La monographie de 1887 de Pujo
Hautes-Pyrénées
département 65.

(ADHP - Monographie établie en 1887)




00036426
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Note en première page de la monographie :
Ce travail fut demandé aux instituteurs par le Recteur pour l'exposition scolaire
de Toulouse.Renvoyées ensuite à Tarbes, les monographies furent
déposées aux archives de la Préfecture
où elles sont actuellement.



I


La commune de Pujo est située dans la partie centrale du canton de Vic-Bigorre ; elle est bornée au nord par les communes de Vic et de Camalis ; à l'est, par celles de Villenave et de Marsac ; au sud par celles d'Andrest, de Siarrouy et de Talazac et à l'ouest par la rivière de l'Échez et la commune de St Lézer.

Sa forme est celle d'une figure de cinq côtés ; sa plus grande longueur, de l'est à l'ouest, est de 2900 mètres ; sa largeur moyenne, du nord au sud, est de 2300 mètres ; sa superficie est de 520 hectares, 38 ares, 77 centiares.

La distance aux chefs-lieux de canton d'arrondissement et de département est respectivement de 5 et de 12 kilomètres.

La surface de la commune présente un aspect peu varié : on y voit seulement un coteau boisé de 100 mètres d'élévation qui se dirige du sud au nord et qui borde, à l'ouest, une belle plaine formant, à peu près les trois quarts de la surface totale, arrosée par la rivière de l'Échez dont le débit, dans les eaux moyennes, est de 40 mètres cubes par minute.

Cette rivière aux eaux claires roule sur un lit de gravier ; elle est mal encaissée, encombrée de sables mouvants, sujette à des crues subites, dont les effets sont désastreux.

Le seul canal qui traverse le territoire est le canal dit du moulin qui a dû être creusé à une époque fort reculée ; il emprunte ses eaux à l'Échez, passe dans le village où il alimente deux usines. Il appartient à M. Paul Labat qui en paie l'impôt foncier pour un développement de 2500 mètres.

Il existe encore deux ruisseaux : le ruisseau du Vieux chemin qui passe aussi dans le village et le ruisseau d'Hugues qui délimite, en partie, le territoire à l'est. Ces ruisseaux sont presque à sec pendant l'été.

La surface occupée par tous les cours d'eau, grands, petits, est de 7 hectares 84 ares environ.

Les eaux potables de la localité sont généralement d'une limpidité parfaite ; elles sont incolores, légères et dépourvues d'odeur.

L'élévation de la commune au dessus du niveau de la mer est en plaine, de 238 mètres 553 milimètres, d'après le nivellement fait par le service des Chemins de Fer du Midi.

Le climat en est beau et la température assez douce ; les vents dominants sont les vents de mer (sud-ouest) chargés d'humidité. Le village est très sain, grâce à sa situation quelque peu élevée par rapport aux communes environnantes.

II


La population, d'après le dernier recensement (1886) est de 527 habitants. Ce chiffre tend à diminuer encore par la raison que l'instruction agricole n'étant pas suffisamment répandue dans les campagnes, l'habitant ne s'attache pas assez à son champ qu'il abandonne pour se rendre à la ville où il croit que la fortune l'attend.

Le territoire communal est divisé en trois sections ; A, B, C, ainsi que le plan l'indique : la 1 ère dite d'Hugues, comprend toute la partie est ; les deux autres, dites de Las Marques et de Ceriza comprennent toute la partie ouest ; la section B est la moins étendue.

Le nombre des quartiers, ou lieux dits est de 13, savoir : la quartier d'Hugues, de la Palette, et de Saint Nicolas compris dans la section A ; le quartier de la Souquette, de Gascor, de Latille, de las Marques, du Barraou, du Cap dou Pount forment ensemble la section C ; la quartier de Barablé, de Rubat, de Sendés compris dans la section B ; enfin l'enceinte du village, qui est la partie bâtie, formant un tout aggloméré.

Le nombre des maisons est de 134 et celui des ménages de 141.

