Deux dissonances du prieuré Saint-Paul :
L'Abbé Anasthase Torné et Bertrand Barrère de Vieuzac.




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Illustration de l'ouvrage rare de J.HARDY
Esq. A picturesque and descriptive Tour in the mountains
of the mountains of the Hight Pyrenees (page77)



Au Chanoine LAFFON, Historien de la Bigorre en souvenir de nos " joutes historiques ".


De l’abbé Torné :
« Ici religieux, là civique orateur.
Défendant tout à tour le Ciel et la Patrie,
Du despotisme il fut l’intrépide censeur
Et sans intolérance il éclaira l’impie ».
A Bertrand Barère :
" Jamais individu…n’a autant approché que Barère de l’idéal de la dépravation consommée et universelle
"... deux dissonances du Prieuré Saint-Paul.



La fondation de l’ancien Prieuré Saint-Paul, d’abord chapelle votive a été érigée en Prieuré en 1520, non loin de Bagnères-de-Bigorre. Dés 1612, nous trouvons trace du premier prieur en la personne de Guillem de Coture, qui de par les faibles revenus du prieuré est devenu chanoine de la cathédrale de Tarbes. Le culte y était célébré en la fête de Saint-Paul par les curés de Campan. En 1639, le bruit d’un miracle attire de nombreux fidèles. Une jeune fille privée de l’usage de ses membres se trouve " merveilleusement guérie " après avoir entendu l’office. Les offrandes se multiplient querelles s’en suivent entre le curé de Campan Jean Galiay et Guillem de Coture. Notre chanoine pour enlever le bénéfice au curé de Campan nomme deux curés de son choix et les fait loger dans une maison construite proche du prieuré. Furieux le curé en chaire déclare au nom de l’évêque que les nouveaux venus sont schismatiques et que le prétendu miracle est de pure invention. Devant cet état de faits Salvat d’Iharse, évêque de Tarbes se rend à Campan le 1er novembre 1639 et déclare que la chapelle est indépendante du curé et ne relève que de son autorité. Le curé entame une procédure devant le Parlement contre la décision de l’évêque, un arrêt le déboute de ses conclusions. Le différend s’instaure de nouveau en 1713 entre le curé de Campan et l’héritier de Guillem de Coture son neveu Adrien de Coture, la ferveur religieuse tombe en désuétude. Monseigneur de Jarrente, évêque d’Orléans attribue le prieuré en 1770 à l’un de ses chanoines l’abbé Torné.

Né le 21 janvier 1727 à Tarbes, il embrasse l’état ecclésiastique, enseigne chez les Doctrinaires, devient camérier de la cathédrale de Tarbes le 15 décembre 1759, chanoine d’Orléans et Aumônier du Roi de Pologne (1762). Prêche en 1765 à la cour de Versailles le carême, en publie le recueil et le dédie à Monseigneur de Jarrente : " Milles raisons personnelles me font un devoir de vous dédier cet ouvrage. C’est par vos ordres, Monseigneur, et sous vos yeux que je l’ai composé… ". Devant le succès de ses sermons il reçoit le prieuré de Saussure, se résigne au canonicat d’Orléans et reprend la camérerie de Tarbes, contre le prieuré de Saint-Paul de Campan .Il cumule ces bénéfices avec le prieuré de Sainte Romaine en Vaucluse. A la demande des États de Bigorre il prononce en 1775, l’Oraison funèbre de Louis XV, publiée par Roquemaure éditeur tarbais. Torné habite le prieuré Saint-Paul, l’embellit par la construction de la maison et des promenades, avec son goût du faste, mais plein de versatilité. Cet esprit va tomber dans " les plus honteux écarts ". Il va en découdre avec le seigneur de Baudéan, l’administrateur du diocèse, les habitants du bourg de Campan qu’il dresse les uns contre les autres, contre l’administration municipale. Le premier consul de Campan Soucaze déclare " ce prêtre, est descendu de la chaire royale pour être le délateur de mon administration, pour ameuter les citoyens contre moi ". A la révolution, le 24 mai 1790, il fait entendre dans la cathédrale de Tarbes, l’éloge des temps nouveaux : " Heureux et mille fois heureux, le jour où ce pays a perdu le nom de Bigorre pour être un département sous la pompeuse dénomination des Hautes-Pyrénées ! et bénie soit à jamais par nous et par nos descendants la mémoire du célèbre, Bertrand Barère ". En 1791 devient évêque constitutionnel du Cher, métropolitain du centre, et est sacré à Paris le 26 avril 1791. Les Hautes-Pyrénées en font son député à l’Assemblée Constituante. De son activité parlementaire retenons la motion contre la suppression des congrégations religieuses. Entraîné dans son élan révolutionnaire, il vote la suppression du costume ecclésiastique et des ordres monastiques. Le 5 octobre 1793, il marie dans sa cathédrale un prêtre et une religieuse, se dé prêtrise, se marie, puis divorce " une des plus horribles apostasies qu’on eût vues ". Devenu vice-président de la Société Populaire de Tarbes, il est renié par sa famille et souhaite finir ses jours à Barbazan-Dessus, y reste peu de temps, se loge à Bours, achète à Souyeaux un ancien moulin " d’évêque devenir meunier ". Il vend le prieuré Saint-Paul à Barère, vivote, est nommé Commissaire du Directoire Exécutif d’Ossun, et postule pour la place de bibliothécaire avec le chevalier d’Angos à l’École Centrale de Tarbes (lycée Théophile Gautier). Préféré, il loge chez M. de Merrens, juge au tribunal civil, renié par les siens. Il meurt subitement le 12 janvier 1797.

