Logo de la Bigorre

Le canal de l'Alaric
(Bras de l'Adour). [1]



Sceau
00036426
copyrightdepot.com






[1] 1. La géographie de l'Alaric : Le canal de l'Alaric [2] constitue l'un des principaux branchements du système d'irrigation nourri par l'Adour, et la plus importante ligne d'eau de la partie orientale de la plaine de Bigorre. Il se détache de l'Adour en aval de Pouzac près de Bagnères ; il y rentre en amont de Préchac (département du Gers). La longueur totale est de 65 kilomètres.

L'Alaric n'est pas un cours d'eau homogène. Il est pour partie un cours d'eau naturel, pour partie un véritable canal, creusé de main d'homme. Tantôt c'est la configuration du sol qui détermine sa formation et son cours : tantôt il lui faut attribuer des origines purement artificielles et humaines.

De son origine jusqu'à Rabastens et à son confluent avec l'Estéoux, dont il emprunte le cours, l'Alaric n'est autre chose qu'un bras de l'Adour déversé dans un ruisseau ou plutôt dans un cours d'eau formé par la réunion de plusieurs ruisseaux. De l'Estéoux à sa rentrée dans l'Adour, l'Alaric est un canal.

2. L'ancien Alaric : - La partie principale de l'Alaric, va du ruisseau du Haouas jusqu'au confluent avec l'Estéoux. Il suffit de regarder la carte topographique, pour voir que la configuration du sol devait, dans cette région, entraîner la naissance d'un cours d'eau. Une coupe en travers de la plaine orientale de la Bigorre, faite entre l'Adour et l'Alaric, montre que cette plaine est d'une horizontalité presque complète ; ou que, par endroits, de légers dos de terrain séparent les deux lignes d'eau. Une coupe en long, au contraire, révèle l'existence d'une pente générale, du sud vers le nord. Cette pente, mesurée sur l'Alaric, est de 14 millimètres sur le Haouas, de 9 millimètres à hauteur de Tarbes, de 4 millimètres au confluent avec l'Estéoux. La plaine orientale de Bigorre est bordée par un coteau en forme de croissant, qui se rapproche de l'Adour et de l'alaric à les toucher à hauteur de Pouzac, et s'en écarte graduellement jusqu'à Rabastens, pour se rapprocher ensuite de l'adour. Or, de ce coteau, descendent, entre Pouzac et Rabastens, six petits ruisseaux : le Haouas, le Grave, le Chéout, l'Ousse, l'Orleix et le Lech. Étant donné l'inclinaison générale de la plaine du sud vers le nord ; le manque de pente de l'est vers l'ouest, ces cours d'eau naturels étaient fatalement amenés à se rassembler, selon la ligne de pente naturelle, au pied des coteaux, et à ne point s'en écarter : d'où formation dans le fossé naturel ainsi engendré, d'un cours d'eau ayant pour affluents et pour soutiens les ruisseaux ses générateurs.

En fait, l'Alaric, collecteur des ruisseaux qui égouttent le rebord oriental de la plaine de la Bigorre, a toutes les apparences et toute la physionomie d''un cours d'eau naturel. Il ne s'écarte jamais du coteau qu'il longe : il serpente, dessine des inflexions, des sinuosités multiples, comme un véritable ruisseau.

