La monographie de Haut et Bas-Nistos
Hautes-Pyrénées
département 65.

(ADHP - Monographie établie en 1887)




00036426
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Sommaire- Situation géographique, limites, étendue, distance au chef lieu de canton, de l’arrondissement, du département ; description physique du pays : relief du sol, montagnes, nature des roches qui les constituent ; curiosités naturelles ; richesses du sol ; cours d’eau ; leurs débits ; leurs crues ; gués, canaux, lacs.

Eaux potables :
Sources thermales et autres ; leurs débits ; leurs propriétés ; stations thermales ; leur fréquentation.

Altitude ; climat ; vents ; pluies ; température ; salubrité.



Le département des Hautes-Pyrénées est coupé par le 43 ème degré de latitude. La commune de Haut-et-Bas-Nistos, qui fait partie de ce département, arrondissement de Bagnères, canton de Saint-Laurent se trouve à environ 42 ° 50’ 25’’ de latitude boréale ou septentrionale et à 1°52’30’’ à peu près de longitude à l’occident du méridien de Paris. Elle est bornée au Levant par Seich et par Sacoué, au Couchant par Hèches et par Sarrancolin, au Sud par Ferrère et par Ilhet et au Nord par Bize. Sa superficie approximative est de 4225 ha 80 a 57 ca, soit 42km², 25 hm² 80 dm² 57 m². Sa distance au chef-lieu de canton est de 9 km ; au chef-lieu d’arrondissement, de 43 km ; au chef-lieu de département, de 52 km. Son territoire, se détachant du massif des Pyrénées, versant français, vers la plaine dans la direction, du Sud au Nord, à une longueur d’environ 8 km et une largeur de 5 km. Elle est encaissée entre 2 montagnes et acculée contre une forêt dont le point culminant Mont Aspect à une altitude de 1849 m à peu près. Les roches qui constituent ces montagnes sont généralement calcaires, moins souvent granitiques et parfois schisteuses. Son sol est accidenté, formé de petits vallons dominés par des collines et souvent des coteaux. Comme tout pays de montagnes ne peut manquer de présenter dans sa contexture des curiosités naturelles il est facile d’énumérer celles qu’offre à l’amateur la commune de Haut-et-Bas-Nistos. Au milieu du calcaire et au Levant de cette commune s’élève nu et majestueux, comme pour saluer un des premiers l’aurore matinale, le Pic de Nistos ou Pic de Picarre, haut de 668 mètres environ. Il est entouré à droite et à gauche d’autres roches qui font plaisir à voir et qui semblent lui tenir lieu de satellites. Au quartier d’Aillassa se trouve un vaste entonnoir, sec en temps ordinaire, mais souvent plein d’eau torrentielle qui descend du haut du Sausset pour former un étang considérable. Cette eau par des conduits souterrains, va sortir à une distance de près de 800 mètres au quartier de Honnère, à l’endroit désigné sous le nom de Grihous. Au quartier des Barous, on rencontre une grotte d’où l’on extrait des stalactites et des stalagmites charmantes et plus bas un puits où les eaux pluvieuses et torrentielles vont s’engouffrer à quelques pas, le puits de Laspugue de Gerlé ; tristement célegrave;bre, car il rappelle un crime atroce commis en 1838. Un homme assassiné, d’origine espagnole, fut dépecé au moyen d’une hache et ses membres épars jetés dans ce puits. La justice se transporta sur les lieux ; car il y avait des soupçons. A l’aide des cordes des cloches de l’église de Haut-Nistos deux jeunes gens courageux descendirent, en vue d’une récompense, dans cet antre profond de plus de 200 mètres, formant labyrinthe et en retirèrent les restes mortels de la victime. Les auteurs de ce forfait furent impitoyablement punis. Au pied de ce puits, commence la grotte de Gerlé, côté latéral gauche du ruisseau, qui peut recevoir au besoin tout le Nistos et qui vient à 500 mètres environ vomir les eaux de ce dernier pour les besoins de l’irrigation. A un point plus élevé on rencontre la roche de Courbas, formée de deux ailes à pic, hautes de 100 mètres à peu près chacune, au bas de laquelle coule le ruisseau. Ce cours d’eau puissant jadis entre ces deux ailes, et son lit a subi progressivement une grande dépression.


Les terrains de la commune sont fertiles. Tous les farineux y réussissent dans les terres légères qui y abondent et dans les terres argileuses que l’on amende copieusement pour la production. Les fourrages naturels surtout y arrivent très bien. Il y a des carrières de marbre, des mines de fer, d’argent et de plomb qui restent inexploitées. On n’y remarque ni dolmen, ni fossiles, ni cataractes, ni cirques ni inscriptions intéressantes, soit sur cloches soit ailleurs.


Le ruisseau de Nistos descend du haut des montagnes, traverse la commune passe à Seich, Lombrès et Aventignan pour aller se jeter dans la Neste en amont du pont de Mazères.

Les affluents de droite sont :
1) Aouéradouse,
2) Arise.

