La monographie de 1887 de Sénac-Lahitau
Hautes-Pyrénées
département 65.

(ADHP - Monographie établie en 1887)




00036426
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Sénac-Lahitau est aujourd’hui une commune du département des Hautes-Pyrénées, arrondissement de Tarbes, canton de Rabastens. Ce lieu est situé à 21 km nord-est du chef-lieu du département, à cinq kilomètres sud-est de son canton.

Sa superficie est de 892 hectares.

Le territoire de Sénac-Lahitau est bornée au nord par Mingot et Montégut (Gers), au levant par Montégut encore et St Sever-de-Rustan (un petit ruisseau l’Anénos, forme la limite sur ce dernier point) au midi par Mansan au couchant par Lescurry et Lacassagne. La plus grande partie du territoire se trouve sur les coteaux ; une autre partie assez considérable cependant s’étend sur le plateau des Hougarous et dans la plaine de l’Arros.

Le village de Sénac est bâti sur le versant oriental d’une colline dont la direction va du sud au nord. Cette colline est le prolongement des coteaux de Bouilh-Péreuilh et de Castelvieilh, célèbres par leurs vins blancs. Elle se soude aux Pyrénées par le grand plateau qui sépare Bagnères-de-Bigorre de L'Escaladieu ou d’Escale-Dieu. Après avoir dépassé Sénac au nord, elle sépare la plaine de Tarbes du val de l’Arros jusqu’auprès du point de jonction de l'Adour et de cette dernière rivière.

La charpente de la colline est une pierre calcaire peu exploitée aujourd’hui, elle est recouverte d’un terrain argileux.

La colline sur laquelle se trouve Sénac ne présente pas le même aspect sur les deux versants. Sur le couchant la pente est raide et difficile à gravir. Depuis le territoire de Mansan jusqu’au chemin de grande communication N° 5, sur un parcours de deux kilomètres environ, elle suit la ligne droite. Elle est cependant coupée au sud-ouest du vallon de Gélabat par une petite trouée qui donne passage à un chemin d’exploitation conduisant vers la forêt de Lescurry. La crête de cette hauteur est taillée à pic presque partout et semble former la défense d’un camp retranché.

Au nord de la route, le sommet de la colline perd la ligne droite et présente trois mamelons juxtaposés, reliés par de petits cols. L’État Major a relevé l’altitude du plus élevé, en face de Mingot, il est à 305 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Sur le levant, la colline présente de nombreux contreforts très arrondis. Ils vont joindre par une pente douce au sud le plateau des Hougarous, au nord la plaine de l’Arros.

Ces plateaux portent des noms divers. En allant du sud au nord, ce sont : les Lonquets, Gélabat, le corps du village, le Hourcet aujourd’hui la Carrère qui rejoignent les Hougarous ; las Bardesques, Lahitau et Soulés qui vont se perdre dans la plaine de l’Arros. C’est sur ces divers plateaux que se trouvent disséminées les habitations qui forment la commune de Sénac-Lahitau.

Le sommet sur lequel se trouve le centre de Sénac permet de jouir d’un panorama ravissant. Au midi, il embrasse la chaîne des Pyrénées, depuis les montagnes de l’Ariège, jusqu’aux lointains contreforts du pays basque. Lorsque le ciel est pur, l’entrée de la vallée d’Aure, le pays des Baronies, la vallée de Campan, la vallée du Lavedan se montrent à la fois, au regard étonné. Les géants des Pyrénées : le pic du midi de Bigorre, Néouvielle, le Vignemale, le Ponné de Cauterets, etc... s’étalent admirablement au-dessus de ces deux derniers pays. C’est toujours avec un nouveau plaisir que l’on contemple ce tableau ravissant, que déroulent nos belles montagnes.

A l’est, la riche vallée de l’Arros s’étale à ses pieds. La vue s’étend depuis le château de Mauvezin dont la vieille tour féodale brave toujours les injures du temps, jusqu’aux sommets de Laguian près de Miélan, porte des hauts plateaux du Gers. Sur tout ce parcours immense, des maisons aux murailles blanchies, disséminées à travers les vertes et hautes collines qui bornent à l’orient le val de l’Arros donnent à ce pays un aspect merveilleux.

