La monographie de la Bigorre
ou Hautes-Pyrénées
département 65

(© A.Hugo)


("La France pittoresque" - Tome III - 1835)


© "Édition CeJourd huy Maisons-Alfort"



00036426
copyrightdepot.com






VILLES, BOURGS, CHÂTEAUX, ETC :(Suite)

BAGNÈRES-DE-BIGORRE, sur l'Adour, chef-lieu d'arrondissement, à cinq lieues Sud-Sud-Est de Tarbes. Population de 7.586 habitants - dès le temps des Romains les eaux minérales de Bagnères étaient très fréquentées, et sans doute, déjà à cette époque, les sources furent entourées d'édifices somptueux ; mais aucun vestige ne nous en a été conservé.

- Bagnères est maintenant, en population, la seconde ville du département des Hautes-Pyrénées. C'est la première ville de toute la France, le Bath de notre pays, pour la quantité comme pour la qualité de ses baigneurs. - La plupart y viennent, plutôt amenés par le plaisir que par la souffrance ; car Bagnères est moins célèbre encore par ses guérisons que par ses amusements. Chaque été y réunit ce qui fait le charme, l'honneur de la société, mais aussi ce qui en fait l'opprobre, car nulle population n'est plus diversifiée, plus hétérogène que celle de Bagnères-de-Bigorre à l'époque des eaux. - Bagnères est située au débouché de la vallée de Campan, en plaine, entre le gave et la colline de l'Olivet ; construite à diverses époques, elle s'est accrue comme l'affluence de ses baigneurs, mais sans suivre aucun plan. Aussi ses quartiers sont-ils aggloméreacute;s avec la plus grande irrégularité ; elle n'a pas une belle vue, pas une belle place, pas un édifice remarquable, excepté le nouvel hôtel des Thermes, construit seulement depuis quelques années. En revanche elle possède beaucoup de maisons grandes et jolies, de bons hôtels, propres et commodes. Le site n'est pas romantique, mais fort agréable. La ville, entourée de charmantes promenades, est le centre d'excursions chères au botaniste, au minéralogiste, à l'amant du pittoresque sublime. Le grand hôtel ou palais des Thermes est un édifice construit en marbre bleuâtre, de deux étages ; la façade est décorée d'un péristyle, au centre du second étage est le salon du cercle, salon spacieux et magnifiquement décoré. L'hôtel est adossé à la colline de l'Olivet que couvrent des bosquets charmants et touffus. - Une longue avenue de peupliers mène aux bains du salut, dans un ravin à un quart de lieue de la ville. - Plusieurs autres petits vallons voisins offrent des promenades agréables ; deux de ces vallons, l'Élysée Cottin et l'Élysée Azaïs, ont acquis de la célébrité à cause du séjour qu'y ont fait deux auteurs connus à divers titres. - Au-delà de la vallée de Campan, les monts montrent leurs chaînes nombreuses et sont dominés par le pic du Midi qui s'élève à quatre lieues de Bagnères. - Au centre de la ville est une petite place ombragée nommée improprement le Parc ; pendant les belles soirées de l'été, c'est le rendez-vous des baigneurs, le théâtre de la toilette et de la coquetterie. Sur cette place est l'église paroissiale, ancien édifice vaste et propre, et un haut clocher à flèche aiguë, seul débris une église plus ancienne encore.

ARREAU, sur la Neste d'Aure, à sept lieues de Bagnères-de-Bigorre. Population 1,550 habitants - Situé à la jonction de la Neste et du Gave du Louron, Arreau est divisé en plusieurs quartiers par ses belles eaux et offre un aspect fort pittoresque de quelque côté qu'on l'aborde. Ses bâtiments les plus remarquables sont quelques grandes maisons modernes, les deux églises et la halle, sur la place principale. Arreau est l'entrepôt du commerce de la vallée qui porte son nom et de celle de Bordères ; c'est là seulement qu'elles peuvent se procurer la plupart des denrées et des choses nécessaires à la vie et surtout du pain blanc. C'est là que se trouvent les industries et les ouvriers de toutes espèces. - Une grande route qui conduit en Espagne traverse Arreau et ses vallées, et passe par les ports du Plan et de Vielsa. - Le val d'Arreau est le plus beau des Pyrénées, après l'incomparable bassin d'Argelès ; il est si peuplé que les villages et les hameaux se touchent et qu'il produit à peine assez pour la nourriture de ses habitants, bien qu'il soit cultivé avec le plus grand soin et très haut sur les flancs des montagnes. Ses récoltes sont le maïs, le sarrasin et le seigle ; le froment y croit mal et les fruits y sont rares. - On remarque, près d'Arreau, la vieille tour de Cadéac, qui couvre de ses ruines le sommet d'un mamelon ; au-dessus se dressent les immenses falaises du pic d'Arbison, vaste montagne granitique, dont le sommet déchiré est presque inaccessible à 8,300 pies d'élévation. Il s'arrondit en cirque, comme la cime de tant d'autres monts dans les Pyrénées ; un accident naturel donne à ce cirque un aspect extraordinaire : c'est une énorme aiguille de granit isolée, nue, et d'un brun rougeâtre qui s'élève du milieu des neiges dont le fond du cirque est toujours rempli.

