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L'Histoire locale
de la Commune de Bordes
[1]

(ADHP - Monographie établie en 1887)



Sceau
00036426
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Livre écrit à la plume

[1] Bordes est un nom dérivant du bas-latin bordas (métairies, fermes ; ce qui peut donner à croire que ce lieu étant à l'origine un domaine [2] noble, les ancêtres des habitants d'aujourd'hui le cultivèrent par manses ou tenures, moyennant des redevances ou cens.

En 1429, cette communauté comptait trente-un tenanciers, ils payaient leurs tenures chaque année, au premier novembre, tant en nature qu'en argent, aux abbayes de l'Escaladieu, de Saint-Sever-de-Rustan et d'Aureilhan, et aux seigneurs de Peyraube et de Clarac.

Le Censier de Bigorre de cette époque nous apprend que :

"lo loc de Bordes es deu Conte et de l'abat de la scala Diu... Bernat de Bore, Bayle deu Conte, à Tornay demore et no ha nul heretatye en lo loc de Bordes. Guilhem de la Tapia, Bayle de l'Abat...es tengut de pagar cascum an en la feste de Tots Sancts à l'Abat de la Scaladieu XX soos Jaqués, huna carrtère de froment, aute de sibade ; gariat si na...".

Le Comte était Jean Ier de Grailly, comte de Foix et de Bigorre. Il fut favorisé dans ses différents mariages, comme à la guerre. Il eut pour première femme la fille aînée du roi de Navarrre, Charles III ; en secondes noces, la fille du duc d'Albret, Charles III, Connétable de France, enfin, en troisième noces, la fille du comte d'Urgel, Jacques II. Ses exploits militaires sont fort remarquables, contre les Anglais, contre le prince d'Orange qu'il chassa du Languedoc pour en devenir lui-même gouverneur, puis contre les habitants du Comtat-Venaissin qu'il soumit à l'obéissance du pape, et aussi contre le comte d'Armagnac à qui il offrit la bataille ; n'ayant pu l'attirer, il le fit appeler en duel de ville en ville, à son de trompe. Il mourut à Mazères, canton de Saverdun (Ariège) dans la nuit du 3 au 4 mai 1436.

L'Abbaye de l'Escaladieu, fondée au XI siècle à Cap-Adour (Caladur), entre Sainte-Marie-de-Campan et Gripp, fut transférée en 1140 sur le bord droit de l'Arros, sur le territoire qui forme aujourd'hui la communauté de Bonnemazon (canton de Lannemezan). La comtesse de Bigorre Béatrix et son mari Pierre, vicomte de Marsan, ajoutèrent à cette abbaye, de l'ordre de Cîteaux, toutes les dépendances nécessaires, qu'ils offrirent comme une aumône pour la rémission de leurs péchés, et fixèrent les limites des territoires qu'ils donnaient. Ces donations furent confirmées solennellement le 12 septembre 1142 et l'église dédiée en grande pompe à Notre-Dame et aux apôtres Pierre et Paul le 23 octobre suivant.

En 1455, il y eut une transaction entre l'abbé de l'Escaladieu et les consuls de Bordes ; les habitants de cette communauté soutenaient que l'abbé ne pouvait avoir l'habitation dans ce lieu, surtout dans le château. Il fut déclaré que l'abbé en aurait et paierait la taille, à moins que les habitants de Bordes ne donnassent le château à quelque gentilhomme.

Bordes était un lieu du quarteron de Tarbes, situé en pays de Rostan. Il faisait également partie du bureau de Tarbes pour les impositions ; en 1680, il était inscrit sur le Rôle des Communautés du pays de Bigorre pour 14 feux un quart de taille.