Au nord c’est la plaine de l’Arros jusqu’auprès de Marciac. Ce vallon est ici plus large. On aperçoit, au sein de cette plaine :

 

Noms des quartiers
Nombre de maisons
Nombre de ménages ou feux
Nombre d'indivisions
Carrère
Gélabat
Hougarous
Louquets
Lahitau
Poulés


Totaux
25
23
20
5
7
4

84
26
25
21
5
7
4

88
106
102
83
18
22
17

348


La commune de Sénac-Lahitau est administrée par un maire, assisté d’un conseil municipal. Le maire, est aidé dans ses fonctions par un adjoint. La municipalité se compose de dix membres.

La commune a un curé, un instituteur communal, une institutrice communale et un garde-champêtre ; elle fait partie de la perception de Lacassagne et est desservie par le bureau de poste de Rabastens.

La valeur du centime est de 22 fr 01 ; les revenus ordinaires s’élèvent à la somme de 3103 francs, tandis que les dépenses de cette nature s’élèvent à la somme de 3874 francs. Le déficit s’élevant à 791 francs est comblé par une imposition extraordinaire.

II


Comme cela a été dit, la superficie de Sénac-Lahitau est de 892 hectares. Cette contenance ou superficie se répartit de la manière suivante :

I -Graines alimentaires, tubercules etc...



Graines alimentaires (céréales) :

 

Désignation
Étendue en hectare
Graines alimentaires (céréales, tubercules).....

Cultures industrielles (lin, châtaigneraies).....

Vignes....

Jachères....

Prairies naturelles.....

Bois et forêts....

Jardins de particuliers....

Routes, cours d'eau....

Superficies totales
201

5

331

183

115

20

10

8

19

892


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I -Graines alimentaires, tubercules etc...



Graines alimentaires (céréales) :

 

Défiguration des cultures
Nombre d'hectares cultivés
Quantité de semence par hectare
Rendement moyen par hectare
Froment.....

Seigle.....

Avoine....

Maïs....
130

2

30

25
2 hl 50

2 hl 50

2 hl 50

0 hl 50
10 hectolitres

10 hectolitres

10 hectolitres

12 hectolitres


---------------------



Tubercules, racines, etc... :

 

Défiguration des cultures
Nombre d'hectares cultivés
Quantité de semence par hectare
Rendement moyen par hectare
Pommes-de-terre.....

Choux, oignons, ails, etc.....
7

10 (jardins)
10 hectolitres


50 hectolitres




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II - Prairies



Prairies naturelles :

 

Défiguration des cultures
Nombre d'hectares cultivés
Rendement moyen par hectare
Durée de la saison, du pâturage
Prairies naturelles

Fauchages non irriguées
115


32 quintaux métriques


4 mois




---------------------


III - Cultures industrielles



Plante textile :

 

Défiguration de la plante
Nombre d'hectares cultivés
Lin
1


---------------------




Cultures arborescentes :

 

Désignation des cultures
Principal produit qu'on en retire
Nombre d'hectares plantés
Châtaigniers
Fruits
4 ha


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IV - Vignes :

 

Désignation
Nombre d'hectares plantés en vignes
Rendement moyen environ par hectares
(1886)
Prix moyen de l'hectolitres
(1886)
Vignes
331
8 hectolitres
40 francs.


Il y a environ six ans que le phylloxéra, ce choléra de l'arbre de Noé, a fait son apparition à Sénac. Il a fait de grands ravages surtout aux quartiers Lahitau et Soulés. Il continue son oeuvre de destruction. On n'a rien fait pour arrêter les progrès de l'insecte dévastateur.

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V - Bois et forêts non soumis au régime foresier :

 

Superficie
Taillis simples
Produit des taillis de la commune
Superficie appartenant à la commune......

Superficie appartenant aux particuliers.......
8 ha

12 ha
La commune de Sénac vend tous les 10 ans le bois de ses taillis. Le produit de la vente s'élève à chaque période décennale à al somme de 1.000 frs environ.


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Les différentes cultures


Récapitulation des superficies cultivées :

 

Désignation
Superficies en hectares
Céréales (y compris les jachères)......

Tubercules.....

Choux, oignons, ails, etc (jardins des particuliers)....

Prairies naturelles.....

Plante textile (lin).....

Châtaigneraies.....

Vignes .....

Bois taillis.....
377 ha

7 ha

10 ha

115 ha

1 ha

4 ha

331 ha

20 ha


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VI - Animaux


1. Animaux de ferme :

 

Désignation des espèces
Nombre de têtes
Chevaux hongres employés au travail.....

