La monographie de la Bigorre
ou Hautes-Pyrénées
département 65

(© A.Hugo)


("La France pittoresque" - Tome III - 1835)


© "Édition CeJourd huy Maisons-Alfort"



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VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC :

TARBES, sur la rive droite de l'Adour, chef-lieu. de département, à 204 lieues Sud-Sud-Ouest de Paris. Population 9,706 habitants. - On ignore par qui cette ville a été fondée, et jusqu'à l'étymologie de son nom ; on présume qu'elle a succédé à l'ancienne Begora ou Castrum Begorense, qui avait donné son nom à la province et eut le sort de toutes les villes de la Gascogne, qui ont été détruites lors de l'invasion des Barbares. - En 1750, elle souffrit beaucoup d'un tremblement de terre. - C'est une singularité, dans le département des Hautes-Pyrénées, qu'une ville plus remarquable par sa construction que par sa situation. C'est cependant le cas pour Tarbes qui, gisant au milieu d'une plaine, n'offre rien de pittoresque. Cette plaine est d'ailleurs riche et verdoyante, bien que parsemée de masses de débris schisteux, calcaires et granitiques que les torrents ont charriés des Pyrénées. Tarbes, d'aspect si monotone, jouit en revanche de perspectives variées autant que ravissantes ; le pic du midi de Bigorre, superbe et imposant, s'élève à quelques lieues de distance. - Elle est d'ailleurs une de nos villes les mieux bâties et les plus propres. Les maisons, construites en marbre et en briques, couvertes en ardoises, ont une apparence agréable ; presque toutes possèdent de beaux et grands jardins. Les rues sont larges et bien percées ; plusieurs, et surtout la grande rue, qui traverse la ville de part en part, sont arrosées par de rapides ruisseaux où les habitants ont la commodité de puiser à leur porte toute l'eau qui leur est nécessaire. - Les édifices publics sont peu remarquables. Le vieux château sert aujourd'hui de prison, comme la câthédrale servait jadis de citadelle. On remarque, dans cette câthédrale, des colonnes de brèche antique apportée d'Italie, elles supportent, au-dessus du maître-autel, un baldaquin magnifique. - Tarbes a, sur l'Adour, un pont de pierre de six arches. - Le long du gave est la promenade nommée le Prado. La place du Marcadieu, près du Pont, est très grande et le paraît d'autant plus qu'elle est nue et mal entourée ; la place Maubourget, au centre de la ville, est plus petite mais plus régulière et rendue plus agréable par une promenade de hauts arbres qui borde un de ses côtés. On doit remarquer encore la quantité de cafés, d'hôtels et d'auberges dont la grande rue est remplie.

Marché de Tarbes. - Cette ville possède un marché très fréquenté. La foule des acheteurs et des marchands s'y réunit tous les quinze jours. Nous en empruntons l'intéressante description à un écrivain spirituel (M. Thiers) que nous avons eu occasion de citer plusieurs fois en parlant des départements pyrénéens :

"Tarbes, dit-il, placé dans une plaine et en vue de toute la chaîne des Pyrénées, se trouve à 3 lieues de Bagnères-de-Bigorre, à 4 de Campan, à 5 d'Argelez, à 10 de Pau ; et, de cette manière, est le centre des grandes Pyrénées. C'est là que toutes les peuplades si variées de notre versant se réunissent, pour échanger ce qu'elles ont de trop contre ce qu'elles ont de moins. Les costumes les plus pittoresques vous y enseignent les premiers documents de l'économie politique, et on peut y apprendre cette science comme les enfants apprennent à lire avec des images. Les Béarnais, avec leur blouse blanche, leur berret bleu, leurs cheveux ronds et pendants, comme aux temps des Rois chevelus, viennent vendre leurs mouchoirs et leurs toiles aux habitants des vallées, qui leur donnent en retour des laines, des bestiaux, des bois et des fers. Ces Béarnais, vifs, agiles, élancés, ont un extérieur d'esprit et de gaîté qui rappelle bien leur Henri IV ; et je ne sais si l'imagination m'abusait, mais je croyais y retrouver je ne sais quels airs de ce roi si facile et si spirituel. Là se trouvent amoncelées les laines en suint ou filées, des blés, des pommes de terre, des fromages de toute espèce, des viandes salées, des fourrages, des instruments de labourage, des bœufs, des moutons, des chèvres, des chevaux, des draps, de la bure, des toiles, et une modeste quincaillerie qui réjouit fort la simplicité de ces bons montagnards, et qu'ils aiment comme on aime toujours ce superflu, chose si nécessaire. C'est là que l'on voit combien de variétés renferment les Pyrénées, en fait de mœurs et de races. Les femmes ont, ce jour-là, leurs plus beaux atours, et le soir elles retournent dans leurs chalets en chantant des couplets de leur barde Despourrins, et sur un air qui ressemble fort au Ranz des Vaches. Beaucoup de ces familles parcourent 20 lieues pour retourner chez elles ; et j'ai vu des pâtres qui font un trajet de tout un jour pour échanger une pièce de lard, tant les moindres choses ont de valeur dans ces pays si simples. Une circonstance particulière donnait, il n'y a pas long-temps encore, une grande importance au marché de Tarbes ; c'était l'affluence des Espagnols qui venaient s'y approvisionner en mules et en bestiaux, souvent même en blés. C'est leur présence qui produisait une espèce d'opulence dans ce marché ; car ils y apportaient leurs quadruples si enviés, et, dans ces pays où le numéraire est si rare, un peu d'or répandait la joie".

