La monographie de la Bigorre
ou Hautes-Pyrénées
département 65

(© A.Hugo)


("La France pittoresque - Tome III - 1835)


© "Édition CeJourd huy Maisons-Alfort"



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NOTES BIOGRAPHIQUES :

Parmi les hommes qui, nés dans le département, ont quelques droits à ce que la postérité s'occupe d'eux, on cite MICHEL DE CASTELNAU, ambassadeur à Rome et en Angleterre dans le XVIe siècle, et dont les Mémoires historiques méritent d'être consultés ; l'abbé TORNÉ, archevêque constitutionnel de Bourges, ancien aumônier du roi Stanislas, bon mathématicien et prédicateur ayant obtenu de grands succès en province ; DESPOURRINS, poète distingué dont nous avons cité quelques vers, et dont les chansons en langue béarnaise passent pour des modèles de grâces et de naïveté. Despourrins appartient aussi au siècle dernier : en se rapprochant de notre époque, on trouve : le conventionnel BARRERE DE VIEUZAC, homme de talent, sans doute, mais qui a laissé une triste célébrité ; un autre conventionnel, PICQUE, géographe instruit, auteur de plusieurs ouvrages sur les Pyrénées. Les Hautes-Pyrénées ont fourni à l'art de guérir plusieurs hommes distingués : tels sont LARREY, chirurgien militaire, citéte par Napoléon dans son testament avec cette honorable annotation : ""Le plus honnête homme que j'aie jamais rencontré " ; LORDAT, ami du célèbre Barthez, et professeur lui-même à la faculté de Montpellier, auteur de plusieurs ouvrages sur la science médicale ; RIBES, membre de l'Académie de Médecine, qui, après s'être distingué dans les campagnes de la grande armée, était devenu chirurgien du roi Louis XVIII ; enfin le département, qui a fournit un grand nombre de braves à nos armées, compte parmi eux le Général MARANSIN. M. de Jouy, dans son Ermite en province, cite aussi comme appartenant à la ville de Tarbes le courageux LOUSTANAU, commerçant béarnais devenu dans le siècle dernier, général au service du grand Mogol, et qui, après un séjour de vingt-cinq ans aux Indes orientales, était revenu dans sa patrie avec une fortune considérable et une réputation militaire égale à celle du fameux général Martin.



TOPOGRAPHIE :

Le département des Hautes-Pyrénées est un département frontière, région sud. Il est formé du Bigorre, de l'Armagnac et de quelques autres pays dépendants de l'ancienne Gascogne ; ses limites sont ; au nord, le département du Gers ; à l'est, celui de la Haute-Garonne ; au sud, l'Espagne, et à l'ouest, le département des Basses-Pyrénées. Il tire son nom de la position dans la partie la plus élevée des Pyrénées. Sa superficie est de 463,000 arpents métriques.

SOL. - Entrecoupé de plaines, de vallées, de collines et de montagnes, sillonné dans toute son étendue, du nord au sud, par des rivières et des torrents nombreux, le sol présente un aspect très varié et de grandes différences par rapport à sa nature. On peut le diviser en trois régions très distinctes : celle des montagnes ; celle des collines et celle des plaines. - La première offre un grand nombre de sommités dont les plans dénudés sont impropres à aucune culture. - Les croupes secondaires, les ravins et vallons ont un sol végétal formé des débris de rocs et d'un mélange de matières animales et végétales triturées et dissoutes par l'action des eaux. - Dans la seconde région, l'argile domine généralement. - Le sol est sablonneux dans les plaines.

MONTAGNES. - Nous consacrons, en parlant de la Haute-Garonne, un article détaillé à la description générale de la chaîne des Pyrénées, dont le département renferme quelques-uns des plus hauts sommets. (Voir t. II, feuille 6, pages 41 à 46).

VALLÉES. - Les principales vallées du département (nous décrivons les plus intéressantes en parlant des communes qu'elles renferment) sont celles d'Argelez, d'Arreau, de Campan, de Lourdes, de Luz, d'Azun, de Heas, d'Ossoue, de Louron, de Barousse, etc.

FORÊTS. - On évalue à 89,638 hectares l'étendue des forêts, presque le cinquième de la superficie du département. Elles sont distribuées fort inégalement ; il n'y en a dans la plaine qu'un petit nombre et d'une étendue resserrée ; sur les montagnes, leurs masses, comme l'espèce de bois, varie suivant la situation. Les essences dominantes sont, dans la plaine, le chêne, dans les montagnes, le sapin.

LACS. - Ils sont fort poissonneux, mais de très petite étendue ; les principaux sont ceux de Lourdes, de Gaube, d'Arrens, d'Estaigne, d'Escouboux, d'Aiglecluse, du Couret et de Camon. - Le département ne renferme ni marais ni étangs.

RIVIÈRES. - On y trouve un grand nombre de cours d'eau, mais aucune rivière navigable. - La cascade de Gavarnie est la source du Gave de Pau. Le Gers et l'Adour ont leur source dans le département.

CANAUX. - Les seuls que possède le département servent à l'irrigation, dont le système est d'ailleurs fort bien entendu. Les deux plus considé,rables sont le canal d'Alaric, qui s'étend de Pouzac jusqu'au-delà de Rabastens ; il a environ 22 lieues de long et a reçu son nom d'une tradition qui en attribue la première construction à Alaric, roi des Wisigoths : le canal de la Gespe, qui unit l'Adour au Chez, sert à l'arrosement de la prairie de Tarbes et fait tourner de nombreux moulins.