Juments........

Anesses........

Boeufs au travail.......

Vaches.........

Veaux de 3 mois à 6 mois.....

Truies.......

Cochons de moins d'un an.....

Chiens de chasse.......

Chiens de berger ou de garde.....
3

25

2

60

40

6

20

30

5

25


2. Animaux de basse-cour :

 

Désignation
Nombre de têtes
Poules.....

Pigeons........

Lapins........
800

10

20


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Produits divers


Laine, lait, cire et miel :

1. Laine - lait :

 

Nombre de moutons et de brebis qui subissent la tonte
Produit moyen d'une toison en sueur
-
Lait
200.

2 kg

-

//


2. Cire et miel :

 

Nombre en activité
Revenu annuel d'une ruche en miel
Revenu annuel d'une ruche en cire
Prix au kg de miel
Prix au kg de cire
20.

1/2 kg

40 gr

2 frs

5 frs



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VII - Économie rurale : morcellement du sol


Nombre de parcelles, de cotes foncières et des propriétaires :

 

Désignation
Nombre
Contenance en hectare
Parcelles constituant le territoire agricole

< à 1 ha

de 1 à 2 ha

de 2 à 3 ha

de 3 à 4 ha

de 4 à 5 h

de 5 à 7 ha

< 7/10

< 10/20

< 20/30

< 30/40

< 50/60

Totaux
2645

44

28

7

12

4

11

6

22

1

1

1

137
865

20

42

17

41

18

63

48

290

20

31

56

646

Le restant, c'est à-dire 219 hectares, se répartit entre les forains.

Le nombre total des propriétaires auxquels se rapporte le nombre total des cotes et qui habitent constamment la commune s'élève à 91.

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Étendue des exploitations rurales : leurs nombres :

Sous le nom d'exploitation, il faut comprendre l'ensemble des terres cultivées par un seul individu que ces terres forment un tout compacte ou soient composées de parcelles éparses.

 

12
26
21
24
-
-
-
86
< à 1 ha

de 1 à 5

de 5 à 10

de 10 à 20

de 20 à 50

de 30 à 40

de 50 à 100

Nombre total
des exploitations




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Exploitation du sol


Modes divers d'exploitation du sol :

 

Désignation
Propriétés exploitées directement
Exploitations ou parties d'exploitation.

Nombre vendue en hectare.

86

646


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Population agricole classée d'après le mode d'exploitation du sol :

 

Désignation
Nombre
Cultivateurs propriétaires cultivant pour leurs bras et ceux de leur famille.

Cultivateurs non propriétaires, journaliers.
86

4


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VIII - Salaires et gages des travailleurs


Salaires ordinaires des journaliers en été : :

 

désignation
Hommes
Femmes
Salaire moyen d'un journalier agricole nourri.

Salaire moyen d'un journalier agricole nourri.
1,50 frs

3,00 frs
0,50 frs

2,00 frs


1. Salaires ordinaires des journaliers en hiver : :

 

désignation
Hommes
Femmes
Salaire moyen d'un journalier agricole nourri.

Salaire moyen d'un journalier agricole nourri.
1,00 frs

2,00 frs
0,50 frs

1,00 frs




2. Gages annuels des domestiques :

 

désignation
Nombre de domestiques agricoles
Gages annuels
Maîtres - Valets

Domestiques mâles âgés de plus de 16 ans.

Domestiques mâles âgés de moins de 16 ans.

Servantes
1

11

11

5
250 frs

160 frs

160 frs

100 frs


---------------------


IX - Outillage agricoles.

Machines agricoles :

 

désignation
Nombre
Charrues.

Machines à battre.

Faucheuses.
60

3

2


---------------------


X - Amendements - assolements.

Amendements et engrais supplémentaires pour l'agriculture :

 

désignation
Quantité employée dans l'année
Chaux.

Superphosphate.

30 quintaux métriques.

20 quintaux métriques.



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Assolements

Les assolements en usage sont généralement au nombre de trois :

 

1
2
3
1 ère année : froment.

2 ème année : jachère.


1 ère année : froment.

2 ème année : maïs ou pommes-de-terre


1 ère année : froment.

2 ème année : avoine ou maïs.

3 è:me année : jachère.


