Us et coutumes en Bigorre
Les mois dans les champs
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Les mois aux champs :
1 - Janvier :

L'an neuf n'est pas célébré aux champs. Cette solennité ne figure pas parmi les fêtes et réjouissances rustiques.

Les amis s'abordent par les mots : qué-p'souhèti bouno anado acoumpanhado de bero troupo d'àutos - je vous souhaite [une] bonne année accompagnée de plusieurs autres. Auxquels on répond : Dens cincanto ans qué-m pousque'm disè àutan - que dans cinquante ans nous puissions en dire autant, ou bien : m-ous y tourne'm dens cincanto ans, - y revenions-nous dans cinquante ans !

Pour connaître d'avance les variations du cours du blé pendant l'année on fait "sauter les Rois". (6 janvier.)

On place douze grains de blé, qui représentent les mois, sur une même ligne devant le feu. Sous l'influence de la chaleur, le grain éclate faisant un léger mouvement en avant ou en arrière : en avant, signifie hausse; en arrière, baisse. On en prend note, comptant les grains de gauche à droite ; on croit ainsi la mercuriale des marchés à venir.



2 - Février :

Certains paysans, encore très nombreux, pour obtenir de belles récoltes de fruits, vont, la veille de la fête de Sainte Agathe (5 février), dans leur jardin et frappent les fruitiers avec une gaule. Cela suffit pour assurer une abondante récolte !

Cette même sainte était fêtée tout particulièrement, il y a deux siècles à peine, dans la vallée d'Aure ; mais un évêque de Comminges, Mrg Gillebert, y mit ordre par ordonnance du 7 juillet 1664 : (écrit en vieux français.)

Nous avons apris qu'une dévotion particulière que les habitans de ceste vallée avoint autrefoys pour saincte Agathe a esté changée en supertition et en débauche, et que les publes persuadant faussement que toutes les gresles et tempêtes se fourment ceste nuit pour toute l'année, sounet toute ceste nuit les cloches et font de débauche dans les églises. Pour remedier à cest abus, Nous déclarons que nous approuvons fort qu'on prie à cette grande Saincte et qu'on l'invoque pour les besoins temporelz et spirituelz de toute la vallée et de chascun en particulier ; mais que c'est un erur que de persuader que la nuict de ceste feste forme comme la semance des gresles et de tempêtes, et un abus contre la révérance deue à la Sainteté des lieux sacrés de boire et manger, dans les églises ; et Je puis dire avec saint Paul avec tous les fidelles qu'ilz ont de maisons pour y boire et manger et qu'il ne doubent pas aynsi profaner les lieux saints. Nous deffendons donc toutes comestions et beuvettes ceste nuict et mesmes toutes questes pour cette sonerie soubs les paines du droit contre les profanateurs des lieux sacrés et contre les superticieux.

Quelques temps après, un autre prélat s'éleva aussi contre les sonneries nocturnes :

Et luy recomandons (au curé) de ne permettre point que les cloches sonnent la nuict de sainte Agate, pour aboulir la supertition des peuples qui s'imaginent faucement que la gresle se forme pendant la d.nuict...

On n'a pas toujours recours à sainte Agathe pour la protection des fruitiers. La présence, à l'enfourchure de ces arbres, d'une grosse pierre, assure la récolte de l'année.

Lou Pélo-Porc

C'était autrefois, pendant les jours gras, qu'avait lieu le pélo-porc, la plus importante opération de la ménagère avec la cuisson du pain et la lessive. Dès la veille, les voisins sont prévenus, et à l'heure dite ils viennent tenir une jambe. Pendant que la maîtresse de maison, affairée, court, donne des ordres, le cochon abattu, saigné, est roulé dans un grand baquet, que l'on emplit d'eau bouillante ; les soies enlevées, l'animal raclé est pendu par les pieds de derrière à une échelle ou à une poutre de la cuisine, ouvert, vidé, lavé.

