Monographie de la Bigorre
ou Hautes-Pyrénées
département 65

(© A.Hugo)


("La France pittoresque" - Tome III - 1835)


© "Édition CeJourd huy Maisons-Alfort"



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LANGAGE :

Le langage des habitants du département des Hautes-Pyrénées, comme la plupart des idiomes du midi, est vif, hyperbolique, bizarrement syncopé, dur quelquefois, mais toujours expressif et fortement accentué, ce qui lui donne de la prosodie et de l'expression. On y trouve, ainsi que dans la langue romane, beaucoup de mots latins, français, italiens, espagnols et quelques mots anglais, dont il s'est probablement enrichi pendant que la nation anglaise possédait la Guienne. Enfin, on y remarque des mots qui n'ont aucun rapport avec les langues méridionales et qui se rapprochent de celles du Nord : on croit qu'elles viennent des races celtiques qui ont habité cette contrée, ou des Goths et des Wisigoths qui l'ont occupée ensuite. - Cet idiome est riche, abondant, propre à exprimer toutes les idées, toutes les sensations, tous les besoins, et doué sous certains rapports d'une netteté et d'une finesse difficiles à atteindre.

Si Toulouse a eu son Goudouly, poéte lauréat de l'Académie des Jeux-Floraux, le département des Hautes-Pyrénées se glorifie aussi d'un poète dont les œuvres en langage local sont l'honneur littéraire du pays. Dans le siècle dernier, Despourrins, grand-père d'un auteur qui de notre temps s'est aussi occupé avec succès des poésies patoises, a fait des chansons où l'on trouve des pensées vraiment poétiques, ornées de toutes les grâces du langage. Il a écrit avec le goût et la finesse que pourraient comporter les langues les plus harmonieuses, les plus propres à pendre les idées passionnées et les tableaux champêtres. Ses poésies sont répandues dans le pays et chantées comme m'étaient celles des troubadours il y a quelques siècles ; comme celles d'Homère et d'Ossian, elles sont confiées à la mémoire et à la tradition. Pour donner une idée du patois moderne du Bigorre, nous en citerons quelques vers :

D'U MEDECI.
Aci, debat aqueste peyre,
Repaüse lou plus gran de touts lous médecis,
Sui de poü d'està chens besis,
En a remplit lou cimeteyre.

on pourrait traduire littéralement ces quatre vers patois par un quatrain français :


Ici, sous cette pierre,
Repose le plus grand de tous les médecins,
Qui, de peur d'être sans voisins,
En a rempli le cimetière.


L'ancien patois béarnais présentait peu de différence avec cette langue moderne. Voici le couplet que chanta Jeanne de Navarre lorsqu'elle accoucha de Henri IV :

"Nouste Dame deü cap deü poün, Adyudat-me à d'aquest'hore ; Pregats au Dioü deü ceü Qu'emboulle bié délioura leü, D'u maynat qu'em hassie lou doun ; Tou d'inqu'aü haüt doüs mounts l'implore, Noustre Dame deü cap deü poün, Adyndat-me à d'acquest'hore".


"Notre-Dame du bout du pont, - secourez-moi à cette heure ; - priez le Dieu du ciel qu'il veuille bien me délivrer promptement ; - Qu'il me fasse le don d'un garçon ; - tout, jusqu'au haut des monts l'implore. - Notre-Dame du bout du pont, - secourez-moi à cette heure".




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département 65.
© Marie-Pierre MANET






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