La commune est administrée par un maire, assisté d'un adjoint et par un conseil municipal composé de 12 membres. Comme fonctionnaires, il y a un instituteur laïque et une institutrice congréganiste, un secrétaire de la mairie et un garde-champêtre.

La commune est desservie pour le culte par un prêtre catholique, pour les finances par un percepteur receveur municipal en résidence à Vic-Bigorre, quoique Pujo soit le chef-lieu de sa Réunion et pour les Postes et Télégraphes par le Bureau d'Andrest (Hautes-Pyrénées) avec Télégraphe à service complet à la gare de cette localité.

La valeur du centine le franc, pour l'année 1886 est de 0,12828, le montant des revenus ordinaires s'élève à la somme de 8500 francs.

III


Pujo est un village essentiellement agricole : les céréales qui occupent plus de 240 hectares produisent 5995 hectolitres environ dont 3200 hectolitres de blé, 770 hectolitres de maïs, 220 hectolitres d'avoine, 1700 hectolitres de pommes de terre, 45 hectolitres de haricots, 30 hectolitres d'orge, 20 hectolitres de fèves et 10 hectolitres de pois. Comme on le voit, le blé est la culture principale.

Les seules cultures industrielles sont le tabac qui couvre 4 hectares et rend 4000 francs, soit 1000 francs par hectare et le lin cultivé sur une surface de 1 hectare qui produit de 8 à 10 hectolitres de graine environ.

Presque tous les laboureurs cultivent les champs de leurs pères absolument de la même manière que leurs pères les cultivaient. Esclaves de la routine, ils ne veulent pas sortir de l'ornière qu'on suivie leurs devanciers. Comme ils ont reçu les champs, ils ont reçu les méthodes, les procédés ; pour tout au monde, ils ne s'en écarteraient pas ; néanmoins, grâce à la nature du sol et à l'harmonie de ses parties constituantes, ils obtiennent des récoltes profitables qui seraient bien supérieures s'ils voulaient s'inspirer des doctrines qui régissent l'art agricole. Espérons que la création de comices et de sociétés agricoles, qui sont aujourd'hui au nombre de plus de 800 en France, l'établissement des concours régionaux et des expositions et surtout l'introduction de l'enseignement agricole dans les écoles primaires vulgariseront les bonnes méthodes et répandront chez nos cultivateurs le désir du progrès.

Les Bois ou Forêts dont les essences dominantes sont le chêne et le châtaignier couvrent plus de 96 hectares soumis au régime forestier et fournissent des bois d'œuvre et des bois à brûler pour une somme annuelle de 2500 francs.

La surface occupée par les vignes est de 125 hectares environ ayant produit, l'année dernière, 150 hectolitres de vin seulement représentant une valeur de 7500 francs.

Le phylloxéra n'a pas encore fait son apparition ici (du moins il n'a pas été officiellement constaté), mais il est à nos portes (St Lézer, 4 kilom.) et ne tardera pas, je pense, à envahir nos vignobles, déjà si cruellement éprouvés.

La commune possède 300 têtes de gros bétail : c'est une moyenne de 60 animaux par kilomètre carré, l'espèce chevaline est largement représentée : elle compte 70 animaux de pur sang et de demi-sang, et cette industrie est pour les éleveurs une source de revenus considérables. On compte aussi deux troupeaux de bêtes à laine appartenant à une race commune. Le poids total de laine s'élève à 268 kilogrammes que le lavage réduit de la moitié.

Les porcs dont la viande et la graisse jouent dans l'alimentation publique un rôle de plus en plus important sont au nombre de plus de 300.

L'éducation de la volaille tient dans l'économie rurale une place considérable.

Le gibier apporte un bien petit contingent à la consommation et au commerce locaux, il y a à peine 3 ou 4 chasseurs qui ne se livrent à l'exercice de la chasse que dans leurs rares moments de loisir ; le gibier manque ; quant à la pêche fluviale, elle ne présente pas non plus d'importance ; nos cours d'eau sont dépeuplés.