BARÉGES, établissement thermal, à huit lieues Sud de Bagnères-de-Bigorre. - Barèges est élevé de 1,282 mètres au-dessus de la mer et situé dans la vallée du Bastan, au centre des Pyrénées et au milieu de débris de ces montagnes. Son existence date seulement de 1744, jusqu'alors il n'y avait que quelques masures accessibles seulement aux piétons et aux personnes à cheval ; à cette époque on construisit la route qui y conduit de Luz. La nature est hideuse à Barèges, mais ses sources font des miracles ; et celui qui y retrouve la santé y voit seulement des eaux salutaires et non pas ces montagnes arides, images du chaos ou de la destruction, ce terrible Bastan dont le lit n'est formé que de débris de rochers. Barèges se compose d'une seule rue que forment environ 60 maisons dont la moitié sont assez belles ; toutes sont destinées aux étrangers, car il n'y a pas de population fixe ; à l'approche de l'hiver on démolit la plupart des maisons généralement construites en planches, et quelques hommes seulement, gardiens de ce village abandonné, y restent jusqu'au printemps. - Les hivers y sont si rigoureux que souvent l'endroit a été caché sous 15 pieds de neige. Barèges possède un hôpital militaire qui, dans la saison, peut contenir 100 officiers et 400 sous-officiers et soldats. Le beau monde y vient tard et n'y reste pas long-temps, à moins d'y être attiré par le seul désir de guérir ; car la vie y est fort chère et fort ennuyeuse.

CAMPAN, sur l'Adour, à deux lieues de Bagnères, chef-lieu de canton - Population de 4,171 habitants - Le bourg de Campan donne son nom à la riche et belle vallée dont il occupe le centre ; il est construit en croix, sur la rive gauche du Gave vers lequel s'étend une de ses rues ; l'autre borde la route de Bagnères-de-Bigorre. La vallée est bien cultivée et abonde surtout en pâturage ; ses deux versants ont un caractère opposé et dont le contraste est frappant. La pente gauche est douce, couverte de métairies, de vergers et de bosquets : l'autre est nue, déchirée, escarpée ; ce sont les falaises de Pène de Lheyris, longue montagne dont le point culminant, en face de Campan, à 5,920 pieds d'élévation. A sa base, près du bourg, est une caverne remarquable par des stalactites d'albâtre, et plus vers le haut de la vallée se trouve la célèbre marbrière de Campan.

CAUTERETZ, se situe sur la rive droite du Gave de Pierrefitte, à quatre lieues d'Argelès. Population de 1,100 habitants - Cauteretz, naguère encore chétif, sale, presque inconnu, voit s'accroître rapidement ses constructions ainsi que la réputation de ses eaux minérales. Ce village obscur s'est transformé depuis peu d'années en un bourg peu régulier dans son plan, mais propre, bien bâti, et qui possède une jolie rue, de bons hôtels et la plupart des établissements qui peuvent rendre agréable et amusant un séjour de quelque durée. Il est situé à la jonction de trois vallées, dans un bassin étroit et encaissé par de vastes montagnes. Au-dessus de Cauteretz s'élève une falaise immense qui le menacerait d'une ruine prochaine s'il n'était protégé par une épaisse forêt de hêtres ; elle embellit le site dont l'aspect général est mélancolique. Les vallées sont profondes et sauvages, leurs escarpements hérissés de noirs rochers et sillonnés par des torrents impétueux. Une nature si fière et si sombre attriste l'âme, et la charme par son pittoresque majestueux. Des pics de 8 à 9,000 pieds dominent ces vallées et pendant plusieurs mois de l'année y précipitent de dangereuses avalanches. Pendant l'été Cauteretz jouit de jours délicieux ; mais l'hiver y est long, glacé, désolé. Le bourg a plusieurs établissements de bains ; d'autres, plus beaux et les plus fréquentés, se trouvent sur le haut de la vallée, sur la route du pont d'Espagne, du lac de Gaube et du cirque de Vignemale, sites célèbres, d'un pittoresque magnifique, et but des excursions de la plupart des baigneurs de Cauteretz.





[Plan du site passion-bigorrehp.org]



[Page 1] [Page 2] [Page 3] [Page 4] [Page 5] [Page 7] [Page 8]
[Documentation sur la Bigorre]
[Les droits anciens]
[Généralités sur les Communes]
[Sommaire]




Chacun peut apporter son aide à l'élaboration de ce site.
Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.
© Marie-Pierre MANET






Bookmark and Share