Sur le feu, une poële où grésille la graisse s'emplit de foie coupé en morceaux, saupoudré d'aïl et de persil hachés menu ; sur des charbons ardents grillent des tranches pantelantes pour le déjeuner des assistants ; sur la table, couverte d'assiettes rouges de Lahitte, sont posés aux deux bouts un broc (pichet), suintant de pique-tout. Avant de se mettre à table, a lieu le soufflage de la vessie, que les plus vigoureux essayent, tour à tour, de gonfler le plus vite et le mieux : plus tard, remplie de graisse, elle prendra place dans une assiettte, à côté des pots de confit.

Vite, une assiettée de sel ! crie quelqu'un. Le plus inexpérimenté du groupe apporte le condiment demandé, sur lequel on étale un morceau de sphincter. Les bruyants éclats de rire de l'assistance font comprendre à l'empressé qu'il a été berné. Et, pendant le déjeuner qui se prolonge dans cette atmosphère chaude et grasse de viande fraîche, on cause tapageusement de l'assiette au sel, de la beauté du lard, de l'abondance de la graisse. Le voisin n'a pas une jolie pelade, son cochon ne mangeait plus depuis qu'une telle lui avait jeté un sort.

A ces propos, la ménagère mêle toujours quelques mots de regrets sur l'animal appendu, pauvre bête ! vite enfouie sous une bouchée.

Le soir, les boules de farine et de sang savoureuses, le boudin parfumé qui ont mijoté dans un immense chaudron de cuivre s'étalent, s'enroulent sur un lit de paille fraîche et luisante, dans un vaste panier d'osier. Puis, lentement, en fin nuage doré par les flammes qui lèchent les flancs noircis du chaudron, la cuisinière laisse tomber la farine odorante de maïs dans l'eau rougeâtre. De la main libre, armée d'une spatule en bois, elle tourne la pâte jusqu'à consistance. Quand les plats du vaisselier ne suffisent pas, on étale sur des serviettes la pâte mouchetée de débris de viande dont on se régale pendant huit jours.

Le dépeçage a lieu deux jours après. Un morceau délicat, le filet, est réservé pour les présents au curé et au notable protecteur de la famille.

Le carnaval

Le mardi-gras est chômé dans les campagnes.

Dès le matin, le tambour et la grosse caisse appartenant à la commune, remisée depuis le tirage au sort, sont de nouveau soumis à une rude épreuve. Les coups de mailloche, vigoureusement appliqués, accompagnent en cadence les ras-flas d'un tapin d'occasion. C'est le signal : de chaque maison sortent avec mystère des travestis indescriptibles. Au milieu de vieux uniformes apparaissent des femmes fantastiques, des bossus inimaginables, des sauvages plaqués de feuilles de lauriers, des carême-prenants hérissés de coques d'escargots.

Bras-dessus, bras dessous, tout cela chante, saute, hurle, dans la gaieté unsouciante, heureuse des vingt ans !

Carnaval est arrivé,
Verse du vin, verse du vin !
Carnaval est arrivé,
Verse du vin, garçon !

Après avoir fait plusieurs fois le tour du village, fait courir Carnaval, reçu à chaque porte des cadeaux en nature : œufs, lard, vin, qui seront servis au repas que les jeunes gens feront le dimanche suivant, acceptant partout des crêpes, dont quelques-unes fortement épicées et doublées d'étoupe, des régalades de pique-tout, on procède au jugement de Carnaval. Le tribunal est vite formé : président, assesseurs, accusateur, aucun magistrat ne manque, sauf le défenseur. Carnaval, crevant de la paille dont il est bourré, est toujours condamné à être brûlé et le jugement exécuté au milieu d'une farandole que le vin blanc porte au paroxysme, avec accompagnement du chant traditionnel (dont voici la traduction) :

Adieu pauvre, pauvre, pauvre,
Adieu pauvre Carnaval
Tu t'en vas, et moi je reste
Adieu pauvre Carnaval
.

Le Tantum Ego est alors chanté dans mainte église villageoise sur cet air, composé, dit-on, au XVIe siècle par Palestrina, pour la Passion.