Il existe dans le village deux usines hydrauliques réunissant sous le même couvert, l'une un moulin à farine, une scierie et une batteuse ; l'autre un moulin à trèfle et une scierie.

On construit, en ce moment, sur la rivière de l'Échez au passage du chemin allant au Bois, dans la direction de Talazac, un pont en maçonnerie à 100 mètres en aval du pont actuel qui est en bois.

La commune est traversée dans l'enceinte du village par la route nationale nº135 ; quinze autres chemins de service parfaitement entretenus assurent une circulation facile.

La ligne de chemin de fer de Bordeaux à Tarbes passe dans le village ; il existe une halte où s'arrêtent deux trains chaque jour ; la route nationale dont il s'agit relie la commune aux chefs-lieux de canton, d'arrondissemnt et de département.

Quatre voitures publiques de la localité transportent du monde aux marchés de Vic et de Tarbes, mais le plus grand nombre des voyageurs, profitant du prix réduit, prennent le chemin de fer.

Pujo possède deux épiceries, un bureau de tabac, une boulangerie, une boucherie et trois débits de boissons.

Les mesures anciennes sont complètement disparu ; on parle cependant encore du Journal, mesure, de surface qui vaut 22 ares 43 centiares.

IV


Des recherches que j'ai faites à la Mairie et ailleurs il résulte que Pujo n'a vu naître aucun personnage célèbre et qu'il n'existe aucun document établissant son histoire, je ne puis non plus indiquer l'étymologie probable du nom, je me contente de dire que Pujo se prononce Puyo en idiome local, ce qui signifie monte en français (verbe monter).

Les habitants parlent patois, leur idiome est une corruption de la langue des Romains et un mélange plus ou moins fort des mots celtes et grecs ; il est sonore, rapide, expansif et plein de belles images ; il se prête admirablement aux fictions de la poésie. On le parle dans toutes les familles : cela se conçoit aisément ; les premiers sons qui frappent l'oreille des enfants sont patois ; leurs premiers accents le sont aussi à la sortie du berceau. Comment oublier ce langage ?

Le caractère des habitants est généralement bon et surtout plein de franchise et d'indépendance. Chez eux, point de détours, point d'ombrages, point de paroles étudiées et canteleuses, armes favorites de l'hypocrisie et de l'astuce ; chez eux aussi, point d'allures courtisanesques et suppliantes, point de courbettes devant le pouvoir. Comme les chênes de leurs contées, ils aiment mieux rompre que plier. Hommes d'une écorce un peu dure, mais excellents au fond.

Leurs mœurs sont loin d'être aussi pures et aussi fraîches que la nature qui les environne : le vent de l'égoïsme a passé par là comme partout ailleurs.

Quelques-uns ont pieusement conservé comme un trésor le dépôt des traditions, des récits fantastiques ; ils croient aux sorciers, aux revenants, aux sortilèges. J'en ai vu qui, frappés de certaines maladies vainement combattues par la médecine, en attribuaient l'origine au pouvoir infernal par l'entremise d'une sorcière et avaient recours au crédit des magiciens de la contrée pour détruire le charme. Il y a dans ces âmes naïves une foi vivace, ardente, mais aveugle. Un peu plus de lumières et des préjugés tomberont.

Danses:
On en connaît plusieurs à Pujo, mais la walse et la contredanse sons les plus insitées. La première y est en usage avec ses diverses dénominations ; la seconde se danse à quatre : deux cavaliers et deux dames. Il est peu de villages où les femmes dansent avec autant de grâce et de légèreté qu'ici ; elles semblent avoir été douées d'un talent particulier pour cet excercice qu'elles aiment beaucoup et qui sert à les faire remarquer, en leur facilitant l'occasion de donner l'essor à ces mouvements pleins de charmes qui attirent tous les cœurs. Je m'empresse d'ajouter que les danses ne tournent en aucune manière à la perte des mœurs. Les jeunes demoiselles n'y vont jamais qu'accompagnées de leurs parents et la modestie et la décence président toujours à ces aimables réunions qu'animent le plaisir et la folie.