ROUTES. - Le département est traversé par 9 grandes routes royales et départementales.



MÉTÉOROLOGIE :

CLIMAT. - La température du département est douce, mais très variable. - Les vents, les orages, la grêle, tous les phénomènes atmosphériques s'y succèdent avec une rapidité et une inconstance remarquables. Le printemps est tempéré mais pluvieux, l'été sec et orageux, l'automne beau et agréable ; l'hiver doux vers le pied du versant de la chaîne, mais long et rude dans les vallées supérieures.

VENTS. - Le vent du sud-ouest est celui qui souffle le plus fréquemment. Il amène les pluies et les orages. Le vent du sud est d'une chaleur lourde et accablante. Celui du nord est une garantie de beau temps.

MALADIES. - L'air du département est généralement sain. - On ne voit pas dans les Hautes-Pyrénées d'épidémies meurtrières. Les fièvres dans quelques parties de la plaine de Tarbes et des goîtres dans les vallées sont les maladies les plus communes.



HISTOIRE NATURELLE :

RÈGNE ANIMAL. - Parmi les races d'animaux à l'éducation desquelles l'homme consacre ses soins, les espèces des chevaux et de la brebis sont les plus belles du département. La variété de l'espèce canine, appelée chiens de bergers, est aussi très remarquable. Ces chiens des Pyrénées sont d'une taille et d'une force vraiment extraordinaires. Ils combattent avec courage et avec succès contre les loups, et même contre les ours qui deviennent de plus en plus rares. - Les Isards vivent par troupes sur les rochers les plus escarpés. - Les oiseaux ont leurs régions comme les plantes. Le coq de bruyère, la fauvette des Alpes, la gélinotte des Pyrénées, le faucon et le merle de roche, se contentent des régions inférieures, et cèdent les sommets des Pyrénées aux aigles et aux vautours. - Les lacs et les rivières du département sont très poissonneux. On trouve des anguilles et des truites colossales dans certains lacs situés dans les vallées reculées.

RÈGNE VÉGÉTAL. - Il est très varié dans le département, en raison de la diversité des expositions ; on y trouve les plantes de la Suède et celles de l'Espagne ; mais à mesure qu'on s'élève sur le flanc et sur les sommets des montagnes, on voit la végétation diminuer. Après avoir quitté les vallées parfumées de l'odeur du thym, du serpolet, du romarin, les coteaux où la vigne se marie au cerisier, les forêts de châtaigniers, de chênes et de hêtres, on arrive dans la région des arbres résineux ; bientôt ces végétaux cessent de se montrer, le genièvre seul prospère encore. Dans la haute région, on ne trouve que des herbacés tels que le safran multifide, le carniller moussier et la gentiane ; cependant plusieurs saxifrages, des renoncules et d'autres plantes alpines bravent même les glaces et les neiges.

RÈGNE MINÉRAL. - Les richesses minérales du département sont nombreuses ; néanmoins il n'y a pas d'exploitation de mines métalliques : bien qu'il en existe de cuivre, de fer, de zinc, de plomb, et bien qu'il soit probable qu'on puisse y en trouver d'or et d'argent, comme dans les départements voisins. - Les montagnes renferment du cobalt, de la plombagine, du bismuth, du grenat, de l'ocre, de la marne, du kaolin, etc. Mais, sa plus grande richesse en ce genre consiste dans les exploitations de marbre qui, depuis quelques années, y ont repris une nouvelle activité. - La plupart des marbres des Hautes-Pyrénées ne sont point susceptibles de recevoir un beau poli. Cependant il y existe trois carrières qui fournissent de très beaux marbres : ce sont celles de Campan, de Sarrancolin et de Beyrède. La première donne un marbre vert panaché, avec des taches et des veines blanches, grises et rouges ; malheureusement ce marbre, dont la beauté est remarquable, ne résiste pas beaucoup aux injures de l'air, et ne peut être employé qu'à des ouvrages intérieurs. Cette marbrière, exploitée sous Louis XV, a fourni les marbres qui décorent Trianon. - La montagne qui la renferme, étant toute de marbre, offre une extraction facile et abondante. - La carrière de Sarrancolin fournit un marbre d'un rouge foncé, avec des veines et des taches blanches et grises. - Celle de Beyrède offre un marbre d'un rouge très vif, veiné comme le précédent, et ayant les mêmes tâches : ce marbre est plus connu sous le nom de marbre d'Antin.

EAUX MINÉRALES ; - Il n'y a pas de département, en France, où elles soient aussi communes que dans celui des Hautes-Pyrénées. Indépendamment des sources isolées dont les effets sont constatés, on y compte quatre grands établissements de bains, et quelques autres d'une moindre importance. Les premiers sont ceux de Bagnères, de Barèges, de Saint-Sauveur et de Cauterets ; les seconds sont ceux de Cap-Vern, de Cadéac, de Siradan et de Sainte-Marie. - Toutes ces sources sont plus ou moins abondantes, mais en général elles sont chaudes ; leur température n'est cependant pas, à beaucoup près, la même. La moins chaude fait monter le thermomètre de Réaumur à 14 degrés et demi, et la plus chaude à 48.





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© Marie-Pierre MANET






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