Le carême

A ces jours de fêtes, de folles et rudes réjouissances, succédait un carême d'une rigueur extrême, d'une austérité primitive. Les ustensiles de cuisine étaient fourbis ou achetés séparément.

Des priseurs, par esprit de mortification, déposaient leur tabatière qu'ils ne reprenaient qu'à Pâques.



3 - Mars :

Direction des orages : Pour connaître de quel point de l'horizon arriveront les orages, il faut, lorsque la cloche annonce l'élévation, pendant les messes célébrées le jour des Rameaux, se placer sur la rue, le mouchoir de poche déployé dans la main élevée et observer les mouvements que lui imprime le vent. On obtient ainsi le renseignement désiré.

Il est facile d'observer la durée de cette croyance.

Chaque ménage fait bénir un rameau, qui aura été plus ou moins orné selon le goût, la fortune et l'habitude locale, mais c'est le plus petit nombre. Des branches seront placées dans la maison, les granges, les champs, au chevet du lit et sur le cercueil.

Pendant l'orage, on jettera quelques branches au feu.



4 - Mai :

Les petites chapelles (las caperetos) : Les enfants conservent l'habitude à Vic, de dresser à l'angle des rues, dans les passages fréquentés, les dimanches du mois de mai seulement, de petites chapelles. Ils implorent, ensuite, pour leur entretien, la générosité des passants.

Après avoir recouvert de serviettes le dossier et le siège d'une chaise, ils les piquent de fleurs printannières. Plaçant ensuite une statuette de la Vierge sur cet autel improvisé, ils l'entourent de bouquets, de gravures d'Epinal aux couleurs voyantes, d'images de sainteté sous verre. Nous y avons vu la photographie de personnages politiques. Cette petite chapelle est quelquefois entourée de jonchées.

Le matin de l'Invention de la Sainte-Croix (3 mai), les "estivandiers" se rendent ou plutôt se rendaient chez les propriétaires dont ils devaient rentrer la récolte ; celui-ci leur servait une plantureuse et substantielle omelette au lard. Ils avaient assisté à la messe et fait bénir de petites croix de bois qu'ils allaient planter dans les champs après déjeuner. Ces croix minuscules devaient préserver la récolte de la grêle.

Pour garantir également les récoltes de la grêle, les "estivandières", à l'approche ou à la saison des orages, plaçaient au bout des champs des coques d'œufs contenant de l'eau bénite.



5 - Juin :

La halholo : La veille de la Saint Jean, des feux de joie (halholo) brûlent dans tous les villages de la plaine, brillent sur les points culminants des coteaux du Rustan et de Vic-Bilh, scintillent, perdus dans le crépuscule, jusqu'à la chaîne des Pyrénées.

A Vic, le bois nécessaire pour le feu de la Saint-Jean est payé par la municipalité, dix francs environ ; un cantonnier dresse le bûcher.

C'est processionnellement, clergé en tête, au son des cloches, que les vicquois se rendent à la halholo, emportant des gerbes de lis et de fenouil, de camomille et autres fleurs champêtres, dont l'odeur âcre et forte se mêle à celle des foins que l'on rentre en hâte, à grands chars.

Le populaire, qui parodie tout, parodie l'hymne de Saint-Jean.

Notre Jeanne
a tué les oies
leur a tiré
les os
.

Le bûcher, demi consumé, le clergé rentre presque seul à l'église.

Alors, commence une autre cérémonie : les porteurs de fleurs se pressent autour du foyer les passant sur les flammes mourantes, d'autres se précipitent pour arracher les tissons à demi calcinés, quelques-uns se livrent à un véritable pugilat pour emporter une branche encore brûlante pendant que les plus agiles franchissent le foyer mourant pour se préserver des maladies ; des fleurs de toute sorte, on tressera des croix que l'on fixe sur la porte extérieure de l'habitation. Ce talisman préservera la famille des maléfices des sorcières ; un fragment de charbon jeté au feu pendant l'orage garantira la maison de la foudre.

