La tour de l'Horloge
à Bagnères-de-Bigorre
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Voir aussi [le clocher des Jacobins.]


 

Ce monument, quoique ressemblant au clocher des Jacobins est cependant, assez différent. C'est le même emplacement, le même clocher, les mêmes pierres ; mais on lui a donné une destination, une " utilité ", selon l'élégante expression des commissaires de 1823. Le clocher du XIVe siècle a été amputé de son chapeau pointu, on lui a ajouté comme couronnement, un étage, plus utile que décoratif. On l'a aussi agrémenté d'un balcon circulaire, à la hauteur de l'étage ajouté ; enfin, on l'a doté d'une horloge qui joue un rôle important dans la vie de la cité. Ainsi le souhait de Bonaventure Caubin est réalisé. Dans sa première pétition de pluviose an XII où il exprimait l'idée de placer l'horloge sur le clocher, le temps passait et l'horloge comme le clocher, restaient dans l'oubli. Cependant, l'idée vivait toujours et n'allait plus tarder à se réaliser.

[...] Le 14 Novembre 1835, le Chevalier Montesquiou adressait au maire une lettre où il soumettait un projet d'installation d'une horloge sur " la belle tour des Jacobins ". Le conseil saisi de ce projet nomma aussitôt une commission de trois membres, MM Graciette, Camus et Ganderax, chargée de s'aboucher avec M. de Montesquiou. Dans leur rapport du 23 février 1836, les commissaires constatent que le clocher, abandonné depuis longtemps, a besoin de réparations, que son toit menace ruine, que l'escalier est inexistant, tout au plus cinq ou six marches, le sommet n'étant accessible qu'à l'aide de plusieurs échelles ajoutées ; l'architecte a fait observer qu'il conviendrait de subsistuer à la toiture en ardoises un couronnement en pierres de taille en harmonie avec ce qui existe déjà.

Le Conseil approuve les plans et devis de l'architecte ; ils s'élèvent à la somme de 2.800 francs. De son côté, M. de Montesquiou a donné 4.000 francs ; acte de cette donation a été passé, le 4 mars 1836, devant Me Louis Bernard Tajan, notaire à Bagnères, à la charge par la commune d'employer ladite somme à faire placer une horloge en haut de la Tour des ci-devant Jacobins et faire exécuter les ouvrages nécessaires à cet effet ; sur cette somme, 1.700 francs seront affectés à l'achat de l'horloge que M. de Montesquiou a déjà commandée à un horloger d'Auch, nommé Fourcade.

Quelques jours après cette donation, le 26 Mars 1836, M. le Chevalier de Montesquiou mourait dans la maison de M. Germain Dumoret ; événement inattendu ! mais qui n'influa en rien sur la décision intervenue. Son neveu, Raymond Aymeri Philippe Joseph de Montesquiou-Fezensac, duc de Fezensac, pair de France, demeurant à Paris, s'acquitta de ce legs par son mandataire, M. Maxime Vaquée, juge de Paix à Bagnères.

Et sans plus tarder, le 3 Juin 1836, M. Aristide Lasserre, maire, propose au Conseil, comme témoignage de gratitude pour le don généreux fait à la Ville par M. le Chevalier de Montesquiou, de donner à la rue du Collège qu'il avait habitée, le nom de rue de Montesquiou. Plus tard, en 1839, dans sa séance du 9 Août, le Conseil proposa de perpétuer le souvenir de la donation de l'horloge en faisant apposer dans le lieu le plus convenable de la Tour, une pierre portant l'inscription suivante :

" Horloge donnée à la Ville par M. le Chevalier de Montesquiou - 1835. "

 

Il fallait maintenant exécuter sur le clocher les travaux nécessaires. En 1837, on décide de donner suite à la proposition d'élever la Tour d'un étage pour pouvoir y placer l'horloge, et le 21 Mai, le maire fait procéder à l'adjudication des ouvrages à faire. La mise à prix est de 12.967 francs 65 ; le dernier prix offert de 12.830 francs ; l'entreprise est donnée au sieur J-M Lias, menuisier à Bagnères.