Entre Pouzac et le confluent du Haouas, le tracé de l'Alaric est une survivance d'un ancien lit de l'Adour. C'est là une tradition conservée dans la plaine, où cette partie du canal est, encore aujourd'hui, désignée du nom de Vieil Adour. Un procès-verbal de visite du canal, dû à la grande maîtrise des eaux et forêts, en date du 17 mars 1790, désigne ainsi l'Alaric : " Ce canal qui coule du côté de l'Orient, et qui, avant de porter le nom d'Alaric, n'était qu'un bras détaché de la rivière de l'Adour ". Croyances locales, désignation officielle, sont parfaitement justifiées par l'aspect des lieux. Entre la prise d'eau actuelle de l'Alaric et son confluent avec le Haouas, il n'y a que 400 mètres. Nous disons prise d'eau actuelle ; vers le milieu du XVIIIe siècle, en effet, l'Alaric se détachait de l'Adour à 800 mètres en amont du point où il s'en détache aujourd'hui [3] : dans l'intervalle compris entre l'ancienne et la nouvelle prise d'eau, un canal (qui fut peut-être un lit naturel) réunit encore les deux cours d'eau : c'est à la suite d'une inondation violente, que l'Adour se rapprocha de l'Alaric jusqu'à détruire sa berge et à s'y introduire, détruisant ainsi toute la partie supérieure du canal. Fait remarquable, l'Adour et l'Alaric se sont encore trouvés au même niveau de 468 mètres. Ces changements de lit de l'Adour n'ont d'ailleurs rien que de très naturel ; à hauteur de Pouzac, l'Adour conserve encore une pente de 14 millimètres ; mais il dépose les matériaux arrachés à la montagne. Ces dépôts, par leur abondance, en temps de crue, peuvent facilement, par accumulation, créer un barrage au fleuve, barrage qui entraîne une déviation de son cours et le creusement d'un lit nouveau, creusement d'autant plus facile que le terrain est sablonneux, très léger, aisément remaniable.[4]

Des faits de ce genre ont dû se produire plus d'une fois. En 1614, un érudit, auteur d'une " Sommaire description du comté et païs de Bigorre[5]" disait de l'Adour que " cette rivière fort impetueuse... se contient dans son canal jusques à de qu'elle ait quitte le terroir de Baigneres, Mais alors elle varie son cours et se fait des fossés nouveaux, comblant les premiers de pierre et de sable "...[6]

3. Le ruisseau des Esteux : - La rencontre de Rabastens marque un point critique dans le cours de l'Alaric, jusque-là simple bras de l'Adour déversé dans un ruisseau naturel. C'est là que finissait l'ancien Alaric, comme le prouve ce texte emprunté à une ordonnance de 1789 : " Le canal ou ruisseau de l'Alaric devra être récuré et nettoyé depuis le territoire de Pouzac... jusqu'à son embouchure au moulin de Rabastens, dans le ruisseau des Esteux ". Pour l'ancienne grande maîtrise des eaux et forêts, l'Alaric finissait donc à la rencontre de l'Estéoux ou ruisseau des Esteux : et ce cours d'eau était considéré comme un déversoir naturel de l'Alaric, qui en ramenait les eaux à l'Adour. Le nom d'Alaric ne s'est étendu à l'Estéoux qu'à une époque ultérieure. L'Estéoux a bien, en effet, son indépendance et sa physionomie propres. De sa tête de source à Rabastens, il coule entre deux coteaux parallèles : au delà de Rabastens, il reçoit quelques petits ruisseaux, résidus des eaux d'arrosage venues de l'Adour ou de l'Alaric. Notons que le principal de ces affluents, l'Aule, reçoit lui-même un petit cours d'eau, qui le raccorde à l'Alaric. Le nom porté par ce cours d'eau, Baratnaou, c'est-à dire : " fossé neuf " semblerait indiquer qu'il y a là un simple canal ; mais son serpentement très sinueux, dans la partie la plus rapprochée de l'Aule, est celui d'un ruisseau naturel. Ces deux faits contradictoires peuvent se concilier de la façon suivante : il y a là un affluent de l'Aule, dont la source a été rattachée artificiellement à l'Alaric ; et le terme de Baratnaou a été étendu après coup à tout l'ensemble de la ligne d'eau.

4. Le canal du Baniou : - A partir de Rabastens, les coteaux, qui jusque-là divergeaient de l'adour, convergent vers le fleuve. En même temps, l'adoucissement de la pente longitudinale permet aux cours d'eau de serpenter à travers la plaine. C'est pourquoi l'Estéoux s'écarte du coteau pour rejoindre directement une partie de l'Adour, en aval de Monfaucon. Mais pour retenir ces eaux au pied des hauteurs, et conserver à cette partie de la plaine l'alimentation hydraulique dont elle eût été privée, on creusa un canal qui porta d'abord le nom de Baniou, et fut distingué de l'Alaric comme de l'Estéoux jusqu'en 1800 ; mais, qu'à partir de cette date, on a désigné sous le nom d'Alaric. Les eaux du Baniou ou bas Alaric se dirigent vers l'Adour jusqu'aux environs de Tieste-Uragnous (moulin Chavrutot) ; là elles sont rajeunies et vivifiées par une prise au fleuve, et suivent un tracé parallèle à l'Adour jusqu'à Préchac, point auquel elles se confondent avec lui. Cette dernière partie porte aussi le nom de canal des Moulins : (peut-être le Baniou a-t-il été creusé à deux époques différentes). Quoi qu'il en soit, c'est la partie la plus jeune, la partie moderne du cours d'eau aujourd'hui désigné sous le nom d'Alaric : et la longueur, la fréquence de ses alignements droits, raccordés par des angles, sa largeur régulière et constante, certaines parties de son cours surélevées dans la plaine, indiquent son origine artificielle.