Mariages:
Je n'en aurais pas parlé si une coutume fort étrange n'était établie à leur sujet. Un homme qui convole en secondes noces est tenu de payer aux jeunes gens de l'endroit une somme proportionnée à sa fortune, l'usage l'exige ; il doit s'y soumettre. Ce n'est qu'à ce prix qu'il pourra paisiblement célébrer son mariage. S'il lui prend fantaisie de vouloir faire la récalcitrant, voilà qu'une seconde jeunesse s'arme aussitôt de cors et de sonnettes et vous assoudit d'un tintammarre affreux les oreilles du pauvre diable. Cette singulière coutume s'appelle en patois du pays, le Caillaoriari (charivari).

Funérailles:
Elles donnent lieu à un usage que les habitants observent encore. Cet usage remonte au berceau de l'antiquité, il a résisté à toutes les secousses de la civilisation et du temps et se maintient dans toute sa vigueur. Lorsqu'une famille vient de perdre un de ses membres, les parents et même les amis se rendent chez elle après l'enterrement et mangent en commun. Bizarreries humaines ! Après avoir bien pleuré, bien gémi durant la sépulture, les braves gens vont faire une collation pour se consoler.

On me fera grâce de quelques autres usages dont le ridicule tient à l'enfance des sociétés. Ils offrent trop peu d'intérêts pour être consignés ici.

Religion:
Les habitants sont tous catholiques et le sentiment religieux vit encore au fond de leurs cœurs.

Costumes:
Les hommes sont, en général, vêtus de laine en hiver et d'habits de toile en été ; ils portent ordinairement un béret bleu ou brun. Ils sont couverts d'une veste courte, d'un gilet et d'un pantalon. On ne porte plus de culottes ; quelques vieillards seuls en ont conservé l'usage. Ils mettent par dessus leurs habits une blouse bleue.

Les femmes sont une mise simple, mais élégante sans luxe ; un foulard forme leur coiffure ; l'hiver, elles le couvrent d'un petit manteau d'écarlate appelé capulet. Ce vêtement leur descend jusqu'à la ceinture. On voit combien ce costume est pittoresque, combien ces couleurs brillantes doivent donner d'éclat à leur physionomie ordinairemnt si fraîche.

Alimentation:
Les habitants mênent, en général, une vie sobre ; ils se nourrissent de pain de blé ou de méteil, de mistra, de pâte, de légumes, de laitage, de viandes salées de porc ou d'oie ; le dimanche et les jours de fête, ils vont à la boucherie, ils consomment beaucoup de café depuis que le vin est chose inconnue dans la maison du paysan.

L'Église:
Est le seul monument du village; sans avoir de bien remarquable, il faut avouer qu'on ne saurait la voir avec indifférence. On remarque ses beaux lustres et surtout ses autels qui sont en marbre blanc.

Un château:
Se dressait autrefois sur un tertre qui domine encore au couchant tout le quartier et qui forme aujourd'hui la propriété du sieur Semmartin qui en détruisit les fondations, il y a 25 ans. Ce château avait appartenu à la comtesse de Bigorre Pétronille. Les Anglais, dit-on, le détruisirent à coups de canon, une nuit que la servante du château, trahissant ses maîtres, aurait placé une lumière au trou de l'évier pour servir de point de mire.

J'ai nommé la comtesse Pétronille dont les habitants de Pujo ont occasion de parler, en racontant comment l'ennemi s'empara du château qu'elle possédait dans le village ; c'est pourquoi, bien qu'elle ne soit pas née ici, je crois devoir rappeler l'histoire de cette comtesse, qui a joué un si grand rôle....

Dans notre pays de Bigorre :

Petite fille de Centulle III, qui avait épousé Matelle, cousine de Alphonse II, roi d'Aragon, Pétronille, privée de ses parents dès l'âge le plus tendre leur succéda au comté de Bigorre. Elle fut retirée par Alphonse, son parent, qui peu de temps après, la maria à Gaston de Béarn, avec constitution du dit comté, sauf l'hommage et sa réversion à la couronne d'Aragon, en cas de décès sans postérité de la part de Pétronille.