OSSUN, chef-lieu de canton, à deux lieues et demie de Tarbes. Population de 3,243 habitants. - La maison d'Ossun, qui prit son nom de celui du bourg, tenait dans le Bigorre, et dès le XVe siècle, un rang très distingué. Ce furent les seigneurs d'Ossun qui firent construire le fort, maintenant seul objet remarquable qu'offre le bourg. - Près de ce château, sur une hauteur, on distingue les vestiges d'un camp romain où, selon la tradition, se fortifia Crassus, lieutenant de César. C'est un carré long, ayant quatre ouvertures ou portes, entouré de fossés d'une largeur et d'une profondeur considérables ; il pouvait contenir 4 à 5.000 hommes, environ une légion romaine. - Il y a aussi, près d'Ossun, une plaine nommée Lanne Maurine, par corruption de Landes des Maures ; elle est célèbre par une sanglante bataille qui eut lieu, au VIIIe siècle, entre les Sarrasins et les habitants du pays. - On y trouve encore en fouillant la terre des ossements et des crânes humains d'une épaisseur extraordinaire.

RABASTENS, chef-lieu de canton, à quatre lieues et demie de Tarbes. Population de 1,374 habitants. - Le souvenir d'une catastrophe horrible est ce que cette petite et triste ville offre de plus intéressant. En 1540, Blaise de Montluc assiégeait Rabastens, et fut blessé d'un coup d'arquebuse qui lui fracassa le visage et l'obligea à porter un masque jusqu'à sa mort en 1557. Sa férocité naturelle, augmentée sans doute par sa blessure, lui fit violer envers les habitants les lois de la guerre, et surtout celles de l'humanité : il ordonna un massacre général : hommes, femmes, vieillard, enfants, tout prit, soixante députés protestants furent par ses ordres précipités d'une tour, et la ville fut brûlée. - Rabastens a été, en 1814, le théâtre d'un combat entre les Français et les Anglais, combat dont l'issue fut glorieuse pour nos armes.

ARGELÈS, près du gave d'Azun, chef-lieu d'arrondissement, à neuf lieues Sud-Sud-Ouest de Tarbes. Population de 1,357 habitants - Argelès est dispersé comme un village normand ; mais ce village est formé de groupes de jolies maisons mêlées à des massifs de verdure ; la partie principale et centrale de l'endroit forme une place presque régulière ; les environs de la ville abondent en sites délicieux. Elle est située, sur la pente d'un coteau, au débouché de la vallée d'Azun dont le gave impétueux court se précipiter dans celui de Pau qui traverse une vallée magnifique à laquelle Argelès donne son nom ; cette vallée est sans égale dans les Pyrénées et même dans la France entière ; c'est un bassin d'une demi-lieue de large sur deux lieues de long ; il offre à l'œil des champs couverts de la plus riche culture, parsemés de vergers et de groupes de hauts arbres. Sur ses riants coteaux la nature répand avec profusion les feuillages des teintes les plus variées ; on remarque surtout ceux de châtaigniers énormes et de nombreux noyers. Là se groupe un joli hameau ; ici languissent les ruines d'édifices gothiques, débris aussi décharnés, aussi tristes que leur site est riant et plein de vie. Un entourage de montagnes agrave; sommets pelés et déchirés encadre admirablement ce tableau.

