La destinée de Gaston Fébus.
(Archives Départementales des Hautes-Pyrénées)



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Très rapidement, l'entourage du roi de France, Charles VI avait accepté de laisser Mathieu de Castelbon recueillir l'héritage du Foix-Béarn. Les Navarrais s'adressèrent donc à lui pour obtenir des compensations financières après avoir recueilli le témoignage d'Agnès et celui de divers officiers qui avaient eu l'occasion de négocier avec le Comte de Foix. Un inventaire des biens et des revenus saisis au détriment d'Agnès fut établi. Mathieu de Castelbon ayant tout d'abord refusé, l'affaire fut portée devant le roi de France.

La Cour de Navarre réclamait la restitution des joyaux et biens meubles confisqués ou leur équivalent estimé à 20.000 livres. Elle désirait, également, récupérer le produit de la rente annuelle de 2.000 livres constituée au profit exclusif d'Agnès par sa mère avec la garantie de Philippe VI de Valois. Fébus avait encaissé depuis vingt huit ans le produit de cette rente qui avait été accumulé au profit du trésor déposé dans la tour d'Orthez. Il est donc normal que le nouveau détenteur de ce trésor rendit cette somme indûment confisquée. Les négociateurs navarrais évoquèrent également la rente de 5.000 livres assises sur des terres du Pays de Foix, rente viagère assignée par Fébus à sa femme au moment du mariage ; ils ne semblent rien réclamer à son sujet, probablement en compensation du non-paiement par le roi de Navarre d'une partie de la dot d'Agnès, fait qui est passé sous silence.

Le conseil de Charles VI fit droit à la requête d'Agnès et le vingt février 1392, à Paris, ordonna la restitution des bijoux et des biens meubles, le paiement de la rente annuelle de 2.000 livres avec l'arrière portant sur vingt huit ans. Par contre, il refusa tout dommage et intérêts pour les préjudices subis et pour les dépenses engagées par la Navarre afin de permettre à Agnès de vivre sa répudiation. Toutefois, comme il s'agissait d'une affaire délicate mettant aux prises de puissants personnages, tous apparentés à la famille royale française, le conseil de Charles VI acceptait par avance une fin de non recevoir de la part de Mathieu de Castelbon, et pour éviter tout incident regrettable, convenait tacitement que le jugement ne serait pas exécutoire ; les deux parties se feraient représenter devant le Parlement de Paris ; ce dernier devait, toutes affaires cessantes, se consacrer à ce procès.

C'était, en fait, une invite très claire à la reprise directe des négociations entre la Navarre et Foix-Béarn afin d'aboutir à une transaction. C'est ce qui se produisit. Les intérêts d'Agnès furent défendus à Orthez par l'évêque de Dax et Pierre Cassagne. Ils obtinrent le versement de 15.000 florins d'or, ce dont Agnès donna quittance. Enhardis par ce premier succès, les Navarrais réclamèrent alors la reconstitution de la rente annuelle de 5.000 livres promise par Fébus à sa femme, à titre viager. Des négociations complexes continuèrent dont nous ne trouvons trace que par les quittances réglant des frais de déplacement des émissaires circulant entre la Navarre, le Béarn et le Pays de Foix. Finalement, une dernière transaction intervint le 6 août 1367. Mathieu de Castelbon avait épousé Jeanne, fille aîné de Jean I er, roi d'Aragon, qui devait lui verser une dot de 18.000 florins, restaient à payer. Mathieu de Foix-Béarn renonça à ce versement en échange de l'abandon par la Cour de Navarre d'une indemnité de 18.000 florins dont Mathieu lui avait reconnu la créance.

Les négociations financières complexes s'accompagnèrent de la liquidation d'un contentieux territorial. A la fin de son règne, Gaston Fébus avait cherché à s'emparer à l'ouest du Béarn de régions frontalières appartenant aux Navarrais et aux Gramont, seigneurs de Bidache. Le problème de la fixation définitive de la frontière avec pose de bornes nouvelles fut examiné à partir de 1392 ; ceci aboutit à des rectifications définitives en 1395. A plusieurs reprises, Agnès de Navarre intervint dans cette question aux côtés de son neveu, Charles III de Navarre. Pour le moment, les motifs de cette intervention sont inconnus : est-ce parce qu'en qualité de veuve de Fébus, Agnès avait été amenée à entrer en contact suivi avec Mathieu de Castelbon ; est-ce parce qu'elle avait reçu des dotations de terres dans cette région forestière ? Ce fut, en tout cas, la dernière occasion qu'eut Agnès de jouer un certain rôle politique.




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© Marie-Pierre MANET








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