La destinée de Gaston Fébus.
(Archives Départementales des Hautes-Pyrénées)



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Fébus avait eu trois autres fils bâtards dont nous ne connaissons pas la ou les mères et dont le plus célèbre, le préféré, fut, Yvain de Béarn. Il ne faudrait pas tirer ses conclusions excessives de cet état de fait fort courant à cette époque. Cependant, il est manifeste que Fébus tenait sa femme à l'écart et que le couple n'avait connu qu'une période heureuse de courte durée, au lendemain du mariage, pendant le séjour de quatre mois à la Cour de France.

C'est également près de vingt cinq ans plus tard que Froissart essaya de s'informer à propos de cet événement, lors de son voyage à Orthez. Espan du Lion lui livra une version officielle qui peut-être résumé ainsi : le roi de Navarre, Charles II, s'était porté garant du paiement de 50.000 francs sur la rançon du sire d'Albret, Arnaud Amanieu, fait prisonnier à Launac. Grâce à cette caution , Arnaud Amanieu avait été libéré avant même que Charles II ait versé l'argent nécessaire. Par le suite, le sire d'Albret aurait payé ces 50.000 francs au roi de Navarre ; ce dernier ayant négligé de remettre cet argent à Fébus en prétextant qu'Agnès aurait été contrainte à l'exil. Il est bon de citer intégralement ce célèbre passage où Froissart prétend rapporter les propos d'Espan Du Lion.



(orthographe ancien)

"Voir est que le conte de Foeis et madame de Foeis, sa femme, ne sont pas bien d'acord, ne n'ont esté trop grant temps, et le different qui vient entre eulx est meü du roy se Navarre, qui fu fere à celle dame, car le roy de Navarre raplega le seigneur de Labreth, que le conte de Foeis, qui sentoit ce roy de Navarre cauteleux, ne les voloit pas croire au roy de Navarre, dont la contesse de Foeis avoit grant indignacion, et disoit à son mary :

- "Monseigneur, vous portez pou d'onneur à monseigneur, mon frère, quant vous ne li volez croire cinquante mille francs. Si vous n'aviez jamais plus des arminarchs ou des Labrisiens que vous avez eu, si vous deverait-il souffire, et vous savez que vous me devez assener pour mon douaire cinquante mille francs, et ceulx mettre en la main de monseigneur, mon frere ; si ne povez estre mal payé"

- "Dame, dist-il, vous dittes vrai ; mais se je cuidoie que le roy de Navarre deust là contourner ce paiement, jamais le sire de Labreth ne partiroit d'Ortais ; si seroie paié jusques au derrain dernier ; et puisque vous en priez je le feray, non pas pour l'amour de vous, mais pour l'amour de mon fils."

Sur ceste parolle et sur l'obligation du roy de Navarre, qui en fist sa debte envers le conte de Foies, le sire de Labreth fut quitté et délivré, et se tournois François et s'en vint marier en France à la suer au diuc de Bourbon et paia à son aise au roy de Navarre, auquel obligié il estoit, 50.000 frans, et point ne les envoioit au conte de Foeis, dont dist le conte à sa femme :

- "Dame, il vous fault aller en Navarre devers votre frère le roy, et li dictes que je me contente trop mal de luy quant il ne m'envoie ce qu'il a reccu du mien."

La dame repondi que elle iroit volontiers et se départi du conte en son aroy, et s'en vint à Pampelune devers son frère, qui la reccupt liement. La dame fist son messaige bien et à point.

Le roy, quant il l'eut entendue et oye, repondi et dist :

- "a belle suer, l'argent est vostre, car le conte de Foeis vous en doit doer, ne jamais du royaume de Navarre, puis que j'en suy au dessus, ne partira."

- "Ha! Monseigneur, dist la dame, vous metterez trop grant haynne par celle voie entre monseigneur et nous, et je vous tenez vostre pourpos, je n'oseray retourner en le conté de Foeis, car monseigneur m'ochiroit et diroit que je l'aroie deceu."

- "Je ne scay, dist le roy, qui ne voloit pas remettre l'argent arrière, que vous ferez, je vous demorce et retournerez, mais je suy chief de celui argent et ` moy en appartient et pour vous, mais jamais ne partira de Navarre." La contesse de Foeis n'en pot avoir autre chose. Si se tint en Navarre et n'osoit retourner."




Comme toujours, Froissart mêle le faux et le vrai. S'il est exact qu'une question financière servit de prétexte à la rupture d'un ménage déjà fort ébranlé, l'enquête de 1391 révèle que les événements se déroulèrent tout autrement et que Fébus, absolument fort de son droit, agit envers sa femme avec beaucoup moins de courtoisie ne le laisserait supposer le récit d'Espan Du Lion.

Suivant la déposition de la malheureuse Agnès qu'elle fit, il est facile de reconstituer avec précision la scène. La vicomtesse de Béarn fut brusquement mise en présence d'Arnaud-Guilhem de Morlanne accouru du Pays de Foix. Le frère bâtard de Fébus lui signifia de partir sur le champ pour la Navarre afin d'obtenir de son frère le paiement intégral de sa dot, en lui interdisant de revenir sans l'avoir obtenue, sous peine d'être traitée comme une simple pauvresse à laquelle on ne donnerait même pas de quoi vivre. Agnès savait que l'on ne pouvait discuter les ordres de son époux ; elle décida de s'incliner mais en demandant un certain délai afin de préparer ses bagages. Elle voulut charger des bêtes de somme avec ses biens les plus précieux dont elle énuméra la liste en 1391 (couronne d'or avec pierreries, vaisselle d'argent, tapisseries, somptueux vêtements, ornements de sa chapelle privée). Quand Arnaud-Guilhem l'apprit, il ordonna de décharger les bêtes de somme. Surveillée par une escorte, dirigée par Arnaud-Guilhem, Agnès fut littéralement chassée en emportant seulement avec elle son linge de corps, une tapisserie, un manteau de fourrure et une douzaine de tasses d'argent sauvées du désastre.

Si l'on s'en tient à un strict point de vue juridique et financier, la position de Gaston III était inattaquable. Il avait rempli lui-même toutes les obligations prévues au contrat de mariage, contrairement aux affirmations mises dans la bouche de Charles II de Navarre par Froissart. Au contraire, jamais la dot d'Agnès n'avait été intégralement payée. Les Navarrais se savaient si bien en mauvaise position qu'ils acceptèrent ultérieurement de lever un impôt extraordinaire pour régler cette dette reconnue plusieurs fois.




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© Marie-Pierre MANET








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