La destinée de Gaston Fébus.
(Archives Départementales des Hautes-Pyrénées)



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Il est certain que ces documents ne livrent que le prétexte de la rupture. Certes, Fébus aimait l'argent de façon immodérée, toutefois ce n'est qu'en vieillissant qu'il fit preuve d'une avarice sordide. Au moment de la répudiation d'Agnès, il savait que sa victoire de Launac allait lui permettre d'amasser une fortune énorme. Cela faisait quatorze ans qu'il attendait le versement intégral de la dot. Pourquoi ne pas patienter encore un peu et ce, justement, au moment où il avait moins besoin d'argent que par le passé. L'argent ne semble donc avoir été qu'un prétexte. Pour rechercher les causes profondes, il faut émettre des hypothèses.

Il est manifeste que Fébus vivait séparé de sa femme depuis des années et ne la retrouvait que temporairement dans le but d'avoir un héritier légitime. Ce prince était né en septembre 1362 ; à la fin de décembre, on savait qu'il était en bonne santé et l'on croyait que la continuité de la lignée était aussi assurée. Ayant obtenu de sa femme, cette naissance désirée - la seule chose qu'il devait encore attendre d'elle - Fébus n'avait plus le moindre motif de ménagement. On comprend mieux la détresse d'Agnès qui fut chassée et également privée de l'enfant auquel elle avait donné le jour à peine trois mois plus tôt.

On peut, également, affirmer que sans le triomphe de Launac, Fébus n'aurait pas osé agir ainsi. Jusqu'à sa victoire militaire complète sur les Armagnacs, le Comte de Foix était obligé de ménager son beau-frère, le roi de Navarre dont il était apparu, pendant quelques temps, brillant second. La preuve en est dans le choix de ce même roi de Navarre comme parrain du nouveau-né, quelques mois auparavant. Désormais, Fébus écrase de sa puissance tous ses voisins, y compris Charles II de Navarre qu'il peut défier sans danger. La suite le démontre d'ailleurs malgré la répudiation d'Agnès, Charles II accepta, à la demande de la papauté soucieuse d'adoucir le sort des prisonniers de Launac de rencontrer Fébus sur le pont de la Bidouze, à Saint Palais, le 21 juin 1364. C'est à cette occasion seulement qu'il fut question de la garantie proposée par Charles II pour la rançon d'Arnaud Amonieu d'Albret, garantie dont Froissart, peut-être à cause des propos d'Espan Du Lion fit à tort le point de départ de la répudiation d'Agnès. Les "Comptos de Navarra" démontrent que des relations diplomatiques normales continuèrent à être entretenues par les Cours d'Orthez et de Pampelune. Ceci prouve que Fébus avait rompu avec Agnès au bon moment, en position de force, sûr d'avoir le droit avec lui. Dans ces conditions, il ne restait plus à Agnès qu'à vivre exilée dans le royaume de son frère.

En principe, cet exil pouvait n'être que temporaire, puisque Agnès aurait pu revenir en Béarn si le roi de Navarre avait payé à Fébus ce qu'il lui devait. C'est, peut-être la raison pour laquelle les documents conservés dans la série des "Comptos" sont très rares pour la période 1363- 1369 : le 21 mars 1363, à Pampelune, Agnès reçoit 100 florins, le 12 septembre de la même année, à Tudèle, Charles II paie un jongleur qui était venu divertir la Comtesse de Foix. Cette dernière vit à la cour de son frère dans des conditions relativement obscures : il est manifeste que Charles II n'envisage pas, à cette époque, l'éventualité de son installation définitive en Navarre.




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© Marie-Pierre MANET








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