La quantité de fumier, pour chaque assolement est de 16 m.q. environ par hectare.

Aucune voie ferrée ne traverse le territoire de Sénac-Lahitau. Cette commune communique :
1°- avec Rabastens par le chemin de grande communication n° 5.

2°- avec St Sever-de-Rustan par le même chemin.

3°- avec Mansan par le chemin d’intérêt commun n° 12.

4°- avec Lacassagne et Lescurry par un embranchement du chemin de grande communication n° 5 qui va de cette dernière voie à la route nationale n° 25 en traversant le territoire de Lacassagne.

5°- avec Mingot par le chemin n° 5 et le chemin vicinal de Montégut à Mingot.

6°- avec Montégut par le chemin vicinal n° 4 dit de Las Traverses.

Il y a en outre dans la commune 5 autres chemins vicinaux ordinaires et 30 chemins ruraux.

Les ressources communales sont insuffisantes pour entretenir tous les chemins précités ; aussi, pourtant l’hiver, la viabilité d’un certain nombre est-elle très difficile. Les marchés fréquentés généralement par les habitants de Sénac sont ceux de Tarbes, Rabastens et Vic. Il y a dans la commune une voiture publique qui ne réalise pas de grands bénéfices. La plupart des habitants possèdent des moyens de transport.

Depuis l’apparition du phylloxéra et du mildew, le territoire de Sénac-Lahitau ne produit qu’une faible quantité de vin. La position des propriétaires tous viticulteurs est très pénible par suite de la disette de la précieuse boisson qui était la principale ressource des habitants.

Industries :

Il y a à Sénac deux tisserands, un forgeron, trois charpentiers, un menuisier, un maçon, trois tailleurs, quatre couturières, un cordonnier, un épicier et deux cafetiers. Il n’y a aucune mesure locale en usage.

IV


Sénac-Lahitau formaient autrefois deux communautés très différentes ; cependant, ils ont toujours eu des intérêts communs et aujourd’hui ils forment le même lieu.

Étymologie probable de ces deux noms :

1. Sénac.

D’après certains auteurs, les noms terminés en AC sont des noms d’origine celtique. Le mot AC voudrait dire pointe, tête. Les collines sur lesquelles se trouve Sénac forment de nombreuses saillies ou pointes.

Sénac pourrait donc bien signifier pays de pointes, c’est-à-dire pays accidenté ou pays de coteaux. D’après d’autres auteurs, ce mot pourrait bien dériver du latin. En décomposant les deux syllabes, " sen " serait un mot corrompu de la préposition " sine " : sans ; " ac " serait aussi la corruption du mot " aqua " can, Sénac d’après cette version, voudrait signifier " sine aqua " sans can.

Cette traduction pourrait avoir sa justesse : Sénac, en effet, est dépourvu d’eau.

Ces étymologies, si elles ne sont pas véritables, auront du moins le mérite de l’originalité et nous laissons à des chercheurs plus autorisés le soin d’éclairer cette question.


2. Lahitau :

Quant à Lahitau, l’origine est plus facile à expliquer. Ce lieu portait au XIV ème siècle le nom de la Fitau. Fite, Aille, Lahite sont des noms communs dans notre midi pour signifier une borne, un lieu de démarcation. Lahitau, veut donc dire borne.

Aujourd’hui, il est limite extrême, du département du Gers et des Hautes-Pyrénées.



Histoire :

Dans les âges précédents, il était limite entre le comté de Pardiac et où dépendait Montégut, son voisin, et l’Astarac d’où dépendait Sénac. A l’origine des temps connus, Sénac faisait partie de la Bigorre. Lorsque Jules César conquit la Gaule, les peuples compris entre la Garonne, les Pyrénées, et l’Océan furent désignés par lui sous le nom de Novempopulanie.

Le nom Novempopulanie révèle que ce pays comptait neuf peuples. Parmi eux se trouvaient les Bigerri ( de la cité de Bigorre) les Bigourdans. Chacun de ces neuf peuples formait diverses tribus. La Bigorre comptait elle aussi les tribus des montagnes, les tribus des coteaux et celles de la plaine.