Culte des fontaines et des pierres

Nous connaissons trois fontaines, qui sont encore ou ont été renommées pour la guérison des plaies ou maladies cutanées principalement, mais dont la vertu curative n'a d'effet qu'à la Saint-Jean.

1) - la fontaine de Gleyze-Vieille où les habitants de Sarriac (près de Rabastens) se rendaient en procession avant le lever du soleil, le matin de la Saint-Jean.

2) - Celle de Saint Ezzelin, à Lahitte-Toupière; - A Larreule, on prononce Saint Echeli.

3) - Enfin, à Ponson-Debat-Pouts, sur la route de Séron, la fontaine de Carbouère.

On croit vivement, dans les campagnes, que les maladies cutanées, si fréquentes autrefois, étaient guéries après une promenade du malade, tout nu, durant la nuit de Saint-Jean, dans les avoines couvertes de rosée.

Les bestiaux que l'on fera passer dans les pâturages avant le lever du soleil n'auront à redouter aucune maladie.

La médecine populaire utilisait et a recours encore aux pierres sacrées. Certaines maladies infantiles, mal de sainte-Rose, mal gras, croûtes laiteuses (impetigo, eczéma), sont guéries par le toucher ou le port d'un vêtement qui aura été frotté à la pierre. Telle est la pierre de Sent-Cristàu, à Bentayou-Sérè.

Un enfant chétif grandira après avoir passé dans la voutelle ménagée sous la chasse de sainte Libérate, qui se trouve dans l'église de Mazères-de-Rivière-basse, près de Castelnau.



6 - Juillet :

Depuis l'invasion du phylloxera et des maladies de toute sorte qui ont atteint la vigne, on ne voit plus de nombreuses bandes de montagnards, de Béarnais et de Bigourdans se diriger à pied vers l'Armagnac à l'époque des vendanges.

De petits groupes de Béarnais, la besace au dos, la faucille sur l'épaule, le parapluie en bandoulière, pieds nus, des paquets de hardes sur la tête, viennent au moment de la moisson louer leurs bras dans les rares métairies de la plaine de l'Adour, qui n'utilisent pas encore les moissonneuses mécaniques.



7 - Août :

La Saint-Roch

Notre-Dame d'Août met en fête les laboureurs de Vic. Avant de se réunir en un banquet, ils se rendent en cortège à la grand'messe, sous la conduite des deux plus anciens ; l'un porte une houlette ornée d'épis de blé, l'autre un pain béni surmonté d'une petite charrue en sucrerie. A l'aller et au retour, des ménétriers précèdent le cortège.

C'est à la Saint-Roch (16 Août) que se paie la ferme des labourables, à Noël celle des prairies, celles des vignobles à Pâques.

Le matin de ce jour, les laboureurs font bénir leurs bestiaux.

A l'entrée de plusieurs villages de Bigorre, surtout dans la plaine, on rencontre sur le bord du chemin de petites chapelles. L'un des côtés n'est fermé que par une grille de fer ou de bois qui laisse apercevoir un autel rustique dédoré. A travers les barreaux, les paysannes allant aux champs y jettent un gros sous qui payeront les cierges et les guirlandes de la Saint-Roch prochaine.

Parmi ces chapelles, qui ne s'ouvrent qu'une fois l'an, nous citerons celle de Bernac-Debat, de Momères et d'Ordizan.

La Saint-Barthélémy

Revêtue de ses plus beaux habits de fêtes, la population entière de Vic, riches et pauvres, jeunes et vieux, se rendait à Baloc, le jour de la Saint-Barthélémy.

Indépendamment du sentiment religieux qui portait les Vicquois à assister aux offices de cette chapelle isolée dans les champs, cette fête était pour les vieillards le but d'une promenade charmante, pour les jeunes l'occasion de gracieuses rencontres, pour les uns un jour de repos dans cette accablante saison de travaux agricoles, pour tous enfin le prétexte de faire un bon dîner sur l'herbe.

