La monographie de la Bigorre
ou Hautes-Pyrénées
département 65

(© A.Hugo)


("La France pittoresque" - Tome III - 1835)


© "Édition CeJourd huy Maisons-Alfort"



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CURIOSITÉS NATURELLES :

CIRQUE DE GAVARNIE. - Les cirques sont au nombre des merveilles les plus extraordinaires de la nature et des caractères les plus distinctifs des Pyrénées. Le cirque de Gavarnie est le plus remarquable de tous. Qu'on se représente un mur semi-circulaire, coupé à pic, de 500 mètres de haut, de 3,500 mètres de circonférence, surmonté et vastes et nombreux gradins, sur lesquels repose une zone de neige perpétuelle. Des rochers façonnés en tours couronnent ces gradins, lèvent leurs têtes jusqu'à 9,500 pieds de hauteur, et sont eux-mêmes dominés par des sommets de plus de 10,000 pieds d'élévation. Douze cascades tombent des divers points de l'amphithéâtre. Leur nombre comme leur volume varie selon la saison ; il en est deux qui ne tarissent jamais. La plus considérable est la fameuse chute de Gavarnie, ou de Marboré, nom du mont d'où coulent ses sources ; c'est la plus haute chute d'eau connue en Europe. Si le volume de ses eaux répondait à son élévation, elle serait sans égale au monde ; néanmoins, telle qu'elle est, elle ajoute beaucoup à l'impression inexprimable produite par l'aspect du cirque de Gavarnie. Ce cirque est un objet d'admiration et de curiosité pour tous les voyageurs que la saison des eaux attire dans le département ; il n'en est aucun qui crût avoir dignement employé son temps, s'il ne visitait cette merveille des Pyrénées. Les naturalistes et les géologues n'y font pas de moins fréquents pélerinages. Le célèbre Ramond, dans ses Observations sur nos Montagnes, n'a pas manqué de décrire ces lieux imposants. La peinture qu'il en a tracée a de l'éclat et de l'exactitude.

- "Imaginez-vous, dit-il, une aire semi-circulaire, dont l'enceinte est un mur vertical, et dont le sol se creuse en entonnoir. Figurez-vous ce mur haut de quatorze cents pieds, surmonté par les vastes gradins d'un amphithéâtre blanchi de neiges éternelles, et couronné lui-même par des rochers élevés en tours dont la cime horizontale en est aussi surchargée. Plusieurs torrents tombent de cet amphithéâtre dans le cirque. Un deux, beaucoup plus considérable que les autres, se précipite du haut d'une roche superplombée, en touche une saillie vers les deux cinquième de sa chute, et se brise, plus bas, sur une projection plus saillante de la même roche. C'est ce torrent que l'on considère comme la source du Gave de Pau. Telle est la grandeur des objets environnants, que la chute, dont les voyageurs croient peut-être exagérer la hauteur en lui donnant 300 pieds, et qui, à mes yeux plus accoutumés aux dimensions de cette espèce, paraissait n'en avoir que trois fois autant, mesurée géométriquement, est élevée de 1266 pieds, et disparaît, en quelque sorte, sous les rochers énormes dont elle est surmontée. C'est, après une chute d'eau de 1,800 pieds, qui se trouve en Amérique, la plus haute qui ait été mesurée. Elle excède de plus de 300 pieds celle du Lauterbronnen. - Le fond de l'entonnoir, rarement visité par le soleil, conserve des neiges permanentes, mais seulement dans les parties les plus abritées. Une portion de ces neiges, sous laquelle le gave se fraie un passage et dont la voûte reçoit les eaux d'un torrent auxiliaire, est ce que l'on appelle le Pont-de-Neige ou de glace".

Avant la révolution, le village de Gavarnie, par où l'on passe pour aller au cirque, était une propriété de l'ordre de Malte. il avait auparavant appartenu aux templiers. En 1833, le presbytère présentait encore quelques pans de murs, qui avaient fait partie de leur maison ; d'autres vestiges existaient auprès, et dans l'église, sur une poutre voisine de la tribune, on montrait les crânes blanchis de douze malheureux chevaliers décapités sur le lieu même, le jour où l'on ensevelit dans le même tombeau l'ordre entier et les mystérieux motifs de cette grande et générale proscription.


BRÈCHE DE ROLAND. - La célèbre brèche de Roland est une vaste coupure de 300 pieds de haut et d'autant de large dans la crête des rochers qui forment l'enceinte supérieure du cirque d Gavarnie. On ne peut y monter qu'en courant de grands périls : c'est pourtant un des passages fréquentés par les contrebandiers.

