La peste à Hèches
en 1653 en Bigorre
.[1]

(Par Gabriel Puyau)



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Les Registres paroissiaux de Hèches, que Me J. Cieutat, notaire à La Barthe-de-Neste nous a permis de consulter s'échelonnent de 1604 à 1790. Malheureusement, des cahiers, fort précieux, ont disparu.

Le cahier de 1652 mentionne quinze décès dont l'épouse du notaire Saludes. La signature du prêtre est illisible.

En 1653, cinq décès ont lieu avant l'attaque de la peste, le premier pestiféré mourant le 10 juillet 1653.

Le prêtre, qui a la charge de tenir à jour le cahier des morts, appose un paraphe indéchiffrable, comme en 1652.

Avant de transcrire cet acte du 10 juillet 1653, il trace deux traits en travers du cahier, encadrant la mention : "Commencement de la peste".

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"Le dixiesme jour de Juilhet 1653, est décédé Pierre Saludes dict de Balave et Eusepvely dans le cimetière notre Dame du Cap du Sarrat de Fèches en foy de quoy".

C'est sur ce modèle d'acte que le prêtre mentionne l'inhumation, dans ce cimetière du Cap de Sarrat, de "Marguerite Ozun, dicte Amarig et de Jean Saludes fiz de Pierre Saludes dict de Chapelou" décédés le 15 juillet.

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Le 26 juillet 1653 est décédé un autre enfant nommé aussi "Jean Saludes, fils du dit Pierre Saludes de Chapelou et ensepvely dans sa maison".

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Le 27 juillet, la femme de Jean Saludes dit Balayou est ensevelie dans sa maison ; le même jour "Bertrand Ozun fils de Bertrand Ozun dict Touraine" l'est "dans son parc".

Le 28 juillet "Jeanne Saludes, femme de Mieyamille" disparaît de même que "Marie Saludes de Chappelou" enterrée "au lieu qu'on nomme La Coumère".

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Le 29 juillet, la mort fauche le père et le fils "Jean et Bernard Sajous dict de la Guogne" ; la père aura sa sépulture "au parçan qu'on nome la tute de (clos) !" et le fils "dans la maison".

"Au parçan appelé la Teilhère" reposera "Domenge fille de Vidau Viguerie dict de Tarrabume et femme de Bertrand Viguerie dict Anarjou".

Le 31 juillet, cinq décès :

- "Anne Viguerie dictte de Peyberoc " ensevelie "au parçan, appelé les Touaux".

- "Guilhemi Sarrat au quartier La Coumère".

- "Nauare Viguerie dicte de Meujoles" dans sa maison.

- "Marie Ozun, fille de Jean Ozun dict Tumadou au parçan de las Arribères".

- "Domenge Viguerie dict de Meujolis" dans sa maison.

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"Le premier cour d'Avust est décédé Catherine Dufourc, filhe du Bayle et a été ensepvelye au parçan appelé Pas Arribères".

Le 3 août, trois morts :

- "Pierre Saludes, fils de Jean Saludes dict Chapelou" inhumé "à la Coumere-honta";

- "Jean Mieyamille" au quartier de "Cocutcaud".

- "Marie Ozun dicte La Toye, au parçan La Tute ou la Teylleyde".

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Le 7 août, deux sœurs "Bastiane et Domengea Saludes filles de feu Pierre Saludes dict de Balayé" sont ensevelies au parsan de Cocutcaud, où, le lendemain 8 août, une troisième sœur, "Domenge dicte Escumengade" est enterrée par son frère "Jean Saludes dict Balayou".

Ce même jour, au quartier "Les Estouaux", on creuse le tombe de "Domenge Ozun dicte Dauriette".

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Le 9 août meurent "Peyroune Pons, dictte de Meujolis", enterrée au quartier "Les Estremaux" et Marie Forgue Abadie, native de Lorlet, à qui le parc de "feu Me Saludes, jadis recteur de fèches" a servi de dernier refuge.

Le 10 août, la peste tue quatre personnes :

- "Peyroune Dauby, femme de Bernard Viguerie dict Peludet" sépulture "au parçan nomme Olis".