Les tribus des coteaux étaient au nombre de cinq ; parmi elles se trouvaient entre autres dans l’histoire de Marca, de Lagrèze et le souvenir de la Bigorre, Sénac aurait été dans les temps reculés le centre d’une tribu bigorraise . Cette observation donne l’idée de son importance à cette époque. La hauteur sur laquelle ce lieu est situé pouvait offrir, en effet, un asile à ceux qui venaient se réfugier dans son enceinte. Du reste Sénac avait possédé un château protégé par de larges fossés dont on peut suivre encore les traces. Ce château qui a disparu depuis des siècles occupait l’emplacement où s’élèvent aujourd’hui les édifices communaux.

Ce souvenir, rapproché de la citation de la tribu des Sermates, semble autoriser la croyance que Sénac a été un lieu important à l’origine des temps et sous l’époque de la domination romaine.

Au cinquième siécle, l’empire de Rome tombe sous les coups des Barbares. Ces farouches conquérants pénètrent jusque dans nos contrées. Ils y font même à diverses reprises des incursions redoutables, détruisant tout sur leur passage. Sénac dut subir alors le sort de tant de centres de populations célèbres qui ne se relevèrent plus de leurs ruines. Il cite plus tard son importance à un lieu voisin et fut même placé sous sa dépendance : Ce lieu fut St Sever-de-Rustan.

Selon toute probabilité, St Sever fut bâti par le Saint de ce nom. Les historiens qui parlent de lui le placent dans les premiers temps du christianisme et le donnent comme le fondateur de la première église qui fut élevée en ce lieu. Lorsque la vie monastique pénétra dans nos contrées, les bénédictins élevèrent sur ce même emplacement une abbaye célèbre.

La date certaine de la fondation est inconnue. Tout porte à croire qu’ils y étaient déjà au VII ème siècle, car le premier monastère fut détruit par les Normands. La terre de Sénac-Lahitau fut une dépendance de l’abbaye. Les titres qui devraient nous dire l’époque de cette inféodation nous sont inconnus. Il est probable que la donation de Sénac à ce monastère remonte aux premiers temps de cet établissement.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’au XIII ème siècle, Sénac était sous la dépendance de St-Sever et que ces deux lieux se trouvaient compris dans le comté de Bigorre. Philippe le Bel, vers l’an 1280, joignit par provision la Bigorre à la couronne de France. L’an 1300, il fut fait une enquête pour connaître les redevances que ce pays pouvait fournir. Dans ce travail publié dans le Souvenir de la Bigorre par Monsieur Balencie Gastou, on lit que parmi les terres qui sont " sous la dépendance immédiate de N.D. la Reine " se trouvent " item, le village de Sénac qui est au seigneur abbé de St Sever-de-Rustan ".

En 1342, Mr Pierre Raimond de Montbrun, évêque de Tarbes fit une division du diocèse en archidiaconés et archiprêtrés. Sénac fut placé dans l’archiviaconé de Bazillagnès (Bazillac, et l’archiprêtré de Lagniau.

Larcher dit à ce sujet :

" Sénac - Beata Maria de Sénaco - Patrons les religieux de St Sever-de-Rustan. "

D’après ces titres, Sénac était au XIVème siècle sous la dépendance de l’abbaye de St Sever et dans la province de la Bigorre. Cependant vers le milieu du XVI ème siècle, il se trouve dans le comté d’Astarac.

Comment la terre de Sénac fut-elle détachée du comté de Bigorre pour passer dans l’Astarac ? Cette question est encore à résoudre. Les rois de France pour flatter les nobles érigèrent des terres en baronies, comtés, duchés et leur adjoignirent d’autres territoires pour rehausser leur importance. C’est probablement à la suite d’une circonstance semblable que Sénac poussa dans le comté d’Astarac.

Au XVI ème siècle, la Bigorre éprouva des désastres immenses dont elle garde encore le souvenir. Les Protestants commandés par Mongomery font irruption soudaine dans le comté. C’était en août et septembre 1549. Toutes les églises de la plaine furent brûlées avec leurs titres.

Cependant, notre pays fut épargné dans cette première invasion. Mais 24 ans plus tard, en mars 1573, Lizier, capitaine des Huguenots, fils d’un marchand boucher de Montauban, surprend à l’improviste le Val inférieur de l’Arros. L’enquête sur les Huguenots en Bigorre nous dit que l’église de Sénac fut brûlée elle aussi par les Protestants. Lizier pénétra même dans St Sever, malgré des remparts, grâce à la trahison. La ville et le monastère devinrent la proie de l’incendie, et les habitants, surpris dans leur sommeil, périrent presque tous par le feu.