Mais avant de commencer les travaux, l'architecte se rend compte de l'état des maçonneries de la Tour ; et, surprise désagréable, il constate que les faces au Nord et à l'Ouest, exposées aux intempéries, sont tellement détériorées qu'il est impossible, dans son état actuel, d'y appuyer l'exhaussement projeté ; l'où la nécessité de reconstruire avec de nouveaux matériaux, toute la partie menaçant ruine. Et l'architecte produit un devis estimatif de cette réparation, y comprenant tous les ouvrages imprévus que l'état actuel permet d'apprécier : ce devis s'élève à la somme de 2.470 frs 64.

 

Cependant le Conseil n'étant pas pleinement rassuré, quoique ayant une entière confiance en son architecte, propose, avant de voter cette somme, de faire vérifier l'état de la tour par l'ingénieur en chef, M. Colomès de Juillan, dont on connaît le dévouement aux intérêts de la Ville. Au mois de Janvier 1838, l'ingénieur en chef fait établir un plan et un devis ; ils s'élèvent à la somme de 2.919 frs 57 ; mais cette somme comprend le prix d'un balcon en fer destiné à rendre moins choquant le retrait extérieur du mur proposé dans le projet ; la Ville n'aura pas à s'imposer cette dépense estimée à 1.300 francs parce que ce balcon en fer, déjà exécuté pour l'église Saint-Vincent n'a pu y être placé.

Et les travaux sont immédiatement commencés (Janvier 1838) et rapidement menés. Dès leur achèvement, des difficultés surgissent avec l'horloger d'Auch, Fourcade, qui avait reçu la commande de l'horloge de M. de Montesquiou en 1836 ; son travail d'horloger était achevé depuis longtemps ; il demande une indemnité pour le retard apporté par la Ville à la livraison de l'horloge et pour les frais supplémentaires nécessités lors de sa mise en place. Enfin, cette mise en place devient définitive vers le milieu de l'année 1840 ; et l'on paya à Fourcade une indemnité de cent francs pour avoir la paix ; cette somme ne lui fut versée qu'en 1844 !

Ces travaux de mise en place coutèrent la somme de 1.107 francs payés par la Ville, ainsi que les frais de logement et de nourriture de l'horloger pendant quatre mois.

 

En terminant, disons brièvement que la cloche de l'horloge fut commandée à un fondeur de Tarbes nommé Dupont ; cette cloche devait peser au moins 800 kilos pour pouvoir être entendue assez loin ; deux conseillers furent délégués à Tarbespour en vérifier le poids ; MM. A. Dufourc d'Antist, propriétaire, et Hector Fr&aecute;chou, notaire royal ; La cloche pesa 874 kilos ; son prix, à raison de 3frs50 le kilo, s'éleva à la somme de 3.059 francs.

Le marteau qui frappe la cloche est du poids de 35 kilos.



Depuis cette époque, le vieux clocher des Jacobins , rajeuni, est devenu la Tour de l'Horloge ; la vieille rue des Cautérès, marraine du quartier, a pris, elle aussi, le nom de rue de l'Horloge. Grâce au don du Chevalier de Montesquiou, la Ville a retiré un heureux avantage de ce monument. Elle a d'abord fait disparaître le toit pointu qui, malgré son pittoresque, dégradait la Tour ; elle a élevé d'un étage nécessaire le vieux clocher pour y placer l'horloge. Et elle a consacré à son achat et à son aménagement une somme qui laisse loin le prix de 3.000 francs payé aux héritiers Caubin, elle a conservé, grâce à l'intelligent concours de ses édiles, un " antique et superbe " vestige qui enrichit nos curiosités locales ; l'élégante Tour est, à présent, garantie contre ses détériorations par la commission des monuments historiques et par la libéralité de le Direction des Beaux-Arts.


E. Soye








Notes

[1] Gallica : Bibliothèque Nationale de France.
Bulletin de la Société Ramond
(Bagnères-de-Bigorre)
Bulletin de la Société Ramond : explorations pyrénéennes.


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© Marie-Pierre MANET







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