Il résulte de cette étude que l'Alaric est composé de parties diverses et fait de pièces et de morceaux : un bras de l'Adour, un collecteur de ruisseaux, primitivement appelé Alaric, une partie d'un ruisseau important, l'Estéoux, un canal, le Baniou, tels sont les éléments qui composent l'Alaric, et furent englobés sous cette dénomination officielle, véritable étiquette sans rapport avec la géographie de cette ligne d'eau comme avec son passé.

**********


L'Alaric


1. Géographie économique et humaine : - L'Alaric a été, à l'origine (et pris dans son ensemble) une rue de moulins. Sa destination principale fut de desservir une série de moulins seigneuriaux, de moulins " bannaux " que les petits nobles de la plaine entretenaient pour les revenus qu'ils produisaient. Des chemins et des ruisseaux conservent encore aujourd'hui des dénominations qui rappellent cet ancien état de choses : chemin de la vivantère, ruisseau de la Moulière, chemin du moulin, chemin de la prébende. Le Baniou lui-même, ou canal des moulins, fut creusé, selon la tradition locale, pour entretenir une série de moulins.

Mais à côté du moulin, se trouvait la prairie. Il y a eu lutte entre le moulin, qui emploie l'eau comme force motrice, et la restitue tout entière au canal, et la prairie, qui en absorbe et en retient une partie, malgré les canaux de retour. Au début, c'est le moulin qui l'emporte. L'ordonnance de 1789, déjà citée, ordonne de faire " rompre et détruire les digues et passerelles qui auront été construites sur le dit canal ou ruisseau (pour l'irrigation) au préjudice des moulins bâtis sur icelui, par les propriétaires des fonds tenants et aboutissants " ; elle n'en laisse subsister qu'un nombre assez restreint, en ordonnant toutefois de n'employer " que l'eau superflue et non nécessaire auxdits moulins, et de n'en user qu'avec une modération qu'il en soit toujours laissé dans le canal une quantité suffisante pour faire moudre deux meules de chacun desdits moulins ". La prairie semblait, à l'origine, tolérée par complaisance " les meuniers, pour nuire à leurs confrères établis en aval, et lui faire concurrence en se conciliant les bonnes grâces de leur clientèle, laissaient les propriétaires des près voisins arroser leurs terres tant que les meules ne marchaient pas.

Mais le décret de Vitepsk, rendu le 31 juillet 1812 au sujet d'une contestation élevée entre meuniers et propriétaires de prairie, plaça moulins et près sur un pied d'égalité, et admit à l'usage des eaux les propriétés riveraines ; le code civil n'avait-il pas, d'ailleurs, dès 1804, reconnu l'arrosement comme un droit naturel de la propriété riveraine ? Les résultats ne se firent pas attendre : au début du XIXe siècle, il y avait près de quatre-vingt-dix moulins sur l'Alaric ; en 1851, il n'y en avait plus que 53 ; en revanche on comptait deux mille hectares de prairies irriguées par l'Alaric.

