Formés en Compagnies, ou Routes, ces professionnels de
la guerre furent bientôt tristement connus sous le nom
de "Routiers". Avec les pestes endémiques, les routiers
furent les fléaux de la première moitié du conflit
franco-anglais. L'étude que nous proposons pour le
Piémont pyrénéen (entre Foix et Bayonne) repose
exclusivement sur le texte des Chroniques de Froissart.
Le voyage qu'il accomplit en 1388, à la Cour d'Orthez,
lui permit d'appréhender directement le pays et les hommes.
Amoureux des belles "apertises d'armes", comment Froissart
aurait-il pu rester insensible au train de grand seigneur
que menait le Bascot de Mauléon à l'hôtel de la lune ?
On ne raconte guère dans les Chroniques l'écho des
malédictions des vilains ni celui de la détresse des
villes et des campagnes.
Malgré toutes ces lacunes, celles de la Chronique ne
sont pas les moindres ; Froissart a bien montré ce qui
caractérise au fond "ce siècle sous les armes" ;
l'insécurité matérielle permanente, le désarroi des
consciences et de la société. De ces traits fondamentaux,
les routiers pyrénéens sont peut-être la meilleure illustration.
Théâtre de guerre secondaire, pays aux ressources médiocres,
le piémont loin des fracas des grandes batailles put se
croire longtemps à l'abri de la guerre et de ses maux.
De fait, cette zone fut, avant tout, un lieu de passage,
une frontière pressée de toute part par d'inquiétants voisins :
Castillans et Navarrais, Anglais d'Aquitaine, Français du
Languedoc. Tant que la puissance anglaise en Aquitaine
demeura incontestée, le piémont fut à l'abri des routiers
jusqu'au 23 septembre 1366, on peut admettre que la
Garonne servit de frontières aux exploits des routiers.
Froissart témoigne de cette immunité : "...toutefois ils
n'osoient conserver en Acquitainnes, la terre dou prince,
ne on ne les y revist mies souffers".
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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.
©.Marie-Pierre MANET