L’enquête sur l’incendie de St Sever donne la déposition de dix-huit témoins qui avaient suivi de loin les évènements de cette nuit terrible. Chose remarquable, ces hommes étaient de Peyrun, Mansan, Montégut et Monmoulous, endroits épargnés par Lizier. Pas un de Sénac ni de St Sever. Sénac avait déjà subi le passage du capitaine huguenot et les habitants avaient dû chercher asile loin de leur pays.

Les mines amoncelées par les Protestants dans notre pays furent immenses. Le centre de Sénac, à cette époque, était le quartier Gélabat. Une vieille route qui subsiste encore au pied de la colline où se trouve l’église actuelle, le reliait aux Hougarous. Le long de cette voie, on trouve les traces de vieilles murailles. On montre encore l’emplacement de l’église et du cimetière qui s’élevaient à cet endroit.

L’église était située sur le terrain nord-ouest de la propriété de M. Sabathié, on la voyait encore debout au commencement du siècle. Le cimetière était au nord-est de l’enclos de la maison Lannes-Moureou ; il servait encore aux sépultures des habitants de Gélabat vers le milieu du siècle dernier. L’église de Gélabat, après sa destruction par les protestants fut remplacée par l’église actuelle. Bâtie sur la place de l’ancien château sa position était plus centrale pour tous les quartiers du lieu. Toutefois, les habitants de Gélabat supportèrent avec peine la perte du privilège de posséder l’église de Sénac. C’est pourquoi ils refusèrent la sépulture au nouveau cimetière " sis au corpas du village " et voulurent jusque vers 1746 être ensevelis " sans le cimetière de M.D. de Gélabat " comme le témoignent les registres de cette époque conservés aux archives de la mairie de Sénac. Pour les consoles de cette perte, les cérémonies religieuses étaient faites à certaines fêtes dans la vieille église. Aujourd’hui, le souvenir de cette lutte entre Gélabat et le reste de Sénac est oublié, tant il est vrai que le temps est un médecin qui guérit les blessures les plus sensibles.

Les habitants de Sénac ne vivaient pas toujours en paix avec les moines, leurs seigneurs. En 1705, ils refusèrent avec ceux de Lahitau la redevance sur les vacants. Ils étaient guidés dans cette campagne par leur ancien curé André Bouet, décédé en 1708.

L’affaire fut chaude et poursuivie jusque devant le parlement de Toulouse. Sénac allait succomber ; alors un accord survint entre les deux parties.

Cet accord porte :

" 1°- Les fiefs de tous les biens situés au territoire de Sénac-Lahitau sont dus aux religieux de St Sever, à raison de deux sols par arpent ainsi qu’une mesure comble d’avoine pour chaque feu allumant et les lods et vérites à raison du denier 02 (l’arpent valait environ 4 journaux ou 1 hectare).

2°- La communauté paye deux poules et un chapon que les dits habitants en corps doivent aux dits religieux, à cause de l’inféodation du Pleix (ancien château), et en outre par les dits habitants et communauté de Sénac en corps : cinq mesures d’avoine, deux poules et un sol de douze deniers à cause de l’inféodation de la place du château suivant l’acte payé devant feu Sorbet notaire le 21 mars 1680.

3°- Plus trente sols pour l’inféodation des vacants pour pacage dont la communauté peut jouir en toute propriété. Elle peut les aliéner, les défricher, sans préjudice des trente sols, plus deux sols par arpent si la terre est défrichée.

Telles étaient les conditions de dépendance de Sénac vis à vis des moines de St Sever lorsque la Révolution Française survint.

Les moines furent dépossédés à la fin de 1789 par la nation. Sénac jouit depuis ce moment des privilèges et des charges des communes. Rien de saillant ne troubla les habitants pendant la tourmente révolutionnaire si remarquable et par ses bienfaits et par ses excès à la fois.

Tandis qu’une grande partie de l’Astarac entra dans le département du Gers, Sénac fit partie du département des Hautes-Pyrénées. Depuis cette époque, les habitants de Sénac rendent à l’État avec fidélité et dévouement les devoirs que tout bon citoyen doit à son pays.