- "Jeanne Cazanove, proche de la maison de feu Ozun".

- "Domenge Ozun dicte de joanin de Patieu" tombe dans le parc de feu Me Saludes, jadis recteur.

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Le 11 août, on enterre, proche de sa maison "Marie Barthe dictte Sempalé" et au quartier "La tute de Bellan Jean Viguerie dict Lugra".

"Le doutziesme Aoust 1653, sont décédés Vital Sayous et Bertrande Sayous, frère et sœur, petits enfants innocents, fils de Pey Sajoux dict de Cala et Marie Saludes et son ensepvely proche du parc de feu Me Saludes, jadis recteur de fèches".

Ce même jour du 12 août, la mort frappe à la porte de :

- "Pierre Sajous de la Cougue dict Péruilhe" (enseveli proche de sa maison).

- "Marguerite Viguerie, femme de Bernard Saludes dict Soury" (ensevelie proche de sa maison).

- "Jean Puïolle dict Cartier, fils de Jean Puïolle dict Et Paul" (enseveli proche de sa maison).

- "Espérance Contre, femme de Joseph Viguerie dict de Sourdet" (ensevelie proche de sa maison).

- "Catherine Dufourc, fille de Jean Dufourc dict Perquins ? et Marie Saludes" (ensevelie au parsan de "Lestay".

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Le 13 août décédèrent neuf habitants :

"Jean Pons chyrurgien avec deux de ses filles, Bastiane et Marguerite et tous ensevelys proche de leur maison".

"Jean Saludes dict Balayou" (enterré à "Cocutcaut".

"Bernard Viguerie, fils de Martin Viguerie" ensevelie au parsan nommé "honta".

"Vital Forgue dict Nistos", inhumé proche de sa maison.

"François Duffourc, fils de Duffourc Baille" tombe creusée parsan "de las Arribères" de même que pour sa sœur.

"Domenge Bazerque, fille de Bouzom Bazerque" ensevelie au parsan "lou cap de la Pradette".

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Après cette journé tragique du 13 août qui a vu neuf habitants disparaître, le registre est muet. Les pages sont blanches. Que s'est-il passé ?

Dans le registre 1654, on relève cinq décès à partir du 18 mars et non attribués à la peste. Peut-on en déduire que du 13 août 1653 au mois de mars 1654 , la peste aurait continué à exercer ses ravages ?

Dans une étude intitulée "Notre pays", les auteurs, Bourdelle, Moulezun, Carrère, affirment que la peste a sévi jusqu'à la moitié de l'année 1654.

Devant l'ampleur de l'épidémie, a-t-on cessé d'enregistrer les décès ? Le prêtre est-il mort ? Mais, il y avait le Vicaire Puïo qui, à partir du 23 juin 1654, enregistre les baptêmes. Cinq mariages ont été célébrés à partir du 18 mars 1654. Les années suivantes le vicaire Puïo occupa la charge de Recteur.

Dans l'espace d'un mois, la peste a donc tué à Hèches 47 habitants, décimant des familles entières, la famille Balayou, par exemple.

Les trois premiers pestiférés eurent leur sépulture dans le cimetière de la chapelle Notre-Dame du Cap du Sarrat (Rebouc) mais pas les suivants.

Il est facile d'en comprendre les raisons. Il fallait enterrer le décédé le plus près possible de son lit de mort pour éviter son transport dans les rues du village, afin d'éviter des manipulations contagieuses...

Il semble, à ce sujet, que la famille du disparu devait, d'abord, compter que sur elle-même, car il devait y avoir des réticences pour s'approcher du cadavre !

L'exemple du frère enterrant ses trois sœurs, avant de disparître quelques jours plus tard; victime lui aussi, de la peste, illustre bien l'isolement dans lequel la famille atteinte était plongée.











Notes

[1] Source : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
Revue de Comminges
Société des études du Comminges
(Saint-Gaudens - Haute-Garonne) - 1885


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© Marie-Pierre MANET







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