Aux abords de l'église, aujourd'hui disparue, à l'ombre des chênes séculaires, abrités du soleil par les ormes touffus, des cabaretiers installaient leur cuisine fournie exclusivement d'oies et de canards, rôtissant en plein air à la flamme claire de branches d'érables enlevées des vergers voisins. Au fumet des viandes rôties se mêlaient le parfum troublant de l'encens, les senteurs balsamiques des plantes sauvages croissant abondamment en ce lieu.

A l'issue de la messe, les Baloquins d'un jour, amis et voisins, se rejoignaient et, pendant que les groupes se formaient mettant en commun les provisions apportées de la maison, les boulangères, le panier sur la tête, offraient des choynes, les rôtisseurs vendaient leurs volailles, les marchands de vin, dont les barriques étaient mollement couchées à l'ombre des saulaies, circulaient, le broc à la main.

A l'office de l'après-midi, la joyeuse population s'égrenait sur la route de Vic, en longue file, au milieu des hautins dont les croubis, au grain serré, les rousiats à longue grappe commençaient à se développer, devisant de la récolte future, des évênements de la journée.

Combat de bergers

Cette paisible journée de prières et de festins avait une contre partie qui revêtait un caractère exraordinaire de sauvagerie.

Les pasteurs de Vic et des villages voisins avaient l'habitude de se rendre également avec leurs nombreux troupeaux à Baloc le jour de la Saint-Barthélémy. Se rencontrant à l'abreuvoir, dans un pâturage ou sur un sentier, ils échangeaient des injures, s'excitant du geste, se lançant des pierres et finalement en venaient aux prises pendant que quelques camarades s'efforçaient de mêler les bargueros (réunion de plusieurs troupeaux) d'entraîner le plus grand nombre de bétail qu'ils considéraient de bonne prise.

Il y a quelques années encore, les combats de bergers n'étaient pas rares de juillet à fin octobre, époque où parquant leurs troupeaux ils vivent sous la tente.(palhasso) (faite de paille et de toile bise, le berger dort roulé dans des peaux de mouton.)

Si, actuellement, les pasteurs ne se livrent plus des assauts de bâton meutriers, ils échangent des gros mots et constatent parfois la disparition de quelque mouton qui aura été mangé sans doute au parc voisin [...]



8 - Septembre :

Teillage du lin (Barguero)

Naguère, chaque paysan de Montanérès filait avec ses domestiques des deux sexes le lin de ses champs, la laine de ses toupeaux. On n'entend plus que dans de rares et misérables chaumines le tac, toc-toc du métier à tisser (telè), et dans quelques villages, repercutés par les échos des grands bois, le cliquetis des broies (barguo).

Le teillage du lin est l'occasion de joyeuses réunions. Le lin est apporté aux ouvrières formées en cercle, par la personne chargée de le faire chauffer sur un four improvisé pour en faciliter le teillage, et toute la journée, langues et palettes marchent également en cadence, jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Le dernier soir, un battement particulier des broies, une "poste" tengué la posto, prévient les jeunes gens du village que les ouvrières vont souper. - La nourriture et l'assistance réciproque sont le seul paiement de ces journées de travail. - Et, bientôt, des nombreux sentiers de la lande, des carrefours du village, débouchent les jeunes gens venant à la rencontre de leur "promise". Ces soirées sont souvent terminées par un bal au clair de lune ou sur l'aire d'une grange, à la lumière fumeuse d'une chandelle de résine, au son de la flûte à trois trous et du tambourin.

Les vendanges

Une grande partie du territoire agricole de Vic était couverte de hautins ou vignes hautes nécessitant des gardes spéciaux, une réglementation particulière.

Nos ancêtres nous ont laissé, avec quelques-unes de leurs pratiques religieuses et coutumes de la vie intime que n'ont pu faire disparaître les invasions successives, la méthode culturale de la vigne haute.