Le Gaston dont il est question est le même que celui qui ayant embrassé la parti des Albigeois, se rétracta ensuite en l'an 1215 ; il mourrut peu de temps après sa rétraction.

Pétronille, qui avait encore quatre maris à expédier, épousa en secondes noces, don Nomo, comte dde Cerdagne, petit-fils d'Alphonse, roi d'Aragon. Quelque temps après ce mariage, des raisons politiques, appuyées d'un vain prétexte de parenté, firent prononcer le divorce de Pétronille, qui, par une troisième alliance, passa dans les bras de Gui de Montfort, fils du chef des Albigeois. Gui étant décédé aux guerres de Languedoc, fit place à Aimar de Rançon, quatrième mari de Pétronille ; enfin, en 1228, elle épousa Boson de Mattas, seigneur de Coignac, auquel elle survécut encore. Ces cinq maris de Pétronille, tour à tour comtes de Bigorre, n'offrent rien qui soit digne de l'histoire : on peut seulement dire en passant, que Boson de Mattas, en conservant tous les privilèges et immunités de la province, en accorda deux nouveaux à la ville de Vic. Le premier ayant pour but de mettre fin aux brigandages qui s'y commettaient à cette époque, consistait en ce que, si quelqu'un recevait quelque dommage sur ses biens meubles ou immeubles, soit par force ouverte, soit en cachette, le vicaire (administrateur du comté) du comte auquel il en portait plainte, ainsi que les six juges nommés à cet effet, étaient tenus de le dédommager sur les biens de la communauté, sauf les recours contre le coupable que s'il était découvert et saisi, remboursait d'abord sur ses biens les avances faites par la communauté et était remis, avec le restant, au comte, pour être châtié à discrétion par le second, il était permis à un individu quelconque d'arrêter un meurtrier et de l'ensevelir vivant, sans autre formalité, sous le cadavre de la victime de sa férocité.

Pétronille mourut en 1251, après avoir fait un testament par lequel elle institua pour son héritier, Esquivat, son petit-fils. En cas de décès sans postérité, elle lui substitua Jordain, son frère, et à celui-ci Mate, fille de la testatrice et toute sa postérité. Elle fait dans ce testament, une énumération de tous ses créanciers parmi lesquels on voit figurer, pour dix-huit sols, un Vital Gaston, de Tarbes, auquel cette somme était due pour une paire de souliers que la testrice avait reçus de lui et dont elle avait fait cadeau à la reine d'Angleterre ; mais ce qu'il offre de plus remarquable, c'est qu'à lui remonte la prise de possession, quoique provisoire, du Comté de Bigorre par les Anglais qui ne possédaient encore que la Gascogne. Pétronille y déclare que, depuis trois ans, elle a remis le dit comté entre les mains de Simon, comte de Licestre, lieutenant du roi d'Angleterre, moyennant une rente annuelle de sept mille sols morlaas, somme qu'au nom de Jésus-Christ elle supplie de dit comte de payer régulièrement à ses exécuteurs testamentaires, ainsi que quinze mille cinq cents sols morlaas qui lui sont dus par arrérages. Elle ordonne encore, par cet acte de dernière volonté, qu'on dépose son corps à l'abbaye de l'Escaladieu, à laquelle elle fait don de tous ses vases d'or et d'argent, de ses habits, de ses draps de lin ou de laine et de ses joyaux et meubles précieux, de ses reliquaires d'or d'argent ou de soie, et enfin de ses anneaux et pierres précieuses.

V


La commune de Pujo, ayant compté jadis jusqu'à 700 âmes, il y a lieu de croire qu'elle eût un instituteur longtemps même avant la Révolution ; depuis 1807 environ, il y a une institutrice.

