303)


(Monographie offerte par M. Alain Eymard)




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Vie agricole et artisanale (suite)

Les empiètement de certains habitants vont d'abord donner lieu à divers incidents.

En 1840, plusieurs habitants se plaignent au Préfet que des confrontations du quartier Lacoume se permettent d'extraire des terres et de la marne de la lande communale au préjudice de la commune. Le Conseil Municipal est saisi de cette réclamation. Par délibération du 8 Novembre, il rapelle que, une première décision municipale du 29 Août 1821, a défendu de procéder à des extrations sans autorisation du maire ; la Conseil affirme cette première règlementation et oblige les habitants qui veulent y procéder à payer une somme de 16 fr par arpent ; plus 0 f 10 par caisse de terre ectraite, et 0 f 25 pour la marne. Le Préfet approuve cette délibération en ramenant la somme prélevée à 12 francs.

Un deuxième incident se produit le 10 Février 1847.

Le Maire expose au Conseil Municipal que la lande a servi de pacage pour quelques habitants et pour l'exploitation des thuyes et fougères. Or le produit de cette lande diminue tous les ans par suite des dégradations et gaspillages qui y sont commis. Pour y mettre un terme le Conseil accepte de la donner à bail pour six ans consécutifs à raison de 6 frs par bête à corne et 7 frs pour les chevaux et juments. Malgré une protestation de certains usagers adressée au Préfet le Conseil Municipal confirme sa décision le 27 Mai 1847.

Un nouveau procès va être intenté devant le Tribunal de Tarbes le 8 Mai 1848. Nous avons déjà relaté dans le chapitre relatif à la vie religieuse de la commune les incidents qui se déroulèrent à cette époque au sujet de la reconstruction de l'église. Non seulement les habitants étaient profondément divisés sur l'emplacement à choisir, mais l'animosité de certain d'entr'eux se manifeste spécialement lorsque le Conseil municipal se décide à aliéner dix hectares de la lande pour financer le projet de reconstruction ; cette vente gênait les usagers de la lande et restreignait leurs droits de pacage. Par ailleurs certains d'entr'eux avaient violé les règlements établis et dont nous venons de faire mention. Ils furent poursuivis à la demande du Maire devant le Tribunal de simple police et devant le Juge de Paix. Ils soulevèrent une exception de propriété. Ce magistrat leur accorda un délai de six mois pour intenter leur action, et c'est ainsi que par exploit du 8 Mai 1848, ils assignèrent la commune devant le Tribunal de première instance de tarbes. Les délinquants étaient évidemment des habitants du quartier la Coume où se trouvait la lande communale. Ils prétendaient que la section de la Coume était autrefois indépendante de la commune de Vidouze ; qu'elle était à ce moment propriétaire exclusive de la lande communale et que depuis sa réunion à la commune elle en avait conservé la propriété, les demandeurs basaient, en outre, leur prétention sue une transaction entre le Prince de Béarn et le Comte d'Armagnac du 11 Juillet 1379. Ces allégations n'étaient assorties d'aucune preuve, aussi, dans la séance du Conseil Municipal du 10 Mai 1848, la Maire n'eut aucune peine à les réfuter en représentant à ses collègues que, à de nombreuses reprises, et notamment en 1778 et 1818, la commune avait aliéné partie de cette lande pour des travaux d'utilité publique, qu'elle jouissait paisiblement et périodiquement du produit de la vente des fougères et des thuyes, et qu'elle percevait les droits et dépaissance qui avaient été affermés, le tout sans la moindre opposition de la part des habitants de ce quartier.

L'animosité de ces habitants qui avait donné naissance au procès était donc basée à la fois sur les poursuites en simple police dont ils étaient l'objet et sur leur opposition à voir la nouvelle église reconstruite en dehors de son précédent emplacement. Sur le premier point, le débat manquait de preuves juridiques et était voué à un échec certain ; en ce qui concerne la reconstruction de l'église, les habitants du quartier Lacoume ne pouvaient rien car l'autorité préfectorale avait constamment couvert la décision du Conseil municipal ; aussi le 14 Mai 1849, les demandeurs firent signifier à la commune un désistement pur et simple qui termina ce procès sans que le Tribuanl ait eu à y statuer.

Le registre des délibérations municipales mentionne encore deux faits relatifs à la lande communale. Le 8 Février 1852 le Conseil municipal modifia son règlement pour les extractions. L'interdiction de pacage pour les animaux est prononcée du 1 er avril au 1 er Juin sauf dans la partie dite de la Chibalotte. Malgré une paliente de certains habitants, le Préfet approuve la délibération le 28 Avril 1852.

Le 25 Novembre 1923, le Conseil Municipal vote le reboisement de la lande et nomme les sieurs Lafitte; Labernadie et Depierris Pepil pour surveiller ce travail. Ce reboisement commencé ne fut pas poursuivi.