Les vignerons que l'on appelle coupeurs revêtent, pendant l'hiver, un costume particulier : une longue camisole blanche ou bleue, boutonnée au col et aux poignets, serrée à la taille par une ceinture en cuir soutenant sur le derrière une petite peau de mouton (périssou), et le crochet en fer où se fixe la serpette ; sur le devant, un étui en bois ou fait d'une corne (coup), dans lequel se place le sécateur. De gros sabots chaudement fourrés de paille, des guêtres boutonnées jusqu'au genou par dessus le pantalon de bure, complètent ce vêtement avec le béret ou la calotte tricotée pour coiffure. Pendant les grands froids, le vigneron revêt, par dessus la camisole, un grand tablier, fait d'une peau de mouton, qui tombe au dessous des genoux et, sur le dos, une autre peau tombant aux mollets.

Rien d'aussi pittoresques que le départ des vignerons, portant sur leurs épaules le trépied (crabo) leur permettant d'atteindre les hautes branches, avec le faisceau d'osier rouge ou jaune préparé, la veille au soir, à la clarté douteuse d'une chandelle de résine, le bissac en toile blanche en bandoulière, la barillet se balançant au bout d'un bâton. Le soir, au retour, l'allure alerte du matin est alourdie du poids d'un énorme fagot de bois.

Les sarmenteuses revêtent une casaque et un tablier blanc d'étoupe.

Le dernier jour de travail, qui est effectué le plus souvent à la tâche, rarement à la journée, la maître offre un morceau de charcuterie, que sarmenteuses et vignerons font cuire et mangent dans la vigne, arrosé d'un barillet de vin offert également par le maître et assaisonné de gaudrioles. Si un berger passe dans le voisinage, il est invité et paye son écot avec quelque histoire graveleuse.

La fixation de la date des vendanges par l'assemblée communale sur le rapport d'experts spécialement nommés à cet effet, n'a plus lieu à Vic depuis longtemps. Le ban des vendanges, publié à son de trompe, divisait le travail en petites et grandes vendanges. Les petites vendanges, durant deux ou trois jours, commençaient les premières, étaient celles des vignes basses.

Les ouvriers recevaient quelques sous pour leurs journées et la nourriture quotidienne consistant en soupe, haricots, fèves, mouton, fromage et pain fait du blé le plus chargé de vesces, avarié, dont vient la locution : pa de brenho, [crossier comme du] pain de vendange, - usitée pour désigner quelqu'un de grossier.

Dès le matin, sur des chars portant d'immenses cuves, se pressent les ouvriers de tout âge, criant, jurant, s'interpellant avec leurs camarades juchés sur d'autres chars, lançant, dans le rude patois local, des lazzis au bouvier maladroit qui frôlera leur voiture.

Les hautons, où il était sévèrement introduit de s'introduire, clos d'impénétrables haies, sont ouverts à tout venant, sont envahis par des bandes joyeuses et bruyantes, pendant qu'en ville retentissent sonores les coups de maillet des tonneliers rajustant la futaille : le vin ruisselle dans les pressoirs, jaillit sour les pieds des fouleurs (roulhayres), qui se plongent jusqu'aux genoux dans ce bain onctueux du divin liquide, emplissant l'air d'une réconfortante odeur ; le va et vient des chars aux cuves débordantes de grappes, continue sur les routes ombragées de noyers.

La récolte terminée, des pampres de croubis sucrés, de rousiats dorés, de crouchen juteux, mis en réserve, on entoure la dernière cuve de festons capricieux, on tresse des couronnes, on forme des croix que l'on fixe sur les smalès plantés au sommet de la cuve. Puis, le jour de la fête de Saint-Martin, patron de la commune de Vic, des vignerons pieux attachaient à la main droite de la statue du saint évêque, placée dans une niche surmontant la porche de l'église paroissiale, une grappe de raisin, ainsi qu'à la statue en ronde-bosse qui décore le maître-autel.