Anciennement, on n'avait en fait de livres scolaires qu'un alphabet et un livre religieux appelé les Heures ; plus tard on mit entre les mains des élèves, l'Imitation de Jésus-Christ, l'Ancien et le Nouveau Testament et l'Histoire Sainte ; outre la lecture, on enseignait l'écriture et un peu de calcul, l'écriture était l'objet de soins particuliers.

Les maîtres de l'enfance recevaient pour tout traitement une mesure de blé (21 litres) pour chaque élève qui fréquentait l'école régulièrement pendant un an. Les leçons qu'ils donnaient à domicile aux enfants des familles aisées étaient aussi payées en nature.

Telle était la situation pécuniaire du personnel enseignant avant la loi de 1833.

Cette loi vint améliorer un peu la position, elle assura en sus un traitement fixe de 200 francs prélevé sur les fonds communaux ; en 1848, ce traitement fut porté à 500 francs ; par la loi du 15 mars 1850, la rétribution scolaire, payée en nature, fut acquittée en argent à la caisse du receveur municipal et le traitement des instituteurs fut de 600 francs ; en 1867 il fut élevé de 100 francs. La loi sur les traitements actuels est du 19 juillet 1875.


Description de l'École des garçons :


La maison d'école des garçons est la propriété de la commune ; elle est située au centre du village sur une place publique plantée d'arbres ; elle a son aspect au levant. Cet immmeuble construit en 1835 et agrandi en 1852, a coûté une somme totale de 13500 francs ; il occupe une superficie de 150 mètres carrés et se compose de 6 pièces, dont 5 à l'usage de l'instituteur, savoir :

Rez-de-chaussée :

Une salle de classe de 8 m 80 de long sur 6 m 40 de large, éclairée par quatre ouvertures, située au midi.
Une cuisine ayant 6 m 40 de long sur 5,50 de large, éclairée par trois ouvertures, située au nord.
Une remise pour le bois de chauffage et qui doit forcément servir de cave, ayant 6 m 40 de long sur 3 m 50 de large, éclairée par une petite ouverture, située au couchant de la cuisine et y attenante.
Le corridor qui sépare la salle de classe de la cuisine et de la remise, a 1,50 de large.

Premier étage :

Une chambre à coucher de mêmes dimensions et ayant le même nombre d'ouvertures que la cuisine, au dessus de laquelle elle se trouve.

Une autre petite chambre à coucher immédiatement au dessus de la remise, sur la partie nord et contigüe à la précédente, ayant 4,10 de long sur 3,50 de large, éclairée par une ouverture. C'est la seule pièce qui soit plafonnée, sa hauteur est de 2,60.

La hauteur de tous les autres appartements est de 3,35.


Le volume de la salle de classe est de 8,80 x 6,40 x 3,35 = 188 m cubes.
Le volume de la cuisine est de 6,40 x 5,50 x 3,35 = 117 m cubes.
Le volume de la chambre à coucher est de 6,40 x 5,50 x 3,35 = 117 m cubes.
Le volume de la petite chambre ` coucher est de 4,10 x 3,50 x 2,60 = 37 m cubes.

Au couchant de la maison d'école est une cour de 14 mètres de long sur 7 mètres de large, au couchant de celle-ci est un jardin d'une contenance de 5 ares 76 centiares, clos par des murs ; la cour et le jardin dépendent de la maison d'école et sont la propriété de la commune.


Description de l'école des filles :


La maison d'école des filles est la propriété de la commune ; elle est située au centre du village, sur la route nationale, elle a son aspect au midi. Cet immeuble, terminé en 1886, a coûté 21000 francs, il occupe une superficie de 195 m carrés et se compose de 8 pièces, savoir :

Rez-de-chaussée :

Une salle de classe pour les petits-enfants, de 7 m 50 de long sur 5;80 de large et 4 mètres de hauteur, éclairée par 4 ouvertures, située au levant.

Une autre salle de classe ayant les mêmes dimensions et le même nombre d'ouvertures que la précédente, située au couchant de celle-ci et y attenante.