Bertrand Barère nouveau propriétaire transforme la chapelle du prieuré Saint-Paul en étable et le cercueil de pierre de Torné comme abreuvoir pour les bestiaux. " l’Anacréon de la guillotine ", est né à Tarbes près de l’église Saint-Jean en 1755. Avocat à Toulouse, initié à la loge maçonnique l’Encyclopédique, membre de l’Académie des Jeux Floraux, et de l’Académie toulousaine des Sciences et Belles-lettres, il revient à Tarbes comme conseiller en la sénéchaussée de Bigorre , inspire les cahiers de doléances, et est élu député du tiers état aux États Généraux (la petite seigneurie de Vieuzac-Argelés ne donnant pas accès à la noblesse) Barère a des liens avec cette noblesse par sa mère Cataline de Neys, petite fille du seigneur de Vieuzac et par son mariage (1785) avec Élisabeth de Monde de Vic en Bigorre. Devant le comité de division plaide pour la création du département des Hautes-Pyrénées, mais refuse l’idée de rattachement avec le Béarn " les deux nations sont trop séparées par les moeurs et une sorte d’empathie qui rendront à jamais toute liaison possible ". Président de la Convention il dirige, à ce titre le procès de Louis XVI et vote sa mort sans appel. Membre du Comité du salut public 1793, il fait décréter que " la Terreur est à l’ordre du jour " dans ses " carmagnoles " il demande la mise en jugement de la reine et la destruction des tombeaux royaux de Saint-Denis. En 1794 il proclame, " il nous faut des lois et non du sang ", abandonne Robespierre et contribue à sa chute (9 thermidor), mais se voit condamner à la déportation (1795). Il s’évade de la maison d’arrêt de Saintes. Gracié après le coup d’État de Brumaire, il écrit des brochures de propagandes en faveur de Bonaparte, vit oublié sous l’Empire et retrouve sous les Cent Jours son siegrave;ge de député. Exilé sous la Restauration comme régicide en Belgique, rejoint ses amis Cambacérès et le peintre David et revient à Tarbes pour siéger jusqu’à sa mort (1841) au Conseil général des Hautes-Pyrénées. Tout comme Torné divorce d’Elisabeth de Monde et termine ses jours avec Marguerite Le Fauconnier.

Depuis le prieuré Saint-Paul a appartenu à de nombreux propriétaires, " ce n’est pas dans l’histoire religieuse du pays que leur récit pourrait trouver sa place ".





Guy DALBERNY



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Entraide apportée par :
- M. Guy Dalberny
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© Marie-Pierre MANET







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