La décadence du moulin a continué jusqu'à nos jours. Chaque commune possède toujours un moulin : mais on n'en rencontre point entre les villages, ou peu. Il y a quarante ans, un moulin se vendait cher, se louait 1800 à 2000 fr ; quelquefois on allait jusqu'à 3000 ; aujourd'hui, 200 à 300 fr. représentent le prix courant, 500 fr. une somme exceptionnelle ; quelquefois même il s'échange contre un porc. Sur les points où le moulin a subsisté, il n'a pu vivre qu'en s'associant à une scierie ; souvent même, celle-ci, après s'être placée à côté de lui, l'a complètement supplanté, et l'ancienne rue de moulins est devenue une rue de scieries... toutes petites, car la plaine de l'Alaric n'est point industrielle. Il y a eu autrefois une briqueterie à Orleix : mais elle a disparu. L'usine électrique de Montgaillard, qui fournit d'électricité la ville de Tarbes et son arsenal, peut exceptionnellement utiliser les eaux de l'Alaric.

Le véritable rôle de l'Alaric consiste dans l'irrigation des prairies. Il le remplit, d'ailleurs, de façon très inégale. Dans la première partie de son cours, il a permis le développement de prairies superbes : ses eaux, dérivées de l'Adour, encore toutes chargées de particules arrachées à la montagne, fertilisent la terre au point que le colmatage supplée à tout engrais naturel. Les prises d'eau, d'ailleurs, sont abusives à ce point que le même champ en possède fréquemment quatre ou cinq, et que chaque hectare reçoit cinquante litres d'eau à la seconde et par hectare. C'est dans cette région qu'on pratique l'élevage du mouton ; et il est productif ; une bête qui vaut 35 fr. donne par an, soit en agneaux soit en laine, 20 à 22 fr. de revenu. De Salles-Adour à Rabastens, l'arrosage est déjà moins abondant, et l'on emploie les engrais naturels ; mais à partir de Rabastens, il devient tout à fait insuffisant, au point que la superficie des prairies arrosées représente à peine un dixième de ce qu'elle est entre Pouzac et Rabastens et les rapports des ingénieurs évaluent à 300 litres à la seconde la quantité d'eau qui manque à l'Alaric à partir de Rabastens. L'alimentation hydraulique de la partie orientale de la plaine de Bigorre est sur ce point tout à fait défectueuse. La cause en est, d'abord, que la plaine occidentale enlève à l'Adour la majeure partie des eaux disponibles ; sauf l'Alaric, tous les canaux branchés sur l'adour le sont sur la rive gauche, mais surtout, si la prairie n'a plus à craindre la concurrence du moulin, il lui faut, craindre encore le voisinage des villes et de leurs industries. Déjà dès son origine, l'Alaric ne reçoit pas la quantité d'eau à laquelle il aurait légalement droit. Le Capagaou, canal qui alimente Bagnères, enlève à l'adour une quantité d'eau beaucoup trop forte : mais les protestations des usagers sont vaines, car Bagnères, avec ses marbreries, ses usines, son hygiène de ville thermale, l'emporte toujours sur la campagne avoisinante : et si les usagers du Baniou sont privés d'eau, ils le doivent principalement aux canaux qui alimentent les scieries et les usines de Tarbes. Malgré ces défauts, la prairie de l'Alaric, sur toute l'étendue du canal, permet, et c'est là la grande utilité de l'Alaric, l'élevage du cheval-tarbais.

Et malgré les défectuosités du système d'irrigation basé sur l'Alaric, le canal n'en a pas moins été une zone d'attraction pour la concentration des villages et les groupements humains. Dans la première partie de son cours, l'influence de l'Alaric a été supérieure à celle de l'Adour lui-même, craint pour ses inondations possibles et ses effets torrentiels. Les maisons des villages sont disposées, dans les plus petits, selon une ligne perpendiculaire à l'Alaric (exemple : Bernac-Debat et Bernac-Dessus) ou bien sur deux lignes parallèles au canal, sur ses rives mêmes, reliées par une série de passerelles : lorsque des voies secondaires se forment, le village prend la forme d'un damier que le canal traverse par le milieu (exemple : Ordizan, Barbazan). Dans les deux cas, le canal forme une véritable rue, coupée par des ponts, bordée de maisons, et les balcons, des deux côtés, les galeries qui courent au devant des maisons s'ouvrent sur lui. A mesure que la plaine comprise entre l'Adour et l'Alaric s'élargit, le canal cesse d'avoir influence prépondérante sur la formation et la viographie des villages ; ceux-ci s'étendent, non pas seulement à partir des ruines du canal, mais le long des chemins transversaux qui relient l'Adour à l'Alaric ou des chemins dirigés sud-nord qui relient les communes entre elles, en sorte que l'ensemble prend la forme d'un polygone ou d'un trapèze irrégulier. Cependant les communes se multiplient sur l'Alaric entre Séméac et Ansost ; d'Ansost à la rentrée du Baniou dans l'Adour, elles s'espacent, leur nombre diminue en même temps que les eaux du canal. Trente-cinq communes [7] s'alimentent à l'Alaric ; l'une d'elles, Rabastens, lui a demandé autrefois des services d'un ordre stratégique et militaire. Rabastens a été un camp retranché et une forteresse : la courbe que décrit un canal détaché de l'Alaric devant le promontoire qui porte cette bourgade, fut utilisée comme fossé faisant partie du système de défense : et c'est là sans doute, l'origine de la légende qui fit donner au canal le nom de canal Alaric.