Une cuisine de 3,93 de long sur 2,67 de large et 3,40 de hauteur éclairée par une ouverture, située au couchant du pavillon, sur la partie nord.

Une salle à manger de 2,69 de long sur 2;50 de large et 3,40 de hauteur, éclairée par une ouverture, située au midi de la précédente.

Enfin une chambre de 2,75 de long sur 2,50 de large et 3,40 de hauteur, éclairée par une ouverture, située au levant de la précédente dont elle est séparée par un corridor de 1,50 de largeur.

Premier étage :

Une chambre à coucher de 4,25 de long sur 2,50 de large, éclairée par une ouverture, située au couchant, sur la partie nord.

Une seconde chambre à coucher de 4,25 de long sur 4,10 de large, éclairée par deux ouvertures, située au midi de la précédente.

Enfin une autre chambre de 2,50 de long sur 2,35 de large, éclairée par une ouverture, située au levant, sur la partie est du pavillon.

La hauteur de tous ces appartements est de 3,20.

Le volume de la salle de classe enfantine est de 7,50 x 5,80 x 4 = 174 m cubes.
Le volume de la salle de classe principale est de 7,50 x 5,80 x 4 = 174 m cubes.
Le volume de la cuisine 2,67 x 3,93 x 3,40 = 35 m cubes.
Le volume de la salle à manger 2,67 x 2,50 x 3,40 = 22 m cubes.
Le volume du rez de chaussée 2,75 x 2,50 x 3,40 = 23 m cubes.
Le volume de la chambre à coucher du nord 2,50 x 4,25 x 3,20 = 34 m cubes.
Le volume de la chambre à coucher du midi 4,25 x 4,10 x 3,20 = 55 m cubes.
Le volume de la chambre à coucher de l'est 2,50 x 2,35 x 3,20 = 18 m cubes.


Améliorations à réaliser.


Ecole des garçons -
Il serait nécessaire de l'agrandir, le logement de l'instituteur étant insuffisant ; il faudrait au moins deux pièces de plus ; les planchers sont en mauvais état : il y aurait lieu de les refaire tout à neuf et de plafonner les appartements ; il serait utile d'exhausser les rez-de-chaussée qui est humide parce qu'il se trouve en contre bas de la place et de refaire toute la toiture ; on devrait aussi remplacer les tables et les bancs de l'école qui sont défectueux et le mobilier de l'institution qui est bientôt hors d'usage et imcomplet ; il faudrait encore construire de nouveaux lieux d'aisance et un préau couvert.

Ecole des filles -
Ayant été construite récemment, elle laisse peu de choses à désirer ; les seuls travaux à exécuter consisteraient dans l'établissement d'une remise d'un préau couvert et d'un mur de clôture autour du jardin.


Fréquentations.


Les habitants de l'endroit étant tous agriculteurs, occupent leurs enfants aux travaux des champs ; pendant les mois de Juin, Juillet et août, nos écoles sont presque désertes ; mon registre d'appel de l'année scolaire 1885-86 accuse 2587 absences sur 14258 présences possibles ; le registre de l'école des filles constate 6702 absences sur 20016 présences possibles. La fréquentation ne sera régulière qu'autant que la loi du 28 mars 1882 sera appliquée dans toute sa rigueur.

État de l'instruction.


Les habitants ont généralement un peu d'instruction ; les conscrits de la dernière année et les conjoints ont pu signer leurs noms.

Institutions scolaires.


En ce qui concerne les instritutions scolaires, telles que bibliothèque, caisse des écoles, etc..., tout est à créer, la commune, faute de ressources, n'ayant pu venir en aide.

Traitements.


Le traitement de l'instituteur public est de 1200 francs, celui de l'institutrice est de 900 francs.

Sacrifices.


à demander à la commune
Le montant des sacrifices pour améliorer l'école des garçons serait de 8000 francs environ ; une somme de 1800 francs suffirait pour les travaux à exécuter à l'école des filles.
Fait à Pujo, le 8 avril 1887

J. Caussade



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© Marie-Pierre MANET









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