
Je vais vous raconter cette belle histoire du peuple des "cagots". Pourquoi ce peuple me tient-il tant à cœur ? Parce que je suis issue de ce peuple. Quelles preuves en ai-je ? ... des milliers.
Je vais donc reprendre les récits qui ont été écrits sur eux. Après, je vous raconterai la "Belle Histoire des cagots" car dans mon cœur, elle est belle cette histoire.
Alors qu'on les a cru disparu à tout jamais, ils sont toujours parmi vous....
Le preuve en est que je suis une cagote et que vous êtes en train de
lire mon récit.
Il était un fois un peuple que l'on appelait les cagots.....
Le peuple des cagots est un peuple dont nul sait
ses origines exactes : peuple de partout et de nulle part.
Personne ne voulait d'eux. On les fuyait. Dès qu'ils
arrivaient dans le village, il fallait qu'ils signalent
leur présence en agitant une "crécelle"..... les gens
fuyaient, détournaient leur regard.....
"Surtout ne les regardes pas, ils portent malheur".
Tout le monde a peur que le malheur leur tombe un jour
sur la tête. Quand enfin, on a comprit que ce malheur
il peut arriver à tout le monde, du jour au lendemain,
votre vie a basculé tout simplement : la maladie arrive
et vous défigure ; un enfant naît, il est trisomique ;
un enfant naît, on n'en veut pas et parce qu'à ce
moment là il n'y avait pas l'avortement alors on le maltraite, ou alors la
jeune fille qui venait de mettre cet enfant au monde,
sous la pression de sa famille était contrainte d'abandonner
cet enfant sur le parvis de l'église en espérant
qu'une autre femme s'en occuperait... et oui, parce
qu'à cette époque, être fille-mère
quel déshonneur pour la famille... et puis il y a l'enfant orphelin
qui erre dans le désespoir le plus complet.... la peste fait rage, sans compter
les invasions, les guerres, les pélerinages vers le tombeau du Christ mais
beaucoup s'arrêtent en chemin gagnés par la fatigue, la famine,
la vieillesse ou la maladie.
Ce peuple prend le chemin de l'errance. Les portes des villages se ferment : "On ne veut pas des étrangers" leur crie le peuple.
Les villageois étaient contraints de se marier entre eux, histoire de ne pas mêler leur sang à l'étranger, "leur sang impur" personne n'en voulait. Le seigneur des lieux imposait une amende pour quiconque s'aviserait à bafouer sa loi. Pour quiconque se marierait en dehors du village, le couple devra payer au seigneur une amende, les enfants issus de ce couple continueront à payer ainsi que tous leurs descendants, parce qu'il aura oser aller à l'encontre des lois du seigneur... Mais personne ne veut la payer cette amende. Il faut surveiller nos filles. Que va dire le voisin, il pourrait nous dénoncer. Combien le regard des autres va compter. Alors à force de se marier entre eux, la folie fait rage.
Et puis, la vie s'écoule ainsi, ceux qui seront
atteints d'une maladie de peau, malformation de son corps,
séquelle de la peste, celui qui aura eu la main tranchée
car il aura volé la belle pomme qu'il voyait et si
tentatrice : il avait faim, alors
c'est pour cela qu'il a volé cette pomme et on
lui a tranché la main........ c'est terrible d'avoir
faim ! La vie a basculé un jour pour cet homme qui ne
manquait de rien auparavant, et du jour au lendemain,
il n'avait plus rien, sa maison avait brûlé, sa famille
avait péri dans les flammes et il s'était retrouvé tout
seul désemparé, au bout de son village qui n'était plus
que ruine. Alors cet homme a fui avec pour seule richesse
sa "Vie". A nom de la vie, il va marcher le long
du chemin...... La vie continue et il faut bien
continuer à vivre. J'étais si heureux auparavant et
ma vie a basculé, je n'ai plus rien, voilà ce que va
se dire cet homme....... Le long de sa route, il va
rencontrer un autre homme celui-ci aura été marqué
au fer rouge parce qu'il n'avait pu payer sa dette....
Le chemin continue, ils vont rencontrer maintenant,
un enfant dont personne ne veut parce il est "simplet" ......
Plus loin, une femme qui boite, elle est naît
une jambe plus courte que l'autre..... personne
n'en veut, elle a quitté son village car elle
faisait honte...... Une jeune fille marche le long
de ce chemin, un enfant dans les bras, son
crime à elle, a été d'avoir aimé un jeune homme hors
de son village, elle s'est retrouvée enceinte et
sa famille a préféré la mettre dehors plutôt que
d'affronter le "qu'en dira-ton"... Mais combien de
personnes vont encore se retrouver sur ce chemin....
Des milliers, des millions. Ils vagabondent.
Bien que certains sont partis en quête d'aventures,
d'autres se seraient bien passés de cette aventure,
mais il faut vivre et tout le monde a le droit à la vie....