Quoique Lahitau ne soit qu’un hameau de Sénac, nous lui devons une petite mention : Lahitau formait jusqu’à ces derniers temps une communauté distincte de Sénac. Elle était inféodée à l’abbaye de St Sever-de-Rustan. En 1342, cette communauté formait aussi une paroisse. Son église est comprise dans le dénombrement des paroisses de l’archiprêtré de Lagniau. Mais quelque temps après, cette église avait disparu et Lahitau était réuni à Sénac pour le spirituel, d’après le témoignage de Larcher : l’emplacement de son église n’est pas connu ; son château était sur le terrain occupé par la maison Gardères. En 1705, les habitants de Lahitau faisaient cause commune, comme nous l’avons déjà dit, avec ceux de Sénac contre les moines de St Sever pour se soustraire à la redevance des vacants.

Le souvenir de cette entente porta en 1831 les habitants de Lahitau à réclamer des droits sur les vacants de Las Bardesques, situés sur territoire de Sénac. L’affaire fut animée. Le procès fut jugé par le tribunal de Tarbes et la cour de Pau. Lahitau fut débouté de ses prétentions, il ne pouvait en être autrement. Lahitau n’avait aucun droit sur les vacants de Sénac parce qu’en 1705, il plaidait contre les moines pour les vacants situés sur son territoire, et non pour ceux de Sénac. De même Sénac plaidait pour son propre compte contre les religieux. Une ordonnance royale rendue en 1836, réunit Lahitau à Sénac. Cette réunion avait été demandée en 1819 par la municipalité de Lahitau. La délibération fut approuvée mais si elle ne reçut pas son exécution il faut l’attribuer à l’instigation d’un membre du conseil municipal qui consultait plutôt l’esprit de division que l’intérêt général.

Toute trace de division, à la suite du procès entre Sénac et Lahitau, procès qui dura dix ans, a complètement disparu.

La terre de Sénac n’a pas encore produit d’homme célèbres.

Le patois est la langue usuelle de ses habitants ; néanmoins le français y est compris. Il n’y a point de chants locaux. L’habitant de Sénac est laborieux, fier, digne, mais facilement irritable.

La religion catholique est seule reconnue. Pour le costume, il ne diffère pas sensiblement de celui de la plaine de Tarbes. Le béret est la coiffure ordinaire de l’homme. Les habitants sont généralement sobres dans leur nourriture.

Les archives communales ne renferment que les documents anciens suivants :

1°- quittances de fiefs délivrés par les religieux de l’abbaye de St Sever-de-Rustan

2°- registres de baptêmes, mariages et sépultures à partir de 1701.

3°- livres terriers de 1712 à 1747.

4°- livres des charges et des décharges de la communauté de Sénac en l’élection d’Astarac de 1752 à 1788.

5°- registre contenant le procès verbal (1811) de délibération de la commune de Sénac et de celle de Lahitau.

Les registres des délibérations du conseil municipal antérieurs à 1832 ne se trouvent pas aux archives de la mairie. Les dites archives ne renferment ni monographies, ni ouvrages, ni écrits sur la commune.

Annexe au titre IV : Enseignement


Garçons :

L’enseignement primaire était donné à Sénac avant la Révolution française. Les registres des baptêmes, mariages et sépultures antérieurs à 1789 et conservés aux archives de la mairie, signalent comme ayant exercé à Sénac, avant ladite époque, les instituteurs ou comme on les appelait alors, les maîtres d’école dont les noms suivent :

1°- Panassac Jean (1745)
2°- Labarrière Jean (1772)
3°- St Pasteur Jean (1775)
4°- Labarrière Bernard (1782)
5°- Deville André (1789).

Les filles ne fréquentaient pas l’école. L’état des paroisses du diocèse de Tarbes, dressé en 1783 et conservé à la bibliothèque de la mairie de cette ville, dit en parlant de Sénac :

" Il y a un maître d’école, payé par ceux qui veulent lui envoyer des enfants ; point de filles dans son école. "

L’appellation d’instituteur qui s’appliquait jadis aux maîtres de l’enseignement secondaire fut donné aux maîtres d’école pour la première fois dans le décret du 19 Xbre 1793 (29 frimaire An II). A partir de cette époque jusqu’à nos jours l’enseignement primaire a été donné à Sénac par les instituteurs dont voici la liste :