Ceux de gauche sont :
1) Cuneille,
2) Oule,
3) Stéré,
4)Castenné.

Le sol de ce ruisseau est sinueux, formé de pierres granitiques et de gros galets de même nature. Tous les affluents sont produits par des sources excellentes d’un débit variant de 1 à 10 litres par minute.

Parmi ces sources il faut citer :
1) Parréou
2) Artigous
3) Hount de By
4) Bernadouse
5) Hount Nére
6) Arrous.

Dans certains quartiers éloignés du ruisseau et des sources, il y a des puits pour les besoins des familles. Le débit du Nistos est en temps ordinaire d’environ 2 hectolitres par seconde. A l’époque des pluies torrentielles et des fontes de neige, il grossit démesurément. Il déborde alors et dans son cours furieux, il cause sur ses rives la ruine et la désolation. Son débit est à peu près en ce moment de 30 hectolitres par seconde. Les inondations de 1875 et de 1883 en sont une preuve irrécusable. En 1875 l’eau monta à 1.5 m au-dessus de son état normal. De mémoire d’homme pareil fait ne s’était plus vu. Les habitants étaient à la fois terrifiés et consternés. Quand les crues disparaissent, le ruisseau est partout agréable à l’exception de certains réservoirs ou gouffres. Pendant les crues il ne l’est nulle part. Son eau bienfaisante est quoique claire et limpide, riche de principes fertilisants pour les prairies. Il n’y a ni canaux ni lacs. L’eau à Nistos est partout potable.


Quant aux sources thermales, il n’y en a pas de renommées, parce qu’elles sont inconnues. Leurs qualités minérales et thérapeutiques devraient être l’objet d’une analyse spéciale et provoquer l’attention des sociétés qui font exploiter nos grands établissements thermaux.

L’altitude de la commune est de 350 m environ au-dessus du niveau de la mer. Plus rapprochée de l’équateur que du pôle, au centre presque de la zone tempérée, elle a un climat doux. Si l’on en excepte la saison momentanée des neiges, il est presque aussi agréable que celui que l’on désigne sous le nom de climat girondin.

Les vents de l’ouest et les vents chauds du sud, ou vents d’autan, sont les plus fréquents. Ceux qui viennent de l’océan atlantique adoucissent et égalisent la température dont les changements souvent subits et sans transition engendrent des indispositions passagères : rhumes et autres. Abritée par les monts élevés qui la protègent contre le Nord, la commune n’a pas à supporter la bise et les vents qui glacent, desquels les habitations bien conditionnées et les feux permanents préservent seuls durant l’hiver.

Les maisons sans pourtant ressembler à des villas sont solidement bâties et convenablement aménagées en vue de la salubrité. Elles sont construites en pierre, chaux et sable, couvertes en tuiles ou en ardoises, et éloignées des lieux ou croupissent des eaux stagnantes et où séjournent les ordures et les immondices.

Les temps pluvieux sont une des conditions des pays montagneux couverts de forêts, principalement au printemps, époque où les arbres revêtent leurs feuilles, car la verdure de ces feuilles charge l’air d’humidité par excès et engendre les nuages qui déversent alors sur Nistos des pluies fréquentes souvent fines et quelquefois torrentielles, mais généralement propres à entretenir la vie et à activer la végétation. Au printemps encore viennent les brouillards dont l’action malheureuse est de verser les récoltes et de compromettre le rendement des céréales.

A Nistos la température est agréable. L’air y est sans cesse pur et sain, à l’abri des miasmes qui font naître les fièvres et les maladies pestilentielles.

Au sortir de la petite gare de St Laurent, le voyageur prend la direction sud, chemin n°20 bis de Pinas à Nistos et se rend à Nestier, où ce chemin coupe le n°20 de Capvern au Pont de Loures. De Nestier, il arrive à Bize, et enfin apràs avoir traversé cette commune et fait l’ascension d’une côte presque à pic, il est au col de Ségnadé, ligne divisoire entre Bize et Nistos. Là, ce voyageur est frappé d’admiration à la vue du panorama qui s’offre à ses regards. S’il n’eût été informé de Nistos, on lui aurait ménagé une surprise agréable ; car dans son imagination, dans ses rêves poétiques, il aurait cru que toute trace d’habitation allait disparaître au-delà du point culminant où il se trouve tandis que, chose étonnante, un de ces petits vallons les plus fertiles des Pyrénées, peuplé par 1609 âmes, se déroule à ses yeux extasiés, encaissé entre deux montagnes. A gauche les hauteurs s’accumulent, les rochers rejettent toute parure de feuillages et de gramen ; à droite, des collines superposées les unes sur les autres s’élèvent en amphithéâtre; au milieu, c'est-à-dire au sud des montagnes riches de bois servent de limites au vallon et portent bien vers les nues leurs cimes couvertes de verdure où les bergers et les pâtres vont l’été garder les troupeaux et où par leurs chants innocents que répètent à l’unisson les échos d’alentour, ils rappellent l’âge d’or. Plus bas, une étroite vallée est traversée par le Nistos ruisseau qui est formé par les sources qui coulent des flancs des montagnes, et dont les eaux claires et limpides vont en serpentant se perdre dans la Neste. Enfin comme sentinelles, à des points culminants et dominant tout le reste se dressent fiers et presque menaçants des blocs erratiques, traces ineffables des cataclysmes et qui font revivre dans l’idée l’effet terrible de l’élément aqueux contre l’élément igné. Et le vallon rappelle pour sa part l’histoire de la révolution de la période glaciaire parmi les convulsions mêmes qui firent surgir les Pyrénées. Il est pour le géologue un de ces chemins que les torrents apaisés chaque année ouvrirent par des forces primordiales dans leurs marches et contre-marches à travers le calcaire et le granit.