- "Qu'on se figure, dit Ramond, une muraille de rochers de 300 à 600 pieds de haut, barrière formidable élevée entre la France et l'Espagne. Qu'on se figure cette muraille courbée en forme de croissant, en sorte que la convexité en soit tournée vers la France. Que l'on s'imagine enfin, qu'au milieu même, Roland, monté sur son cheval de bataille, a voulu s'ouvrir un passage, et que, d'un coup de sa fameuse épée, il y a fait une brèche de 300 pieds d'ouverture, et l'on aura une idée de ce que les montagnards appellent la brèche de Roland. Le mur a peu d'épaisseur ; mais il en acquiert davantage du côté des tours de Marboré, qui s'élèvent majestueusement au-dessus de la porte et de toutes ses avenues, comme une citadelle placée là pour en défendre le passage. Outre les portes, deux fenêtres sont ouvertes dans le même mur, au milieu des deux cornes du croissant, et vis-à-vis les deux pointes de ces deux cornes, deux monts pyramidaux servent comme d'avant-corps à l'édifice ; car ici, tout est symétrique. - C'est d'ailleurs un affreux désert que ce lieu. Point de végétation ; des neiges accumulées du côté de la France à une hauteur considérable, plus rares du côté de l'Espagne, et moins durables, mais qui découvrent, en cédant aux ardeurs du midi, de longs ravins et de vastes éboulements, que la nature n'a pas encore fécondés ; des rochers de toutes parts, plus âpres et plus hérissés du côté de la France, plus dégradés du côté de l'Espagne, et suspendus sur le précipice d'une manière plus menaçante, partout des monts plus entassés et plus hauts au nord, où la forme et la blancheur des sommets rappellent l'idée des vagues courroucées ; plus prompts à s'abaisser au midi, où leurs croupes vertes et arrondies semblent être les ondes d'une mer tranquille".


OULE DE HÉAS. - Les paysans appellent oules 1 les vastes entonnoirs en forme de cirques que l'on trouve fréquemment dans les montagnes, et auxquels certains auteurs donnent pour origine l'écroulement de cavernes intérieures. Nous avons parlé du cirque de Gavarnie, remarquable par son voisinage des neiges et des glaciers éternels. L'oule d'Esaubé a aussi de la réputation, mais quoique beaucoup plus développé, il nous paraît moins digne de remarque. Un cirque d'une nature toute différente, c'est l'oule de Héas, situé au milieu du plateau de Troumousse. Deux chaînes de rochers, après avoir resserré une étroite vallée ou plutôt une fissure profonde, s'écartent tout à coup et s'arrondissant en formant un vaste croissant : l'une des branches du croissant se termine par deux énormes rochers entre lesquels passe la rampe qui conduit au port de Caneau et dont la blancheur éclatante contraste avec le ton rembruni des falaises qui les accompagnent. L'autre branche est une longue montagne aride et dépouillée, dont le sommet, vaste plate-forme, est surmonté d'un roc tronqué qu'on appelle la tour des Aiguillons. Ce rocher ressemble au Marboré, quoique son élévation soit bien moindre, mais il grandit par son isolement même. La montagne de Troumousse, chargée de glace, hérissée d'aiguilles, sillonnée de profondes déchirures, réunit les deux branches du croissant : l'espace renfermé dans une pareille enceinte serait un gouffre, s'il n'était immense. Cette enceinte n'offre nulle part moins de 8 à 900 mètres de hauteur, mais elle a plus de deux lieux de circuit. L'air est libre, le ciel ouvert, la terre parée de verdure ; de nombreux troupeaux s'égarent dans l'étendue, dont ils ont peine à trouver les limites.

"Trois millions d'hommes ne rempliraient pas l'oule de Héas ; dix millions de spectateurs trouveraient place sur cet amphithéâtre qui l'environne ; et ce superbe cirque se trouve à la crête des Pyrénées, à 1,800 mètres d'élévation, au fond d'une gorge hideuse, où le voyageur se glisse, en tremblant, le long d'un misérable sentier penché sur les précipices".


GROTTE DE LA PEZ. - On voyait naguère, et nous doutons qu'on puisse s'en approcher encore à cause de la rapide dégradation des roches feuilletées sur lesquelles le chemin avait été tracé, une grotte remarquable ouvrage des hommes, mais auquel la nature avait imprimé son cachet. C'était le résultat d'une étrange tentative faite vers le milieu du siècle dernier dans le port de la Pez. Des entrepreneurs avaient conçu l'idée de percer la montagne, à sa hauteur moyenne, d'un long couloir qui, débordant au milieu des forêts de la vallée espagnole de Gistan, devait leur offrir la facilité d'amener facilement les sapins dans la vallée française de Louron, dont les débouchés sont faciles. Cette entreprise achevée, devait avoir en outre, pour la vallée de Louron, d'autres avantages ; mais elle était au-dessus des forces de ceux qui la tentèrent et elle fut abandonnée. Ce qu'il y eut de fait se borna à une galerie horizontale, d'environ 200 pieds de longueur sur une trentaine de largeur et de hauteur, galerie creusée dans des couches de schiste dur, dont la situation n'est pas fort éloignée de la perpendiculaire. Les eaux y filtrent de toutes parts, et forment, au fond, une jolie cascade : elles sortent de la partie supérieure excavée en dessous, et semblent jaillir d'une espèce de niche ; la cascade tombe ensuite en nappe autour d'une table de pierre, de plusieurs pieds de haut, parcourt la galerie, et va se perdre dans les précipices qui sont au-dessous de son ouverture. - Cette galerie est très élevée sur le flanc des Pyrénées. Les cabanes des bergers, habitables seulement pendant six semaines des plus fortes chaleurs, sont encore à plus d'une lieue au-dessous. Elle touche à la limite des neiges perpétuelles.





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