1°- Nogués Jean de 1793 à 1806
2°- Laffont Jean-Marie de 1806 à 1810
3°- Saries Laurent de 1810 à 1812
4°- Pruéde Jean de 1812 à 1818
5°- Labau Jean de 1818 à 1820
6°- Saries Jean-Marie de 1820 à 1825
7°- Sabathié Michel de 1825 à 1868
8°- Vilou Jean de 1868 à 1872
9°- Ducurou Adolphe de 1872 à 1875
10°- Pujo Alphonse depuis 1875 (instituteur actuel)

La salle d’école a 6 mètres 80 de long, 5 mètres 20 de large et 3 mètres 25 de haut. Elle a sa façade au midi sur la cave. Elle est éclairée à cet aspect par deux croisées, au nord par une croisée et un cadre vitré placé au-dessus d’une porte ; c’est par cette porte que passent les élèves pour aller aux lieux d’aisance.

La salle d’école, le logement de l’instituteur et la mairie forment un seul corps qui comprend un rez-de-chaussée et un premier étage. Le rez-de-chaussée comprend la cuisine de l’instituteur et la salle d’école qui sont en assez bon état. Le premier étage comprend la mairie et deux chambres pour l’instituteur.

Le mobilier scolaire est assez complet. Les tables (ancien système) laissant cependant à désirer. L’école est fréquentée en moyenne par vingt élèves.

Les inscriptions actuelles (mois d’avril 1887) sont au nombre de vingt-cinq. Les élèves fréquentent assez régulièrement l’école, toutefois, les travaux de la moisson occupent au moins la moitié des enfants pendant une quinzaine de jours. Aucun enfant de Sénac ne reste étranger aux bienfaits de l’instruction.

Les conscrits illettrés ne figurent plus sur les tableaux de recensement. Tous les conjoints de l’année dernière ont signé leurs noms.

La bibliothèque, la caisse des écoles et la caisse d’épargne scolaire ne sont pas encore instituées. IL n’y a pas non plus de préau.

Le traitement de l’instituteur s’élève à la somme de 1.150 francs.

Filles :

Les archives de la mairie ne signalent aucune institutrice ayant exercé à Sénac avant l’année 1830.

A partir de cette date, l’enseignement a été donné à Sénac par neuf institutrices dont les noms suivent :

1 - Saraguet Marcelline de 1830 à 1856
2 - Vecdons Marie de 1856 à 1859
3 - Subervielle Mélanie de 1859 à 1862
4 - Carrère Jean-Marie de 1862 à 1866
5 - St Upéry Françoise de 1866 à 1868
6 - Pinac Jeanne de 1868 à 1873
7 - Ducuron Adélaïde de 1873 à 1880
8 - Pellefigue Marie de 1880 à 1881
9 - Ducurou Adélaïde institutrice actuelle

Mme Ducuron vient d’obtenir un congé d’un an. Sa fille Mlle Ducuron Rofélix, brevetée, la remplace en qualité d’institutrice intérimaire stagiaire.

La salle d’école des filles a 5 mètres 07 de longueur moyenne, 5 mètres 155 de largeur moyenne et trois mètres vingt-cinq de hauteur. Elle a sa façade au levant sur la cour ; elle est éclairée à cet aspect par une croisée et au midi par deux croisées. Au mur du couchant de la salle se trouve une porte par où passent les élèves pour aller aux lieux d’aisance.

La salle d’école et le logement de l’institutrice sont au rez-de-chaussée. Le logement de l’institutrice se compose d’une cuisine et d’une chambre à coucher.

Le mobilier scolaire est incomplet. Les tables, ancien système, laissent à désirer. IL n’y a pas non plus de préau pour les filles. L’école est fréquentée en moyenne par vingt élèves. Les inscriptions actuelles (mois d’avril 1887) sont au nombre de vingt quatre.

Les élèves fréquentent assez régulièrement l’école. A l’époque de la moisson et des vendanges les absences sont nombreuses.

Le traitement de l’institutrice s’élève à la somme de 600 francs.

La commune devrait s’imposer un sacrifice de deux mille cinq cents francs pour réaliser les améliorations nécessaires :

- Restauration du logement des maîtres.

- Construction de hangars et de préaux.

- Achat de mobilier scolaire.

- Acquisition d’une armoire pour la bibliothèque de l’école , etc.

Sénac, le 10 avril 1887

L'instituteur public

Pujo.




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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.
© Marie-Pierre MANET









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