10 - Octobre :

Dépouillement du maïs

(D'après M. John Labusquière - Chroniqueur du Radical)

"Dépouiller le maïs, c'est non pas un travail, mais une fête, au moins dans les villages gascons.

Quand vient la nuit, les voisins arrivent et s'installent dans le coin de grange où sont déposés les épis de maïs. Une lampe fumeuse accrochée au mur, éclaire mal, laissant tout et tous dans une demi-obscurité propice aux caresses, aux bourrades, aux vols de baisers.

Les places sont vite choisies. Les vieux et les vieilles dans un coin, les jeunes gens et les jeunes filles dans un autre, chacun à côté de sa chacune.

Et les chansons, le contes des veillées commencent. Les plus vieux contes, les plus vieilles chansons chevrotées par les doyens et les doyennes qui semblent prendre à cœur d'émoustiller, par leurs gauloiseries, les amoureux et les amoureuses.

Entre temps, les tournées de vin nouveau qui grise et des chataîgnes bouillies savoureuses.

Et la lampe est parfois bien longue à se rallumer...."

C'est pendant des longues soirées que jeunes et vieux rivalisent dans le jeu de devinettes, la plupart inspirées et formulées instantanément ; c'est durant ces veillées interminables que l'on entend égrener un recueil de chansons qui vont s'oubliant, disparaissent devant les inepties rapportant du "beuglant" du chef-lieu.



11 - Décembre :

Guiroundèu

Une grosse souche de bois ou un tronc d'arbre, mis en réserve dans le courant de l'année, est jeté au feu. Pendant que la famille rangée en cercle devise des récoltes en terre, du cours du bétail, la ménagère soigne, attentive, la cuisson de l'estouffat (bœuf à la mode) destiné au réveillon ; les enfants courent de porte en porte chantant des fragments de vieux noëls, et leur demande finale : Damm'e lou guiroundèu Lèu, lèu; - Donnez-moi le guiroundèou - vite, vite - est toujours exaucée. Fruits, chataîgnes, épis de maïs, emplissent peu à peu les bissacs. Quand par extraordinaire une porte reste close ou qu'un refus lui est adressé, la marmaille formule un souhaite redouté par bien des gens : Caguèro mourtàu dinqu'a l'aute Nadàu. - Diarrhée mortelle - jusqu'à l'autre Noël.

Nul audatieux n'oserait, le soir de Noël, entrer dans une étable sur le coup de minuit : il paierait de la vie des bestiaux priant agenouillés.

"A Soulagnets, près de Bagnères-de-Bigorre, avant ou durant la messe de minuit, un dialogue rustique, naïf et animé de la façon la plus pittoresque, a lieu sous le porche de l'église entre des bergers se rendant à l'étable de Bethléem pour adorer le nouveau-né. Il fait froid, ils entrent. Puis l'un des acteurs met le nez à la porte de l'église et se retirant la referme aussitôt, accompagnant son action de l'expression si parlante "Atcho, qu'a tourrat" - Atch ! il a gelé - L'objet de la fête, la naissance de l'enfant Dieu constitue la trame du pieux entretien et rend à merveille, sinon la couleur locale des mœurs juives, du moins les habitudes agrestes de Soulagnets".

"Les agneaux enguirlandés, qui conduisent les bergers, sont atttachés près de l'autel pendant l'office
".

Des Litornées ou dejeuners aprez la messe de minuit - LX. - Il est defendu à toutes personnes, tant hommes que femmes, de donner des dejeuners d'apparat la nuit au retour de la messe de minuit, à autres qu'à leurs filleuls et filleules, à peine de cins sols morlas envers le seigneur, de cinq sols moins un denier envers les gardes et de vingt deniers envers les gardiens.

Dans leur compte de 1587, les marguilliers de l'église Saint-Martin de Vic, portèrent une dépense de 25 sols, payés aux joueurs de violon la nuit de Noël.





Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
Bulletin de la Société académique
des Hautes-Pyrénées - 1892 - Au pays de Bigorre.
Société académique
des Hautes-Pyrénées



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© Marie-Pierre MANET







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