Des gens sont allés faire la guerre pour gagner un peu
d'argent puis sont restés dans le pays parce que revenir
chez eux, à quoi bon..... d'autres ont déserté,
personne ne supporte la guerre..... et tout ce monde là,
va continuer ce chemin. Une belle entraide se
sera établie au nom de la vie parce que tout le monde
à droit de vivre, personne n'est venu sur terre pour
souffrir, et puis ce malheur il peut arriver à tout
le monde après tout, mais personne ne l'a compris,
alors comme une ronde, les mains se lâchent et quelqu'un
d'autres rentrent dans cette ronde. La ronde de l'enfer,
de ceux que plus personne ne veut, cette ronde va devenir
la ronde de la Solidarité, oui car lorsqu'on a souffert
dans sa vie, on sait alors ouvrir son cœur aux autres
et l'on comprend son malheur ; même si on ne peut le soulager
de sa souffrance, sachons qu'en lui portant une
oreille attentive à cette personne qui se confie
à vous, combien vous la soulagez car elle a pu enfin
mettre des mots sur cette souffrance dont elle n'a
jamais compris le sens. Combien cette main que vous
lui tendait est un secours pour elle. Les mots apaisent les maux.
"Tu veux bien de moi".
"Oui, la couleur de ton sang est le même
que le mien. Viens, entre dans la ronde, tu n'es plus
seul maintenant. Personne ne te fera plus de mal, n'es
pas peur, n'es plus peur, tout cela est fini, maintenant
nous sommes tous ensemble, nous sommes tes amis,
entres dans la ronde".
Une belle chaîne de l'amitié s'est formée..... La vie continue son petit bonhomme de chemin et au nom de la Vie avec un grand V alors nous allons vivre et nous allons le prouver. Nous allons prouver la plus grande solidarité.... Oui, arrêtons nous là, loin de ce village, et formons un peuple. Eux ne veulent pas de nous... Peu-importe, ce qui compte c'est que nous, on soit bien ensemble, n'est-ce pas ? Peu nous importe le jugement des autres ! Nous n'avons rien à nous reprocher et c'est ce qui compte. Aimons-nous parce que l'Amour existe et on a le droit d'être heureux nous aussi.
Venez, rentrons dans cette forêt, nul n'y viendra nous chercher. Cette forêt, personne n'en veut parce cette forêt, elle fait peur, nul ne peut y vivre parce qu'il y a les bêtes sauvages et puis surtout il y a quelque chose qui fait peur, il y a les loups qui rôdent, personne n'est ressorti vivant de cette forêt....
Ce peuple des Cagots, dont personne ne veut, va rentrer dans cette forêt.... On est bien, tous ensemble, et puis après tout, on finit par s'habituer.
Mais cette forêt, c'est le paradis, regardez donc autour de vous, mais il y a des plantes dans cette forêt, il y a des champignons..... que les ceps sont délicieux...... Regardez, avec ces arbres, on va se faire des cabanes..... nous avons du gibier a porté de main......
Les bêtes sauvages font comme si ce peuple avait toujours fait parti des lieux..... Bizarre, il finit par se produire, une étrange relation comme une complicité entre les animaux et ces humains venus de partout et de nulle part. Ces animaux sentent que ces humains ne leur veulent aucun mal ... alors tout le monde va vivre tranquillement chacun de son côté. Au fond, c'est vrai que lorsqu'on se sent en sécurité, on suit son petit bonhomme de chemin, par contre lorsque le danger va frapper à notre porte alors on va se mettre sur notre défensive.... Telle est la loi de la nature, que nous soyons humain ou animaux.
Dans ce peuple des cagots, on va finir par y trouver des sage-femmes, des médecins, des charpentiers, des vanniers, des guérisseuses (comme elles connaissent le pouvoir des pierres, des plantes). Les villageois vont venir les chercher pour que ces cagots viennent guérir leur corps. Ce corps qui peut faire tant mal. Alors ces cagotes "sage-femmes" vont aider la femme villageoise à mettre son enfant au monde. Ce cagot "médecin" va opérer pour guérir ce corps meurtri. La mort fait peur aux villageois, non, personne ne veut mourir...... Vous qui avez des dons de guérison, venez, entrez donc dans notre maison pour nous sauver d'une mort éminante.
Par contre, lorsqu'il y aura un viol commis dans le village, un vol ou un crime, les villageois vont arrivés en masse........ mais cela ne peut être que "ce sale cagot" qui a pu faire ça..... cette "sale race", "race de chien", "chien de Goths"....... Les villageois vont prendre un homme au hasard.... Enfin, dans la vie il n'y a pas de "hasard", on va prendre de préférence un homme "qu'on ne peut pas se voir" parce qu'il aura eu pour seul tord de dire les quatre vérités à une personne....... Alors la belle occasion, pour assouvir sa vengeance, lui, le cagot, il a osé, alors on va se venger..... La Haine monte...... Le peuple des Cagots a peur. C'est horrible d'avoir peur...... Non, par pitié, pas cette Haine, nous n'en voulons pas de cette Haine, épargnez nous au nom de notre Dieu à tous.... La Haine fait commettre bien des erreurs......