ARRENS, rue Gave d'Azun, à trois lieues et demi d'Argelès. Population de 1.200 habitants. - Quoique Arrens ne donne pas son nom à la vallée d'Azun, c'est le plus beau et le plus grand des villages de cette vallée ; c'en est aussi le plus élevé, car il est situé à l'extrémité supérieure de la vallée et au pied du port, au col d'Azun, entre deux énormes montagnes : le pic d'Arrens, haut de 6,000 pieds, et le pic de Gabisos, haut de 8,820 pieds, et qui domine toutes les Pyrénées voisines. - Près du village, à la jonction de la vallée et du port, s'élève un mamelon qui semble fermer et garder le passage ; un ancien édifice religieux, qu'on nomme à présent la chapelle d'Arrens ou de Pouey-la-hue (littéralement Montagne de la porte), couronne le mamelon. L'édifice est grand et de bon style ; mais abandonné, il tombe en ruine et n'est plus fréquenté que par les douaniers, qui en ont fait un poste d'observation redouté des contrebandiers du col d'Arrens.

LOURDES, près de la rive droite du gave de Pau, chef-lieu de canton à trois lieues Nord-Nord-Est d'Argelès. Population de 3,818 habitants. - Cette capitale du ci-devant Lavedan-en-Bigorre se nommait anciennement Miranbel, mot qui, dans le patois du pays, signifie belle-vue. - Ce n'était originairement qu'un village situé au pied d'un roc, couronné par le château qui subsiste encore aujourd'hui ; ce château résista, en 1373, aux troupes de Charles V, commandées par le duc d'Anjou. il servait, sous l'ancienne monarchie française, à renfermer les prisonniers que la cour y envoyait par lettre de cachet ; il vient d'être remis à neuf et les réparations en étaient à peine terminées il y a huit mois. - Le roc qui le porte s'élève presque à pic à 300 pieds au-dessus du gave. Son sommet étroit supporte le château et en resserre l'étendue. Une grosse tour carrée forme sa masse principale ; le logement du gouverneur, une chapelle et une caserne pour une garnison de cent soldats composent le reste. La ville entoure le roc du côté opposé au gave ; elle s'étend dans un ravin que traverse un torrent. Proprement bâtie, mais irrégulière, aucun édifice remarquable ne la décore ; mais elle est située avantageusement à la jonction de quatre vallées que parcourent les routes de Pau, de Tarbes, de Barèges et de Bagnères.

LUZ, chef-lieu de canton, à cinq lieux Sud d'Argelès. Population 2,357 habitants. - Luz est situé dans un bassin triangulaire, que traversent les gaves de Pau et de Barèges dont la jonction a lieu au centre du bassin. Celui-ci est peu boisé mais très bien cultivé, ainsi que le premier étage des monts environnants. Luz, vieux bourg délabré, bien moins intéressant que son voisinage, n'offre de remarquable que quelques maisons modernes et une église qui ressemble à une noire forteresse. Un véritable fort, mais en ruine, s'élève d'une façon pittoresque sur un roc, près du bourg ; de l'autre côté, le fort Saint-Michel parsème de ses débris un autre mamelon qui borde le gave de Pau. - Le charmant village de Saint-Sauveur et son bel établissement thermal sont situés sur la rive opposée et communiquent avec Luz par un beau pont de pierre, d'une seule arche hardie, jeté sur le gave au débouché de l'affreux défilé de Gèdre. Les bains Saint-Sauveur sont très fréquentés des malades et des amateurs fashionables ; ils s'y rendent de bonne heure, car la température du lieu est douce, quoique son élévation absolue soit de 2,500 pieds. Saint-Sauveur possède plusieurs beaux édifices, surtout le bâtiment des bains, celui du grand cercle, quelques hôtels, l'église, jolie rotonde au bord d'une falaise, et deux obélisques ; mais la nature a fait les principaux frais de décoration : Saint-Sauveur a sa cascade, ses précipices, ses bois, ses rocs et d'autres beautés qui en font un séjour délicieux.





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