La croissance de Tarbes
au XIXe siècle
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Les quartiers du Nord


[1]C'est dans tous les sens, mais surtout nord et sud, que Tarbes a éclaté au XIXe siècle et son taux de croissance est certainement supérieur à la moyenne réalisée par l'ensemble des villes de notre pays. C'est ainsi que, de 1811 à 1911, d'après les recensements de ces deux années, le chiffre de la population est passé de 7.934 à 28.615.

En relevant le nom des principaux établissements crées au nord de la ville, il y a lieu de remarquer (et la remarque est valable pour les autres quartiers) que leur emplacement était occupé jusque-là presque entièrement par des prairies. Ici, les deux plus grands propriétaires, signalés par les livres terriers et les actes de notaires paraissent avoir été deux grandes familles de noblesse d'Empire : les Clarac et les Péré, dont les noms revivent heureusement dans une place et une rue.

Rue Georges-Magnoac


La rue Georges-Magnoac offre un point de repère éclairant. Elle va de la rue André Fourcade (ancienne rue Péré) à la rue Massey et couvre aujourd'hui le canal oriental qui, venant de la rue du Cimetière Saint-Jean atteint le boulevard Bertrand Barrère, à l'ouest, avant de se diriger vers le nord, à travers des terrains occupant tout l'espace compris entre le rue Massey et la rue Victor-Hugo, autrefois propriété des Clarac, puis de leur gendre Lacaussade.

Au lieu d'être une rue étroite et modeste, sur laquelle n'ouvre que l'arrière des maisons qui la bordent à droite et à gauche, nous aurions là un boulevard, si les désirs du comte Péré, en 1835, avaient été satisfaits. Fils d'un comte de l'Empire devenu pair de France sous la Restauration, il offrait les terrains nécessaires à cette création et déjà les plans étaient faits, quand surgirent les oppositions des riverains et notamment d'un meunier menacé d'expropriation.

Immeubles Saint-Frai et Lamon


L'origine de l'œuvre Saint-Frai vient de la magnifique imprudence de Marie Saint-Frai (1816-1894), qui accueille dans sa maison des malades indigents dont le nombre s'accroît vite, si bien qu'elle doit s'adjoindre plusieurs compagnes pour les soigner. Elle se trouve être ainsi, avec les encouragements de Mgr Laurence et du chanoine Ribes, la fondatrice d'une congrégation religieuse vouée au soin des vieillards. L'établissement s'agrandira, en 1879, par l'acquisition de l'ancien moulin Gascor, près de la rue du Portail-Davant.

Une origine et un objectif analogues doivent être reconnus à l'œuvre Lamon. Marie Lamon (1825-1902) recueille, en 1872, un enfant orphelin, bientôt suivi de plusieurs autres et sa maison s'avérant insuffisante, elle achète un immeuble, rue Saint-Antoine ; complété par des agrandissements, ce sera l'orphelinat Lamon, doté d'une école et d'une imprimerie, pris en main par les Oblats de Saint-Benoît du Père Colombier.

Les œuvres d'éducation


Pour l'éducation des jeunes filles, le couvent du Saint-Nom de Jésus, succédant aux Urselines, chassées par la Révolution, se fixa, en 1827, dans la rue des Petits-Fossés ; c'est aujourd'hui le Cours Saint-Dominique. La municipalité, de son côté, ouvrit une école de filles, rue Saint-Antoine (Eugène Ténot), qui deviendra, plus tard, l'école Normale du département.

Marbrerie Nelli et cimetière Saint-Jean


Une autre création, intéressant le quartier Nord, fut celle de la marbrerie Nelli, dont le nom survit, attribué à une piscine et à un chemin. Fils d'un célèbre marbrier de Carrare, Étienne Nelli se fixe à Tarbes en 1814 et y fonde un atelier de sculpture. Deux de ses fils continueront la profession du père et seront les auteurs d'œuvres estimés.