Nous avons laissé le voyageur à la ligne qui sert de démarcation aux deux communes de Bize et de Nistos. Bon voyageur, quitte ce point culminant d’où ta vue dans un idéal tout poétique, a contemplé le tableau qui précède, et porte tes pas en avant. Achève, achève d’arriver au terme de ta course, à Nistos même.


On trouve d’abord la section de Bas-Nistos. Là, l’étranger peut s’héberger dans des hôtelleries où on lui sert le nécessaire, le confortable, et où il est toujours entouré de convenances hospitalières. Après s’être délassé et ravitaillé, il doit aller plus loin. La vallée se bifurque. Il y a un chemin d’Arise à gauche et celui de Haut-Nistos en face. Le petit vallon d’Arise est de toute beauté. A droite, conduisant à l’église de Bas-Nistos se trouve le chemin du Pleich. De quelque côté qu’il dirige ses pas, notre voyageur sera satisfait ; mais qu’il continue sa marche sur le chemin de grande communication n°20 (bis). Il arrive à Haut-Nistos, rencontrant à droite et à gauche de la route qu’il poursuit, ça et là mais assez rapprochées des habitations, des demeures sur une étendue de 3 kilomètres au moins. Même situation, mêmes rencontres à Haut-Nistos sur une étendue de 2 kilomètres au moins.


Arrivé à Haut-Nistos au pont de Carmés, il y a une deuxième bifurcation. La section se partage en vallon de Castenné et vallon des Arrécets. Le premier est d’un aspect agréable. Décrire l’un, c’est peindre l’autre. Conduisons pourtant le voyageur à travers le second, laissant l’église à gauche, quartier de le Bernadouse.


Jusque-là, la pente a été très douce ; mais si ce voyageur veut avancer encore, le site change. Des montagnes peuplées de bois, couronnées de verdure, où l’on respire des odeurs balsamiques et où un air aux mille parfums remplit les poumons, s’élèvent mamelon sur mamelon, collines sur collines, et offrent un riant aspect. L’étranger, fasciné par la chose même, est poussé par une curiosité indicible. Il monte et arrive enfin au but, couvert d’une sueur qui ruisselle en perles argentées sur ses joues rougies par l’impression qu’exerce sur lui la nature même. Mais il est dédommagé largement de sa fatigue par le magique tableau qui se présente à ses regards. De là, il voit avec admiration les beautés d’une nature qui conserve sur sa face l’empreinte divine de l’artiste suprême. Sa vue embrasse soudain toute la vallée qui possède Nistos dans son sein. Là, de chétives maisons sont échelonnées sur les flancs des montagnes, entourées de bosquets dont les arbres touffus semblent rajeunir la nature ; ici, des granges foraines, à cheval quelquefois sur des lieux escarpés, font la surprise du touriste ; plus loin, formant une ceinture de verdure, des prairies qu’arrosent des sources abondantes; enfin, au milieu du vallon, un ruisseau aux eaux limpides, où se reflètent les rayons du soleil, qui ne roule pas des paillettes d’or, il est vrai, mais qui porte ses ondes de cristal au travers des prairies émaillées de fleurs, qu’entourent souvent des saules et des peupliers verts et superbes. Cependant, le soleil décline au penchant des monts ; ses traits épars à travers les arbres et les teintes verdâtres font présager la confusion des crépuscules au milieu d’une végétation assombrie. Heure délicieuse !...


Mais le voyageur doit quitter ce lieu d’observations poétiques où les voiles de la nuit vont l’envelopper. Il part, il descend d’un pas rapide, arrive à son hôtellerie, prend une bonne collation et se couche satisfait de sa journée. Le lendemain, il rentre chez lui ; il s’entoure de ses amis et leur fait le récit de ce qu’il a vu ; et sa narration tout enthousiaste le transporte dans cet éden de la veille ; dans ces terres vierges où partout éclate cette voix mystérieuse dont parle le poète, et qui, sur l’orgue de l’Univers, répète ce cri plein d’éloquence : " Il y a un Dieu ".







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L'instituteur public

M. Dominique Rumeau.




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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.

Entraide apportée par :
- M. A Seube
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© Marie-Pierre MANET







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