Sous le rapport judiciaire, les consuls, au nombre de quatre, exerçaient la basse justice à Bordes en 1429 "los cossos an accoustumat de thier cort en lodict loc de Bordes au Bayle de Vic-lambitz". Plus tard, les consuls furent aussi justiciers pour l'abbé de l'Escaladieu. Cependant, à la fin de l'Ancien Régime, cette abbaye avait aussi sa temporalité ou tribunal, avec les sièges de Bordes et de Bonnemazon. Ces deux villages, l'Escaladieu, Molère et les possessions des Bernardin à Artiguemy composaient le ressort de la temporalité. Les officiers étaient : un juge, un procureur fiscal et un greffier. Les sentences ressortissaient aussi par appel à la sénéchaussée de Bigorre, et en dernière instance à la Cour du Parlement de Toulouse.

Pour le religieux, Bordes était de l'archiprêtré de Tournay, dans l'archidiaconé de Rustan. En 1783, il y avait encore, outre l'église paroissiale, dédiée à St Jacques "une chapelle à portée des deux tiers du village", où l'on disait la messe en été. Le bénéfice était à la nomination des religieux de l'Escaladieu, seigneurs de la paroisse.

En mars 1790, Bordes devint une commune du canton de Tournay, puis le siège d'une perception des contributions directes pour les 13 communes de ce canton, rive gauche de l'Arros.

Desservi longtemps, au XIXe siècle, par des voitures publiques, il eut une station de chemin de fer lors du tracé de la ligne de Toulouse à Bayonne ; depuis plusieurs années, il possède un bureau de poste géré par un facteur receveur.

La commune de Bordes, sise presque à l'extrémité occidentale de la fertile plaine de l'Arros, est abritée des grands vents par la hauteur de la colline qui la domine à l'ouest ; ce qui procure à ce coquet petit pays un climat assez doux avec un air toujours salubre.

Son terrain abonde en bons fruits, en beaux légumes et en belles céréales et prairies.

La beauté et la richesse de cette vallée semblent avoir tenté toutes les peuplades errantes ou guerrières qui y sont passées.

Les Romains, qui avaient conquis les Gaulois dans le demi-siècle qui précéda l'ère chrétienne, dominèrent dans la Plaine et les Côtes de la Bigorre. C'est d'habitude sur les faîtes des hauteurs que cantonnèrent leurs soldats ; ils s'y fortifièrent par une sorte de retranchement appelé castra (camp retranché), dont la caractéristique est, non pas l'écrêtement du sol, mais le fossé formant circuit, avec disposition à l'intérieur, en talus régulier, des terres de déblai ; les lignes de circonvallations formaient un quadrilatère à peu près régulier. La commune de Bordes possédant un ouvrage analogue, en bordure du chemin vicinal de Bordes à Tournay, au lieu-dit Las Vignes de Miquéou [3], il ne semble pas téméraire d'affirmer que ce camp retranché est bien l'œuvre des Romains, et que leurs troupes étaient là bien en vue des autres légions romaines campées sur d'autres retranchements à Orieux, à Bernadets-Dessus, à Tournay, à Castéra-lanusse et au Castrum de Malo Vicino (château de Mauvezin).

Si on peut relever la trace du séjour des Sarrazins dans la topographie locale, nous trouvons dans cette commune un quartier dit Mourou (Maure). Il paraît très vraisemblablement que les Maures se fixèrent quelque temps en ce lieu ; car, après la défaite de Poitiers, en 732, les soldats d'Abdérame se dispersant, ils vinrent chercher asile dans les provinces méridionales, "une partie se cantonna dans la Bigorre et tâcha de s'y maintenir".

Au XIVe siècle, les Anglais, voulant faire peser toujours davantage leur joug sur notre petite province, se livrèrent au pillage ; c'est ainsi que pour mieux se défendre, les habitants de Bordes se liguèrent, en 1373, avec ceux de Tournay qui étaient les plus proches.

Au mois d'Août 1569, les Huguenots, conduits par le comte de Montgomery, pillèrent Bordes et brulèrent son église ; partout "où ils passoint ne y laissant chose quelconque où ils puissent mettre la main et l'emporter".

En 1585, il fut occupé par les troupes du vicomte de Larboust et de Théophile de Gramont. Le seigneur de Bénac, Philippe de Montaut, sénéchal de Bigorre "pensoit y remedier avec ambassades, et les menaçoit par lettre que, s'ils ne delogeoit promptement, il armeroit la noblesse de Bigorre et le peuple pour les y contraindre" ; il eut beau les menacer, il ne put obtenir leur départ.