C'est en 1834 que fut créé sur un terrain acheté au sculpteur Nelli, l'actuel cimetière Saint-Jean. Il sera agrandi en 1860 par l'acquisition de nouveaux terrains et doublé, en 1912, d'une nécropole parallèle. Plus tard, par la suppression d'une rue, les deux cimetières n'en feront qu'un. A partir de 1776, pour se conformer aux lettres patentes du roi, on avait cessé d'enterrer autour de l'église Saint-Jean et un premier cimetière, utilisé jusqu'en 1834 avait été créé à l'emplacement de l'orphelinat Lamon.

L'actuelle prison


Située rue Eugène Ténot, elle fut ouverte aux premiers pensionnaires le 1er septembre 1889. Elle se trouvait, jusqu'à cette date, dans l'ancien château comtal, c'est-à-dire approximativement entre la statue Danton et l'immeuble des Nouvelles Galeries, limitée à l'est par la place de la Portète, au midi par des maisons particulières qui bordaient le rue des Grands-Fossés, à l'Ouest par la rue dite de le Mairie et au nord par la rue du Bourg-Vieux. Un premier projet l'aurait établie à l'extrémité sud de la rue de Gonès, sur un terrain en nature de pré, appartenant au Comte Péré, mais la suggestion fut abandonnée, parce qu'à l'époque on estima que la prison serait trop éloignée du centre de la ville et du palais de justice.

Entre les rue Eugène-Ténot et Jean-Larcher a trouvé place aussi le Carmel, fondé en mars 1870. Ayant d'abord acheté une petite maison, les carmélites de Bagnères essaimèrent à Tarbes et, dans la suite, le domaine s'agrandit par l'acquisition progressive de nouveaux terrains.

Le jardin Massey


Né à Tarbes en 1777, Placide Massey légua, par testament, ce magnifique jardin, de plus de dix hectares, à sa ville natale, en 1853. Ancien directeur des Jardins de la Couronne (de Versailles, du Trianon, de Sèvres et de Saint-Cloud), il résigna ses fonctions vers 1850, s'établit à Tarbes, acheta des terrains, construisit une maison ou il devait mourir (place Borde, école d'architecture) et commença lui-même l'aménagement des terrains en jardin d'agrément et l'édification d'une tour. L'ensemble sera acheté en 1862. Mais le jardin s'agrandira plus tard, notamment par l'acquisition des parcs Berrens et Laurent Tailhade. La bibliothèque municipale vient d'y être très heureusement installée. Dès 1854, la ville, en acceptant le legs de Massey, donna à une rue le nom de ce bienfaiteur. En 1880, sur intervention de la Société académique, le cloître de Saint-Sever acheté par la ville de Tarbes, deviendra l'ornement du jardin Massey.

L'Arsenal


Un lieu était recherché pour la fabrication du matériel de guerre, loin des frontières de l'est, après la défaite de 1870. Le choix du gouvernement se porta sur Tarbes et, en février 1871, le colonel de Reffye y installa, dans le magasin à tabacs de la route de Vic, un atelier de constructions de l'artillerie, en fait une fabrique de canons à balles, dont il était lui-même l'inventeur.

Dès le début, une centaine d'ouvriers furent embauchés et dans la suite le rythme de production de l'établissement, comme celui de l'embauche du personnel, variera selon les circonstances : on comptera (chiffre maximun) 16.000 ouvriers et ouvrières en 1918. Les terrains progressivement acquis atteindront la superficie de 90 hectares. En l'honneur des familles d'alsaciens qui étaient venues s'installer à Tarbes, la municipalité donna à la route de Vic le nom de rue d'Alsace-Lorraine. Pour le service religieux du quartier, et spécialement des familles ouvrières, la paroisse Saint-Jean fit édifier, en 1896, la chapelle Saint-Antoine.

Par ces exemples, on voit concrétement comment se sont développés, ou même créés, au nord de Tarbes, les principaux quartiers.

Il va sans dire que c'est en fonction du percement d'une rue, de l'implantation d'une entreprise ou de la construction d'un établissement soit public, soit privé, que des particuliers nombreux sont venus éditer leur maison en ces lieux, ayant en vue les conditions de leur travail ou toute autre convenance personnelle. La physionomie de Tarbes ne pouvait manquer d'en être transformée.

J.-B. Laffon



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Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
Bulletin de la Société Académique
des Hautes-Pyrénées
Société Académique
des Hautes-Pyrénées - 1971.



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© Marie-Pierre MANET






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