2. Les Syndicats de l'Alaric : - Le canal Alaric est confié aux soins de trois sections distinctes, institués par le décret du 29 août 1855, et qui font partie eux-même d'un syndicat général, chargé de défendre les intérêts de l'alimentation hydraulique de la plaine de Bigorre, institué le 1er juillet 1865. Mais il est à remarquer que l'idée d'une propriété collective de l'eau n'a jamais pu naître dans la région de l'Alaric. Le canal n'a point été considéré comme une richesse publique, qui ne saurait être accaparée par un seul petit groupe, mais doit être répartie entre tous les usagers proportionnellement à leurs besoins. Là se manifeste l'esprit de particularisme et d'isolement propre au paysan de la Bigorre : dans ce pays de prairies, tout ce qui touche à l'eau est un trésor aux yeux du paysan, il considère la canal comme lui appartenant au même titre que la terre de son champ. D'innombrables pétitions ont été adressées à l'autorité centrale, tendant toutes à faire reconnaître que " l'Alaric n'est et ne saurait être qu'une propriété privée, l'administration n'y ayant aucun droit et les usagers étant libres d'en disposer comme il leur plaît. " L'histoire du syndicat ou plutôt des trois syndicats de l'Alaric est une série de querelles sans fin et de rivalités entre les usagers de la première section, qui accaparent l'eau sur la plus vaste échelle, et des deux autres qui réclament vainement. L'idée même de former un syndicat est administrative, suggérée peut-être à la préfecture tarbaise, en 1851, par l'ingénieur Colomès de Juillan ; ces syndicats sont bien moins une association libre et volontaire d'usagers décidés à s'occuper en commun de leur canal, qu'un conseil qui se réunit sur les convocations du préfet, que le préfet préside, dont il sanctionne et consacre les délibérations, dont il vérifie la comptabilité. A peine les syndicats étaient-ils constitués par décret, que les usagers protestaient, affirmant qu'on avait réuni " dans le même groupement les usagers de trois cours d'eau différents, qui n'ont aucun intérêt commun. " La profession de voleur d'eau, de celui qui détourne secrétement des barrages pour établir des prises d'eau abusives, est développée sur l'Alaric.

L'administration préfectorale est toujours restée impuissante. Elle a essayé maintes fois d'établir que l'Alaric, étant, sur diverses parties de son cours, un cours d'eau naturel, devait à ce titre être considéré comme un cours d'eau public, et par suite, que les prises d'eau devaient être soumises à la règlementation administrative. On voit quelle influence directe et curieuse la géographie du canal, les conditions de sa formation topographique, auraient pu avoir sur sa vie administrative. Elle a eu grain de cause sur un point : à la tête du canal, là où l'Alaric se détache de l'Adour, elle a pu réglementer la prise d'eau initiale, car il ne pouvait y avoir de discussion sur la nature du fleuve de l'Adour, par définition cours d'eau naturel ; et, en 1851, elle a réparti la distribution des eaux de la façon suivante : deux tiers du volume total de l'Adour doivent rester à ce fleuve, un tiers est enlevé par l'Alaric. Mais, partout ailleurs, elle s'est trouvée impuissante à réglementer la distribution de l'eau ; n'ayant jamais proposé d'établir une distinction, parfaitement justifiée au point de vue géographique, mais qu'elle eût jugée nuisible à la bonne répartition des eaux, entre l'Alaric ancien et le Babiou, elle n'a pas vu ses prétentions accueillies.