La région où se trouve située la commune de Vidouze est favorable à la polyculture. Les terres d'essence argilo-calcaires produisent un rendement moyen. Blé, orge, avoine, maïs et vigne s'y développent couramment. Les coteaux sont réservés à la vigne aux bois et aux landes. Le vin y est excellent et se ressent du terroir qui est entouré de plusieurs côtés d'une région à appellation contrôlée : le Vic-Bilh. Certaines terres de Vidouze mériteraient d'y être incorporée. Le phyloxéra fait des ravages dans la commune comme dans toute la France. Il fallut arracher tous les ceps pour replanter des hybrides. En l'absence d'instruments mécaniques qui n'existaient pas à cette époque, on embaucha des ouvriers espagnols qui arrivaient tous les ans au printemps et qui se contentaient d'un salaire modique. Les prairies naturelles ou artificielles sont assez nombreuses et permettent l'élevage d'un troupeau bovin assez considérable. Les éleveurs de produits chevalins se font de plus en plus rares.

L'habitant cultive lui-même sa propriété : soit seul avec sa famille, soit plus rarement en s'aidant de domestiques agricoles. Il y a peu de terres exploitées à métayage ou par fermage. Ces modes de culture sont réservés à quelques grandes exploitations.

C'est à partir de la Toussaint, suivant un usage régional, que se font les engagements avec les fermiers, métayers ou domestiques agricoles. Le salaire de ces derniers a largement varié suivant les fluctuations économiques. Au début du XX e siècle, un domestique de ferme était engagé à l'année et recevait 220 frs plus la nourriture et le logement ; un muletier se payait 350 frs et un berger 380 frs. A l'heure actuelle, le salaire d'un ouvrier est de 200 frs par jour s'il est nourri et logé, Dans le cas contraire, ce salaire est doublé.

Jusqu'à la guerre de 1939-1940, les modes d'exploitation restaient primitifs. La bête de trait est essentiellement le bœuf car les terres sont assez dures. Depuis 1944, le matériel mécanique a fait son apparition dans la commune ; aux rares tracteurs déjà possédés individuellement est venue se superposer une Société coopérative agricole d'achat et utilisation de matériel qui a débuté en 1947.

Il existait déjà depuis 1930 une autre Coopérative de battage du grain qui a particulièrement réussi et amorti son capital en grande partie.

Il existe enfin depuis de nombreuses années un syndicat agricole affilié au Syndicat départemental.

La vie artisanale a des représentants dans la commune ; déjà sous l'Ancien Régime, l'état des paroisses de 1783 que nous avons déjà cité indiquant en ce qui concerne les métiers que parmi les habitants beaucoup de femmes étaient "tisseranes". Le régime de la quenouille a vécu ; mais parmi les métiers modernes on compte à Vidouze un maçon, un plâtrier, un charpentier, trois charrons ; certains de ces derniers font usage de moteurs mécaniques. Il y avait en plus un peintre horloger et un coiffeur, mais ces deux professions ont maintenant disparu.

On note parmi les commerçants : un boucher, un épicier et deux aubergistes.

La commune de Vidouze est de trop peu d'importance pour être le centre de marchés ou foires locales. Ses habitants fréquentent couramment les marchés hebdomadaires de Maubourguet, Lembeye et Vic-Bigorre et depuis qu'un service particulier d'autocar a été créé dans la commune les relations avec celui de Tarbes sont devenues régulières. Les foires les plus réputées se tiennent à Maubourguet ( 30 Septembre pour le gros bétail - Saint-Martin pour les chevaux, juments et mulets) ; à Lembeye (foire de l'Ascension pour le gros bétail) ; plus loin les foires de Barcelone (Gers) et Rabastens (Hautes-Pyrénées). Les autobus départementaux desservant régulièrement toutes ces localités, en concurrence avec l'autocar local.

La vie familiale dans la commune de Vidouze n'appelle aucune remarque particulière. Aucune tradition digne de remarque ne paraît s'y être perpétuée. Dans le tome XII de la Revue des Hautes-Pyrénées, M. Rosapelly a publié une étude sur le folklore de la Bigorre. Il prétend que l'on a attribué aux gens de Vidouze le sobriquet "Minjo-Gazorbo". Ceux-ci passaient, en effet, aux yeux de leurs voisins pour être très friands de gras-double. Cette appréciation qui paraît remonter à la fin du XVIII ème siècle ne paraît pas devoir être maintenue pour le temps présent. Sans doute les habitants ne dédaignent pas la bonne cuisine et s'y adonnent avec ferveur pour les fêtes de famille poir la fête du village la Saint-Jacques qui est célébrée le premier dimanche d'Août. Mais il ne faut voir dans cette pratique qu'un usage maturel et parfaitement honorable qui est une des meilleeures traditions de la vie rurale.

Le dialecte qui dérive naturellement de la langue d'oc s'apparente beaucoup plus au béarnais qu'au bigourdan.




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Entraide apportée par :
- M. Alain Eymard
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© Marie-Pierre MANET







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