Les villageois vont venir prendre cet homme qui a osé la
veille leur dire les quatre vérités.... Ils l'emmènent de force........
De l'autre côté le peuple des Cagots, crient,
pleurent.
"Non,ne faites pas cela".
"Pourquoi, vous nous faites tant de mal".
"Personne ne mérite une telle
méchanceté".
"Arrêtez de vous en prendre à nous".
Sur la place publique, le bûcher est prêt........
Les villageois vont attacher l'homme au poteau. Ses yeux
sont emplis de larmes. Il se dit :
"Pourquoi, Mon Dieu,
une telle Haine, quand cela va-t-il s'arrêter".
Les villageois allument le bûcher. L'homme crie, ses cris sont insupportables
et pendant ce temps, les villageois exultent d'allégresse.
La place publique...... regardez comme c'est étrange...... je vois un bâtiment...... ce bâtiment, mais je le connais.... Non, mon Dieu, pas ça, c'est horrible..... Non, pas ce bâtiment, mais ils n'ont pas le droit, nous avons le même Dieu.... Non, non, pourquoi ? Ce bâtiment, c'est l'église...... mais c'est notre église aussi à nous, pauvre peuple des cagots. C'est devant l'église que les villageois font brûler vif cet homme innocent qui n'a commis que le crime de naître "cagot".
Cette église me fait peur... Un bénitier pour les villageois, un bénitier pour les "cagots"... Pourquoi ? Tout au fond de l'église, les cagots assistent à la messe... (et je vais passer quelques détails). Peuple qui se réfugie dans le silence. Que ce silence pèse lourd..... Dans cette église, il y a quelque chose d'encore plus choquant....... Oui, cela me choque énormément, nous croyons au même Dieu, pourtant dans cette église, les cagots seront mis à l'écart : une mûrette va les séparer des villageois.
Combien d'écrits y a t'il eu pour prendre la défense
des cagots. Le Parlement, les seigneurs, des ecclésiastiques.......
L'Inquisition fit des ravages dans le peuple des cagots. Combien de bûchers furent allumés...
Jusqu'à qu'un Pape dise :
" Arrêtons là, cela fait
un petit peu trop".
Rien n'y fit........ la murette dans l'église est restée
pendant des décennies et ce n'est que bien tardivement
qu'on finit par enlever cette murette : Louis XIV ordonna
que la porte des "cagots" fut murée dans les églises...
La Haine continua de faire son œuvre, Personne ne comprend
encore pourquoi ce peuple s'est attiré tant de Haine, non personne.....
Pourquoi, ce peuple, nul ne le sait !
Ce peuple, pour les distinguer des autres villageois, portaient sur leur vêtement "des pattes d'oies cousues". On disait même qu'ils avaient leurs pieds palmés, leurs pieds étaient déformés, alors pour cacher cette tare on leur imposa de porter chaussures à leur pieds. Les villageois marchaient à cette époque-là pieds-nus ainsi que les gens riches...... les "cagots" étaient chaussés.
Les "cagots" étaient chaussés.......en prenant du recul, je pense qu'en fait ces chaussures leur a rendu un sacré service car en période de grand froid, au moins ils étaient sûrs de ne pas avoir d'engelures.
Chaussures avez-vous dit, comme c'est étrange, baissez tous vos yeux et maintenant regardez vos pieds........ Mais vous êtes tous chaussés........ Où est le peuple des "Cagots" ? Mais ils sont là, vous n'avez rien vu et ils ont réussi à se fondre dans le Monde. Peuple venu de partout et de nulle part que s'est abrité derrière un long silence, que ce silence vous a été protecteur. On a voulu vous faire tant de mal et vous avez su faire face parce que vous avez compris que c'était à votre corps que l'on voulait faire mal et votre silence a été votre secours, alors vous vous êtes découvert une âme.
Le corps n'est que chair.
Ce corps est habité par une âme. La mort c'est l'âme qui se sépare
du corps. Si notre corps finit en poussière, notre âme demeure.
Peuple des "cagots", si cher à mon cœur. Peuple qui subit la Haine la plus abominable. Peuple qui connu la pire des folies pour vous être mariés entre vous. Votre silence vous a protégé. Vous avez connu l'humiliation lorsque vous pénétriez par une porte latérale plus petite de l'église, vous avez construit les charpentes des plus belles églises. Plus l'on vous faisez de mal et plus les charpentes des églises s'élevaient vers le ciel. Ces charpentes étaient le symbole de votre âme. Et votre corps souffrait tant.
Le secret des cagots... c'est le silence qu'ils ont sû garder.
C'était le silence de la mort....
Si tu parles, tu mourras : alors les bouches sont restées muettes.
Et personne ne s'est aperçu qu'ils pensaient.
La pensée ne se voit pas !!!!!
Les cagots nous ont laissé une trace de leur passage... chaque fois que vous vous rendez à l'hôpital,alors, ayez juste une toute petite pensée vers eux... L'hôpital était auparavant la léproserie.
Ma généalogie est sur un seul village :
Cabanac....
Étrange, non ????