Au mois de mai 1587, le seigneur de Sainte-Colomme ayant pris ses positions dans la ville de Tournay, les habitants de Bordes eurent à souffrir "plusieurs incommodités et dommages... comme plus prochains de la dite ville... étant pillés en leurs maisons chacun jour, et leurs biens emportés de leur vu sans aucun empechement ny résistance". Ils reçurent "plusieurs mandements contenant contribution aux occupateurs d'icelle". De Sainte-Colomme, s'adressant aux consuls, leur écrit : " Messieurs les consuls de Bordes, je vous ai fait mandé un messager pour vous prier me mander quelques charretées de foin et huit sacs d'avoine...Faites me les porter incontinent...", et aussi dans une autre lettre "ne faites faute, la présente reçue, de me faire apporter cinq charretées de foin en cette ville de Tornay. Autrement si ne le faites, je vous y envoyerai les souldats pour en prendre.".

C'est "ce qu'ils auroient effectué par crainte et intimidations journalières, accompagnés de plusieurs cruels battemens et menasses d'estre ou brulés de tout ou la plus grande part des dits habitants réduits en captivité...".

Le 18 août 1587, il fut fait une requête du syndic des habitants de Bordes aus États du comté de Bigorre pour être indemnisé des dommages soufferts à l'occasion de la prise de Tournay : "Ce considéré (écrivait Raymond Pioc, syndic) yous plaise de vos grâces ordonner que les fournitures par eux faites... dommages par eux soufferts à la prise de leurs biens, leur sera payé ; ce qu'il estime mil écus sol ; ou bien ce dessous leur être deduit des charges ordinaires du dit lieu".

Le même jour, le syndic des seigneurs des États répondit : "A la présente requete est differé de y faire jusques à ce que le Roi de Navarre comte de Bigorre aura repondu et fait droit sur les griefs que le païs lui a fait et présentés...".

L'année suivante le dit syndic écrivait : "le 11e jour de janvier, encores le dite requete rerésentée en l'assemblée des Estatz par commune resolution a été renvoyée à la prochaine assiete qui se tiendra en temps de paix, pour alors y estre fait droit ainsi que de raison".

En 1632, la peste fit quelques victimes à Tournay où les apothicaires procédèrent à la désinfection des maisons.

En 1774 et 1775, un vingtaine d'enfants de 1 à 12 ans, furent emportés par une épidémie terrible qui sévissait semble-t-il dans toute la contrée.

Dans les années 1869, 1870, 1871 et 1872, une nouvelle épidélmie faucha un égal nombre de jeunes vies.


J. -M. CAZENAVE, Agriculteur à Bernadets-Dessus






Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
En cournè det houéc
Journal des cours d'adultes
du département des Hautes-Pyrénées
Édité par la Société bigourdane d'entr'aide pédagogique
Auteur du texte - 1925.


[2]
Les plus grands domaines pouvaient atteindre la contenance moyenne de nos communes actuelles ;
les domaines moyens devaient correspondre à peu près à la circonscription de nos hameaux.
(Le Domaine rural, par H. Brun, p.10).


[3]

C'est une motte artificielle d'une hauteur moyenne de près de 7 mètres, de forme rectangulaire de 50 mètres de long sur 30 mètres de large, entouré de fossés (comblés en partie actuellement). Aux alentours, un hameau important existait, d'après les vieillards du pays. Quelques découvertes récentes semblent en effet le confirmer. Au nord-ouest de l'ouvrage décrit ci-dessus, un propriétaire a trouvé des ossements très réduits et des traces de murs ; ce qui indiquerait l'emplacement d'un ancien cimetière. Au nord-est du même ouvrage, il y a des traces également de cimetière et de chapelle (ossements et pierres) - Notes de M. Cazenave, instituteur à Bordes.



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© Marie-Pierre MANET








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