Enfin, toutes les fois qu'elle a essayé de fermer une prise d'eau abusive, les usagers en ont référé à l'autorité centrale, et celle-ci a régulièrement donné tort à la préfecture " afin de prévenir les résistances " afin de " respecter la coutume établie et l'usage local. " Le Syndicat de l'Alaric, à l'heure actuelle, végète et meurt ; la préfecture s'en désintéresse absolument. Dans la plaine bigourdane, dans la Bigorre même, ensemble de vallées qui sont autant de petites unités géographiques, le cours d'eau qui porte le nom de l'Alaric apparaît, pris dans son ensemble, comme une unité indépendante, dont les intérêts n'ont pas pu être conciliés avec les intérêts plus généraux des autres canaux de la Bigorre ; et chacune de ses parties diverses, sa tête, ancien bras de l'Adour, l'ancien Alaric, le ruisseau des Esteux, le Baniou, vivent des vies séparées et hostiles. Il est curieux de constater que si l'une des caractéristiques principales de la Bigorre est la multiplicité de ces petits pays qui correspondent à autant de vallées, il n'y a pas non plus d'unité véritable sans son système d'alimentation, hydraulique, ni d'harmonie dans le groupement de ses canaux. La partie occidentale est privilégiée aux dépens de la partie orientale réduite au seul Alaric ; les diverses sections de l'Alaric se nuisent les unes aux autres. L'étude de ce canal met donc en relief, en lumière, la tendance au morcellement géographique et au particularisme social qui est un des traits de la Bigorre. Mais l'Alaric, tel qu'il est, avec tous ses défauts, n'en est pas moins infiniment précieux à la région qu'il dessert ; et c'est grâce à lui, que la Bigorre orientale doit de posséder de belles prairies, et de pouvoir développer avec fruit l'élevage du chaval tarbais.

Marguerite Castel



------------------


 

Le fleuve de l'Adour



Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
Bulletin de la Société académique
des Hautes-Pyrénées
Société académique
des Hautes-Pyrénées - 1912
Fascicule de 1915 - 1917


[2]
L'origine de ce nom d'Alaric, d'près les histoires tarbaises, serait la suivante : le roi wisigoth Alaric, qui vivait au cinquième siècle après J.-C, aurait,
pour alimenter d'eau sa cavalerie qui campait à Rabastens, fait creuser, à partir de l'Adour, le canal dénommé Alaric.
Il n'y a là, selon nous, qu'une légende érudite. Alaric pouvait facilement se procurer de l'eau au ruisseau tout proche de l'Estéou, s'il en avait voulu
.


[3]

A la prise d'eau, l'Alaric enlève 1/3 du débit de l'Adour
.

[4]

Les terrains, dans toute cette région, sont tellement perméables, qu'au moment des irrigations,
une des chambres d'emprunt de l'usine de Montgailllard s'emplit par suite de la montée d'une nappe souterraine
.

[5]

Guillaume Mauran, Sommaire description du comté et païs de Bigorre
...

[6]

Et en 1814, une crue emporta une partie du lit de l'Alaric
...

[7]

1er section : Pouzac, Ordizan, Antist, Montgaillard, Vielle-Adour, Bernac-Dessus, Bernac-Debat, Allier, Salles-Adour, Barbazan-Debat, Soues, Séméac.
2e section : Aureilhan, Orleix, Bours, Chis, Dours, Aurensan, Tostat, Castéra-Lou, Lescurry, Escondeaux, Lacassagne, Bazillac Sarriac Rabastens.
3e section : Ségalas, Barbachen, Monfaucon, Sauveterre, Auriébat, Maubourguet, Estirac, Ladevèze-ville, Tieste-Uargnous (Gers), Haget (Gers)
.





[Plan du site passion-bigorrehp.org]



[Généralités sur les Communes]
[Sommaire]




Chacun peut apporter son aide concernant
de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.

© Marie-Pierre MANET







Bookmark and Share